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Comment écrire ses mémoires quand on perd la mémoire ?

La Vie se souvient de Vous !

Publié dans Histoire d'écriture, Poésie-thérapie

J’ai écrit des poèmes

Pendant longtemps,
j’ai écrit des poèmes
pour que l’on m’aime.
Je me souviens
comme je les lisais
d’une voix tremblante,
le dimanche,
assise
à la table familiale,
afin que chacun
se dise :
– Je sais
cet élan
qui la traverse.
Ce qu’elle ressent,
je l’éprouve,
moi aussi.
On se ressemble !
J’entends encore
le froissement
de mes pages
dans ce silence
dominical.

Mais le poème
est comme
la fleur
qui n’a rien
à montrer,
rien
à prouver,
même si on la contemple,
car elle se contente
d’être
elle-même.
Elle se dédie
au souffle
du vent
avant de se laisser
emporter.

Il en est ainsi
du poème
dont les vers,
pourtant
réunis
en bouquet,
se dispersent,
s’évanouissent
sur le chemin
du temps.
Il y a, en effet,
tant
de poèmes oubliés,
effacés
du regard
de la mémoire !

Évidemment,
il arrive
parfois
qu’on en retrouve
un
dans l’armoire,
soigneusement
replié
sur son cœur
de papier,
telle
une corolle
séchée
entre des draps…
Et l’on se surprend
à sourire
au souvenir
de l’avoir
récité,
puis on continue
à vivre…

J’ai compris,
désormais,
qu’une fois
le poème
écrit,
j’existe
sans lui ;
il existe
sans moi,
car c’est cela,
faire
de la poésie :
consentir
à me détacher
de la feuille,
puisque c’est moi,
finalement,
le pétale
furtif…

Géraldine

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La traversée des chambres de ton existence

Atelier d’écriture créative pour soi

Écris sur toutes les chambres de ta vie !

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Ma pratique des pages du matin

Trois pages, juste trois pages

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Les sandales de l’enfance

J’ai retrouvé dans le placard
de ma maison natale
les anciennes sandales
de la petite fille que j’ai été.

J’ai tellement marché dans le verger
que les lanières sont élimées.
J’ai tellement couru après mes rêves
que des lambeaux de semelle se soulèvent.

J’avais alors le pied alerte
d’une Petite Poucette
qui semait ses cailloux
dans la lumière de la route

et mon pas insouciant
était bien différent
de mon pas d’aujourd’hui,
ralenti par le bagage de la vie.

Sur le cuir s’est inscrit
un récit sans lettre scripte ou cursive,
mais qui raconte
toutes les aventures de mon enfance :

voici, sous la talonnette droite,
un peu de terre de ce sentier effacé ;
accrochée au contrefort gauche,
une brindille du noisetier disparu ;

sur le patin, un brin d’herbe sèche
dont le vert s’est éteint dans l’ombre ;
là, près de la boucle d’argent,
les grains de sable d’un autre temps ;

et je me revois, foulant la plage,
en quête d’algues avec Maman,
à jamais en allée pour un lointain rivage
où il m’est interdit d’accoster pour l’instant.

Il y a bien sûr la ponctuation invisible
de la rosée, du sel et de la pluie ;
un pétale comme mot d’adieu
qui se dissipe sous mes doigts,

soudain redevenu poussière
sur la languette
où subsiste aussi,
telle une tache d’encre,

l’éclaboussure de la myrtille
que ma mère frotta patiemment
avec du savon doux,
sans la faire disparaître.

Pour retrouver mon pas léger,
j’écris un poème vif,
dont les vers contiennent
peu de pieds,

un poème composé seulement
de deux strophes sautillantes
comme ma paire de sandales
d’antan,

et qui traverse ma page,
à la recherche de l’aube.
C’est lui, désormais, la petite fille
en sandales d’été,

réveillée le dimanche
avant tout le monde
par la virgule tremblante
d’une lueur blanche,

puis franchissant le seuil
de la maison natale
car c’est l’heure
de la promenade.

Géraldine Andrée

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Votre vie en poésie

Écrire une biographie poétique

Quand j’étais jeune, il m’arrivait souvent d’insérer un poème dans mes récits – contes ou nouvelles. Pourquoi ? Je ne saurais dire. Comme un chat qui entre dans une chambre secrète, la poésie s’invitait doucement dans la prose. La syntaxe d’une phrase se déhanchait et si j’accueillais sa danse avec confiance, je m’apercevais qu’elle devenait Vers. Deux sons entre mots voisins s’accordaient, un rythme cheminait et une rime sonnait dans les paroles que prononçaient mes personnages. À ma grande surprise, le paragraphe initial se divisait en strophes, puis, parfois, en sonnet.

Aujourd’hui, quand j’écris pour autrui, j’accueille dans le même lâcher-prise une voix poétique qui demande à se faire entendre car je sais que c’est toujours pour une bonne raison. En effet, le poème exprime, mieux que n’importe quel genre littéraire, le mystère de l’indicible.

Aussi m’arrive-t-il de vous suggérer de mettre certains éléments de votre vie en poésie. Je vous expose ici les situations qui m’incitent à faire de telles suggestions.

  • Les poètes expriment des sentiments liés à des expériences universelles, propres à la condition humaine. Si vous me confiez une épreuve que d’autres poètes ont évoquée, je ressentirai qu’il est peut-être opportun de faire référence à certains poèmes qui vous parlent de cette épreuve : la douleur existentielle avec Charles Baudelaire dans son poème Recueillement, la traversée du deuil avec Victor Hugo dans son poème Demain, dès l’aube, la joie de la récolte avec Paul Verlaine dans son poème Green, la trahison amoureuse avec Marceline Desbordes-Valmore dans son poème Les Séparés, l’élan solaire du voyage avec Arthur Rimbaud dans son poème L’Éternité… Dans ce cas, j’insère quelques strophes dans votre biographie afin de condenser l’émotion de votre vécu.
  • Quoi de mieux qu’un haïku pour faire revenir l’éclat d’un instant, le saisir à nouveau, capter l’émerveillement d’une contemplation dont vous conservez le précieux souvenir ? Comme je l’ai déjà expliqué dans mes billets, une biographie se compose, certes, d’événements importants ; mais elle relate aussi de brefs moments suspendus. Ce sont d’ailleurs ces fragments de temps – si riches qu’ils ressemblent à de petites éternités – qui rendent les mémoires d’une vie si intéressantes. L’attention portée à la floraison du lilas au-dessus de la grille, la première confiture de prunes, le parfum de la pelouse fraîchement tondue pendant que vous rouliez à bicyclette… Le haïku vous permettra de fixer la splendeur éphémère d’une saison de votre âme. Je pourrai vous aider à composer vos propres haïkus. De même, nous pourrons convoquer ensemble Bashô Matsuo, Masaoka Shiki, Kobayashi Issa dont les haïkus sont autant de ponts qui enjambent le temps jusqu’à nous…
  • Un traumatisme fige votre parole ? Dans ce cas, il faut la rendre cri. Il nous faut écrire le blanc, c’est-à-dire faire jaillir ce cri avec le silence tout autour, comme si ce silence était un ciel transpercé par une étoile – la vôtre. J’initie alors un genre que j’ai développé dans mon recueil poétique Jusqu’au Noyau et que l’on retrouve également dans les Peach Stones de Rupi Kaur – ce que j’appelle précisément le genre du Noyau :

Incorporer dans votre biographie un Noyau de votre expérience, c’est atteindre l’essence de ce que vous souhaitez exprimer en effaçant tous les détails qui encombrent la perception claire de votre ressenti lié au traumatisme ; c’est poser sur la page votre vérité ; c’est en restituer l’émotion intacte.

Puis, nous poursuivons votre récit. L’écriture reprendra, certes, son cours traditionnel, mais quelque chose aura changé. Transcrite de manière concise sur le papier, l’expérience sera hors de vous. Tout lien, toute chaîne qui vous entravaient auront été ouverts. Votre parole étant enfin délivrée, elle permettra une écriture déliée et la biographie se poursuivra de manière plus fluide.

Comme vous le constatez, le Recours au Poème ajoute une dimension thérapeutique à l’écriture de votre vie. 2

Tout comme nous insérons des photos dans une biographie traditionnelle, nous pouvons également inclure un ou plusieurs poèmes qui seront autant de clichés verbaux, d’illustrations métaphoriques, d’images de votre vie intérieure demandant à être montrée,

parce que, ne l’oublions pas, votre vie est un voyage humain commun à nous tous, les mortels que nous sommes, dont votre biographie retracera l’émouvante épopée.

1 Géraldine ANDRÉE, Jusqu’au Noyau, Recueil de poèmes autobiographiques et autothérapeutiques – Guérir par l’écriture incisive ; Le Soupir du temps ; 2023

https://www.fnac.com/livre-numerique/a20511711/Geraldine-Andree-Jusqu-au-Noyau#FORMAT=ebook%20(ePub)

2 Recours au poème ; Poésie et Mondes poétiques

Géraldine Andrée

Publié dans Dialogue avec ma page, Histoire d'écriture

Ces raisons qui font qu’elle écrit

Je ne sais pas pourquoi j’écris.
Je devrais plutôt me demander pour quoi j’écris.

J’écris pour les retrouvailles
avec la lueur de la brindille,
à la fin de l’été…

– Tu écris donc pour si peu et si petit ?

Ricane Niege, la part dénigrante de moi-même.

Aussitôt, Inge, la part rassurante, qui prend systématiquement ma défense, rétorque :

– Je crois que G. écrit pour faire de sa vie un chemin de papier, et du papier un chemin de vie.
G. écrit comme elle prend un sentier – pour le simple plaisir de cheminer.
G. écrit parce qu’elle croit qu’elle n’existe pas dans cette vie et parce qu’elle se dit qu’au moins, ses poèmes existeront à sa place et que si cela se trouve, bien après qu’elle aura quitté ce monde où elle aura été si effacée, elle vivra à travers les mots pour quelqu’un, un inconnu qui sera son prochain sans qu’elle l’ait jamais rencontré.
G. écrit pour autoriser tous ces passages invisibles sur sa page, pour inviter tous ces regards auxquels elle s’adresse et dans lesquels elle ne pourra jamais lire d’approbation – car c’est ainsi, on ne croise pas toujours les hommes qui sont censés nous comprendre.
G. écrit pour poser une lampe à la fenêtre des poèmes. Que ceux-ci éclairent, chacun avec leur lumière, une portion de la rue obscure où le solitaire s’aventure.

Ces raisons te semblent, certes, dérisoires mais sache, Niege, que les mots, tels de petits cailloux, marquent la destination à retrouver quand l’âme s’est perdue bien loin.
C’est pour ces minuscules cailloux que G. écrit.
Ni plus, ni moins.

Géraldine

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Le sujet d’écriture

Tu me confies
que tu veux mourir
que tu n’en peux plus
des Autres
de Lui
de Toi
que c’est peine
perdue
tu n’accompliras
jamais
ta grande
œuvre
en cette vie

Mais moi
la page
je suis témoin
que tu n’as pas perdu
l’envie
de vivre
J’en veux
pour preuve
le sujet
d’écriture
que tu notes
dans la marge
d’aujourd’hui
pour l’expanser
« en vingt
lignes
au moins »
demain

Géraldine Andrée

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Si je reviens toujours vers mon cahier

Si je reviens toujours vers mon cahier, c’est parce que je sais qu’un Dieu s’y cache et qu’il attend de rencontrer la force délicate de ma première majuscule, celle qui annonce la vague d’une phrase dont le souffle efface déjà la limite entre le bord et l’infini.

Ce Dieu ne répond à mes questions que par le blanc du silence suivant. Mais je continue à écrire, à confier mes peines, mes interrogations, mes incertitudes au petit tout qu’est la feuille, car c’est cela, la foi, être convaincue que l’absence de Dieu n’est qu’apparente et que la solution poindra, comme une frêle lueur dans la nuit qui s’attarde.

Où est Dieu dans la page ?

En haut, en bas, au centre, à droite, à gauche, entre les lignes où l’encre déborde.
La page est l’embarcadère qui me mène à l’inconnu dont ma lampe est le phare. Et peut-être que Dieu est dans mon regard contemplant cet espace pour y déceler un signe…

On peut m’objecter que tout cela n’est que spéculation. Mais qu’importe ! J’ai appris par l’expérience de l’attention que si la réponse divine ne s’inscrit pas immédiatement, elle me parvient plus tard, comme un message enroulé autour de lui-même dans sa bouteille translucide, lancée depuis l’autre rive par cet autre moi-même qui pense à moi,

message que je défroisse et qui me dit :

N’abandonne pas !

Tu ne me chercherais pas avec ta plume,
si tu ne m’avais pas trouvé
au commencement de ta vie,
dans l’une des premières pages
de ton cahier d’enfance.
Alors, continue à écrire
au large du silence.
J’existe dans le mot prochain,
à hauteur de ta main.

Géraldine Andrée

Publié dans Au fil de ma vie, Histoire d'écriture, Poésie

Les pages séchées

J’aime penser que mes pages sont des draps qui sèchent en se balançant dans la lumière.

Quand la journée de ma vie sera achevée, quelqu’un les détachera du fil, les défroissera, les pliera ensemble et les rangera dans l’armoire de sa mémoire.

Il restera entre elles une fragrance de lavande qu’aura imprimée le temps.

Telle est mon œuvre :

Écrire pour que quelqu’un rentre mes pages, le soir, au cœur de sa chambre.

Géraldine Andrée