Je détaille
tous les points
de la moustache
du chat
Puis je suis
du doigt
sur son visage
chaque phrase
qui y mène
A la fin
le poème
est bien là
contre ma paume
Géraldine Andrée
Je détaille
tous les points
de la moustache
du chat
Puis je suis
du doigt
sur son visage
chaque phrase
qui y mène
A la fin
le poème
est bien là
contre ma paume
Géraldine Andrée
Quel silence, aujourd’hui !
Certains disent
que c’est un silence
où rien ne luit ;
un silence
d’eau profonde
où l’on s’enfonce
si l’on cède
à ses peurs ;
un silence
de tombe,
de fin du monde…
Moi, je pense
que c’est un silence
où tout
commence :
le silence
de la première
seconde
qui précède
l’aube,
juste avant
l’éclosion
des notes d’oiseaux ;
un silence
fait de feuilles
et de souffles
qui, lui seul,
connaît
sa source ;
un silence
qui réunit
tous les jardins
dans sa main
et qui s’adresse
au coeur
des choses ;
un silence
qui accueille
la lueur
d’un bourdonnement
et qui attend
que scintille
le tintement
de la cloche
d’un dimanche
de célébration
pour verser
sur nous
la moisson
de ses chants ;
un silence
qui bat
la mesure
de son propre
temps ;
un silence
qui espère
sereinement
notre métamorphose
pour nous faire présent
du chuchotement
des roses ;
un silence
de patience
qui demeure
encore
ce point
d’or
que la grâce
suspend
entre
deux instants.
Géraldine Andrée
Je rêve
que j’écris un poème.
J’entends sonner ses rimes
comme des notes de cloche
par un beau dimanche.
Je vis son rythme
qui m’emporte
telle une vague
sur la crête
d’une phrase.
Quand je me réveille,
j’entends
mon souffle
qui s’empresse
encore
dans ma course
achevée
et il me reste
des bribes
de ma voix secrète
comme
« Route », « soleil ».
Je note
alors
sur mon carnet :
de chevet :
« La route
poursuit son élan
vers le soleil
à travers moi
qui garde foi
en mes rêves ».
Puis, je commence
à vivre
ce jour supplémentaire
qui paraphe
chaque instant
avec
les lettres
toujours
changeantes
et singulières
de la lumière.
Géraldine Andrée
Je sais une autre page
La neige
Où s’inscrivent
Tous les alphabets possibles
Celui de la patte
De l’oiseau qui passe
De la chienne
Qui attrape ses petits
Celui aussi de la brindille
Qui se pose un instant
Avant de rejoindre le souffle
Auquel elle se destine
Celui du pas du promeneur
Qui se fait seul témoignage
A l’heure où s’effacent
Toutes les preuves
Et même celui du silence
Qui fait signe
D’immense présence
Quand un autre matin se glace
Géraldine Andrée
Le poème traverse
le silence
à pas de chat
et me regarde
de ses prunelles
aux mille
éclats
levées
vers moi
Géraldine Andrée
J’écris pour passer de l’autre côté :
de l’autre côté de moi,
de mes incertitudes, de mes peurs,
de mes attentes, de mes espoirs ;
franchir cette frontière invisible
qui me séparait de Moi ;
et retrouver le pays de l’enfance
où la foi émerveillée va de Soi,
de ce Soi intact
qui m’attend depuis toujours ;
vaste maison ouverte
et profonde.
J’écris pour être
au Monde.
Géraldine Andrée
Poème publié dans la revue Bleu d’Encre, revue littéraire en Haute Meuse n°30 et extrait de mon recueil poétique inédit L’Alphabet de l’herbe.