Ton train
s’est peut-être
arrêté
à une gare
dont j’ignore
le nom
et qui n’appartient
sûrement pas
à cette terre
mais qui annonce
de son timbre clair
ta destination
au soleil
d’une matinée légère
Géraldine Andrée
Ton train
s’est peut-être
arrêté
à une gare
dont j’ignore
le nom
et qui n’appartient
sûrement pas
à cette terre
mais qui annonce
de son timbre clair
ta destination
au soleil
d’une matinée légère
Géraldine Andrée
Quand j’écris un poème,
il me semble
que tout naît de moi,
les flocons
qui précèdent
la première floraison,
l’aube dont la robe
est encore
piquetée d’étoiles,
le chemin
qui annonce
le pas de l’ami,
la lampe
de la chambre
de mon enfance
qui envoie
sa lueur
à travers
les ans
au coeur
de mes mains
ouvertes
cherchant
sa chaleur,
et le murmure
de l’eau
qui court
dans les veines
de la roche
jusqu’à la terre.
Je crois
que je suis la source
de la source
quand j’écris un poème.
Géraldine Andrée
L’ombre du soir
Tombe
Sur mes mots
Je ne distinguerai
Bientôt plus
L’encre de la nuit
Et pourtant
J’écris
J’écris
Géraldine Andrée
Quand je suis en exil
J’ai un foyer où je me réfugie
Le murmure d’un poème
Géraldine Andrée
Relire Chambre de la Douleur de René-Guy Cadou,
un poème que j’ai lu et expliqué dans un devoir quand j’étais adolescente,
un poème que j’ai ensuite oublié
sur mon chemin parsemé de rendez-vous avec d’autres poèmes,
un poème qui me rappelle le feu des soirs anciens, la lampe et le visage de mon père,
un poème qui me revient comme l’ami
pour me dire qu’on ne mesure pas toujours l’importance
de ce qui est essentiel dans notre vie,
tel le poème Chambre de la Douleur
qui a habité ma chambre
de toute sa présence
dans cette nuit de deuil entre
le onze et le douze novembre.
Géraldine Andrée
Il est des poèmes qui nous sont destinés.
On les découvre, un jour d’enfance, à la lumière d’une classe en hiver
ou au détour d’une rangée de livres, dans le croisement des silences d’une bibliothèque.
Ils nous touchent car ils nous parlent de notre vie et ils nous regardent comme des amis.
On se reconnaît dans l’évidence de leur printemps.
Puis on les oublie
parce que c’est ainsi, qu’il faut avancer de page en page.
Mais bien plus tard – le nombre d’années ne compte pas -,
les poèmes que l’on a aimés nous retrouvent
et l’on sait qu’ils n’ont pas oublié notre âme qui s’est émue pour eux .
On les comprend, on les entend, on leur sourit comme lorsqu’on était enfant.
Le temps n’a jamais passé.
Il est des poèmes qui sont nos astres de vie
et qui nous reviennent au coeur le plus profond de nos nuits
parce que nous sommes destinés à leur éternité.
Géraldine Andrée
La porte de la petite armoire vitrée demeure ouverte depuis plus d’un an, selon le même angle, comme si tu étais juste venu y prendre quelque chose – un clou, un tournevis, un outil.
Et je cherche sur la table l’ultime objet que tu as posé, mais je ne le trouve pas car il se confond avec tant d’autres objets que tu as placés là, des mois avant lui.
Telle est l’absence :
une porte ouverte dans l’invisible
et qui fait revenir le dernier souvenir
parmi d’autres souvenirs qui lui ressemblent.
Géraldine Andrée
Quand elle me demande
où tu es,
je lui dis que tu travailles,
que tu es d’astreinte
les nuits
où les étoiles
sont les plus visibles.
Alors, elle s’écrie :
– Mais pourquoi
ne m’envoie-t-il
pas de carte
pour me dire
qu’il ne viendra pas ?
Je lui réponds
que ta carte
est en route.
Et d’ailleurs,
quand je vois
l’étoile du Nord
se placer
dans le ciel
clair encore,
je crois
que ta carte
est bel et bien arrivée
et que tu travailles
pour que chaque
circonstance
se rencontre
à point nommé.
Géraldine Andrée
Je te dis que les beaux jours
reviendront bientôt
même si l’on est en novembre
et que le froid rend plus aigu
le silence des absents.
Pour que ta folie s’apaise,
je t’annonce que les lueurs
des bougies de ce soir
précèdent l’aurore
et qu’importe que l’on craigne
ensemble
les jours devenus si courts,
je sais que le printemps
fera son retour
tôt ou tard
car tout est cycle.
Alors, pour éloigner
les signes
de la maladie
de ton regard,
j’efface la mort
et je la remplace
par « vacances »,
« envol »,
« carte postale ».
Je remplis
d’étoiles
un ciel du Sud,
je sème
du sable
et je déroule
des vagues
dans ta solitude,
puis je t’emmène
jusqu’à la terrasse
pour que ce mal
de la mémoire
t’oublie
aujourd’hui
-rien qu’aujourd’hui.
Géraldine Andrée
Lorsqu’il faut que je me console
de ton absence,
je prends sous mon bras
ce vieil ami
qui sait garder
le silence,
mon cahier,
et je m’en vais loin
pour raconter
avec toute
ma sincérité
une histoire
où il est possible
que tu renaisses
en une feuille
dont le bourgeon
attend
patiemment
mes pas
pour éclore…
Géraldine Andrée