Déplacer ma main
pour planter
dans chaque
espace blanc
des racines
dont les futures
feuilles
feront signe
au passant
c’est cela
Écrire
Géraldine Andrée
Déplacer ma main
pour planter
dans chaque
espace blanc
des racines
dont les futures
feuilles
feront signe
au passant
c’est cela
Écrire
Géraldine Andrée

Pour devenir l’auteur de votre vie – celle qui correspond à qui vous êtes -, il est important de vous réserver un rendez-vous avec vous-même le plus régulièrement possible, comme vous le feriez avec votre meilleur ami.
“Depuis peu, ce que j’appelle “mes albums de plaisirs” sont aussi des journaux intimes : recueils de notes écrites et plastiques en rapport avec le plaisir des sens (couleurs, odeurs, toucher…) “
Témoignage d’une femme de 42 ans
Comme le déclare Dominique Rolin,
“J’ai mes rituels, un scénario très méticuleux, mes stylos, un papier spécial, une heure précise de la journée, un arrangement strict des choses autour de moi, mon café à bonne température…”
Je vous souhaite un délicieux moment avec vous-même !
Géraldine Andrée

Vous avez l’option d’utiliser des supports numériques pour écrire. Il existe des tablettes qui peuvent vous servir de journal intime et sur lesquelles il vous est possible aussi de dessiner, croquer ce que vous voyez, illustrer chacun des instants de votre vie. L’ordinateur, comme son nom l’indique, est un excellent moyen pour classer vos textes. Protéger ceux-ci par un mot de passe, c’est comme fermer son cahier intime avec une clé. De tels supports ont l’avantage de conserver intacts vos écrits – ce qui n’est pas le cas du papier dont les lettres s’effacent et jaunissent avec le temps. Mais, dans l’éventualité où votre ordinateur ou tablette tomberait en panne, pensez à faire des copies même si vous pensez toujours que vos textes “n’en valent pas la peine.” Encore une fois, interdisez-vous tout jugement qui définirait la qualité de votre plume et que dément souvent le temps. L’objectif de l’écriture est de vous sentir bien, pleinement vivant.
Pour celui qui manque de confiance en sa capacité d’écrire, l’outil informatique est un excellent atout car il propose un correcteur orthographique qui permet d’atténuer ce sentiment d’insuffisance linguistique, source de bien des blocages. En outre, il est possible d’effacer, de modifier, de déplacer des paragraphes sans devoir recommencer l’écriture du texte en entier.
De même, des applications comme Day One, Journey, Grid Diary vous guident dans les différentes options qu’elles vous proposent pour la tenue de votre journal virtuel. Vous pouvez y insérer des photos représentatives de votre humeur. Ce sont des aides précieuses et sécurisantes pour ce Soi qui ne demande qu’à apparaître sur la page afin de guider le Moi dans son évolution.
L’inconvénient de ces outils est qu’ils n’incarnent pas votre journal dans la réalité – à moins qu’une option spéciale ne vous permette de l’imprimer en le téléchargeant. Or, si vous souhaitez dénouer vos blocages d’écriture et guérir de vos traumatismes relatifs à celle-ci, l’écriture à la main est fortement recommandée. En effet, le mouvement du stylo et le contact du papier permettent d’ancrer vos rêves et vos projets dans la matière. De même, ils vous offrent l’opportunité d’exorciser vos peurs et vos peines par votre corps et pas seulement par le mental – comme un véritable exorcisme. En outre, le déplacement de votre bras sur la page est à l’origine de la naissance de vos mots, de vos phrases. Il vous invite ainsi à débloquer des situations figées, stagnantes. C’est là que la solution peut jaillir, que le regard sur les événements peut changer. Et progressivement, mot après mot, page après page, le problème se métamorphose et trouve sa solution – comme par magie.
Comme le dit Julia Cameron,
“La main – engourdie peut-être, mais humble – ment rarement. Une touche est une touche, quelle que soit la tentative pour la déguiser. Et de cette manière, en écrivant à la main, nous parvenons à la vérité. Les choses cèdent.” 1
Enfin, l’ordinateur et ses applications ne vous proposeront qu’un seul sens d’écriture, de gauche à droite pour notre sens occidental, et vous ne pourrez inverser ou modifier ce sens, écrire par exemple de droite à gauche, de bas en haut, traverser la page en diagonale, faire onduler une phrase, l’enrouler sur elle-même d’un coup de plume. Il vous faudra aussi oublier le plaisir de griffonner, simplement griffonner. Or, la page de papier se présente comme un véritable océan pour que votre main puisse y voguer librement.
1 Julia Cameron, La Veine d’or, édition Grande Angle, 1997
Géraldine Andrée
Quand j’écris
je suis la vague
qui danse
entre
deux pages
deux rivages
Géraldine Andrée
Je souhaite réserver ce post à un support unique : le cahier à clé. On le juge désuet et, pourtant, c’est ainsi que l’on représente dans l’imaginaire collectif le journal intime. Démodé et éternel, le cahier à clé est un refuge efficace, un asile rassurant pour la découverte de soi. Dans ce cahier, tout ce que vous écrivez vous est exclusivement réservé et interdit au regard extérieur ; d’où l’importance de l’adjectif intime qui caractérise le journal. Vos pages ne s’adressent qu’à vous-même. La clé donne à vos écrits ce côté secret qui préserve votre territoire psychologique et émotionnel de l’intrusion d’autrui.
Je me souviens avoir acheté mon premier journal intime à l’âge de quatorze ans. Je revois sa reliure fleurie, sa petite serrure et sa fine clé dorée. J’étais fière de posséder un espace enfin à moi. Je me réappropriais mon pouvoir. J’excluais de ma chambre toute intrusion parentale et familiale. Mon cahier était devenu une autre chambre, “une chambre à soi” comme le dit Virginia Woolf. Je le fermais dès le dernier mot et je cachais la clé dans le tiroir de ma table de nuit. Je n’appartenais plus aux autres. Je ne me sentais plus si effacée, inutile, transparente. J’avais la force d’une voix pour moi – la mienne. Je possédais une richesse que nul ne pouvait me dérober et qui consistait en la faculté de me confier quotidiennement à la page.
Grâce à cette clé, je commençais à cerner mes limites, à distinguer ce qui m’appartenait et ce qui ne m’appartenait pas dans les jugements que les autres portaient sur moi. Un seul mot et je dessinais les contours de mon identité dont je n’avais eu jusqu’à cette découverte qu’une conscience flottante. Je parlais pour moi ; je m’adressais à moi sans témoin. Je devenais l’auteur de ma vie d’adolescente puisque je pouvais me délester de mes peines et parler de mes rêves pour les concrétiser un peu plus chaque jour. Je partais à la conquête de moi-même.
Pourquoi ce petit récit ? Pour vous montrer que, peu importe le regard des autres, c’est le vôtre qui compte.
Aussi, choisissez votre cahier non pas parce vous voulez bien y écrire mais parce que vous vous sentirez bien en y écrivant – et surtout en sécurité, inconditionnellement accepté par la page et donc par vous-même.
Le cahier à clé est particulièrement indiqué si votre entourage est constamment présent, vous sollicite beaucoup et si vous avez peu d’espace à vous. Il est alors nécessaire de protéger ce que vous écrivez car le but de votre voyage est l’exploration d’une contrée singulière, unique : votre être.
Et même si vous vivez seul, la clé de votre cahier peut être riche symboliquement pour votre inconscient. Elle peut représenter le seuil à franchir de l’extérieur à l’intérieur de votre être, du monde à votre âme. Le cliquetis de la clé qui fait céder la serrure, le balancement de la chaînette vous rappelleront peut-être une porte qui s’ouvre.
Alors, posez chez vous – dans votre journal – vos bagages trop lourds, vos jugements, vos croyances, les faux habits qui vous empêchent d’avancer librement parce qu’ils vous serrent trop. Vos pas se font légers. Vous pouvez maintenant avancer !
Géraldine Andrée

– pages du matin
-promenade-rendez-vous avec l’artiste (temps de détente et de liberté que l’on s’offre à soi-même pour renouveler sa réserve d’images, le puits de son inconscient).
Je suis ma propre source de créativité.
« Éloignez-vous des gourous. Toutes vos réponses se trouvent à l’intérieur de vous » déclare Julia dans l’Épilogue de son ouvrage.

Géraldine Andrée
En ces temps où nous pouvons faire peu de choses, je bénéficie d’un grand luxe :
celui d’écrire dans mon journal,
et d’être heureuse de le faire,
peu importent les humeurs que j’y confie.
Géraldine Andrée
J’ai un guide
qui m’aide
à mener
à destinée
le fil
de mon encre
Il se nomme
Blue
Géraldine Andrée
J’écris
Je me crée
C’est moi
le livre
dont les pages
qui se tournent
sont toutes
mes facettes
qui changent
sans cesse
Géraldine Andrée
Pour écrire,
je me centre
sur le silence
car j’y entends
le rythme
de mon sang
qui se confond
à l’instant
précis
où le mot
s’écrit
avec le mouvement
d’un autre sang,
celui de l’encre
qui fait battre
le poème
au coeur-même
de ma présence.
Géraldine Andrée
