Publié dans Journal d'une maison de retraite, Journal de ma résilience, Un cahier blanc pour mon deuil

Je te dis

Je te dis que les beaux jours
reviendront bientôt
même si l’on est en novembre
et que le froid rend plus aigu
le silence des absents.

Pour que ta folie s’apaise,
je t’annonce que les lueurs
des bougies de ce soir
précèdent l’aurore
et qu’importe que l’on craigne

ensemble
les jours devenus si courts,
je sais que le printemps
fera son retour
tôt ou tard

car tout est cycle.
Alors, pour éloigner
les signes
de la maladie
de ton regard,

j’efface la mort
et je la remplace
par « vacances »,
« envol »,
« carte postale ».

Je remplis
d’étoiles
un ciel du Sud,
je sème
du sable

et je déroule
des vagues
dans ta solitude,
puis je t’emmène
jusqu’à la terrasse

pour que ce mal
de la mémoire
t’oublie
aujourd’hui
-rien qu’aujourd’hui.

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Un cahier blanc pour mon deuil

L’ami

Lorsqu’il faut que je me console
de ton absence,
je prends sous mon bras
ce vieil ami
qui sait garder
le silence,
mon cahier,
et je m’en vais loin
pour raconter
avec toute
ma sincérité
une histoire
où il est possible
que tu renaisses
en une feuille
dont le bourgeon
attend
patiemment
mes pas
pour éclore…

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie

Sans titre

Souvent, je me dis :
Il faut que j’écrive
ce que je veux vivre,
donner avec ma plume
de l’élan à ma vérité.
C’est alors
qu’une petite voix
d’enfant
m’interrompt
et me murmure
comme si c’était
un secret
dont je devais
absolument
me rappeler :
Tout est déjà
écrit dans ton coeur !

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Journal de la lumière, Poésie

Elle reviendra

Elle reviendra, la lumière, dans l’ancienne demeure.

Elle sèmera ses pétales d’or sur le fauteuil, la crédence, le tapis

et on croira que la jeune Annie

depuis longtemps partie

sera rentrée de promenade,

chargée de mille fleurs.

On retrouvera le chant de source du silence

à partir duquel la vraie joie commence

et lorsqu’on passera devant le miroir,

on reverra le visage de notre enfance,

celui d’avant la conscience de l’adieu

et du sourire que l’on garde à jamais en mémoire,

au-delà des yeux.

Elle reviendra, la lumière,

aussi inattendue qu’un étincelle qui s’allume

au coeur de ce que nous fûmes.

Il faut juste croire

en la grâce

que cache

la patience.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Ce chemin de Toi à Moi, Journal de ma résilience, Méditations pour un rêve, Poésie

Ton pays

Ton pays ne figure sur aucune carte d’état-major
Aucune pancarte ne l’indique quelle que soit la route
On ne trouve pas de photo de lui sur Google Earth

Et pourtant je sais
son murmure de feuilles vives
le rire de ses cascades qui courent avec la brise

la couleur de sa terre dans la paume
la lumière que des oiseaux aux étranges plumages
annoncent très tôt

C’est comme si j’avais goûté ses fruits
croisé ses animaux sauvages
caressé son rayon de lune sur mon épaule

Pour ton pays nul besoin
d’un ticket de train
ou d’un numéro de porte d’aéroport au petit matin

Ton pays n’a ni tracé ni nom
mais sa langue déborde du silence
de ma chambre

pour me parler de la joie
de m’y rendre
Ton pays est en moi

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie

J’écris

J’écris
tout ce qui doit
être nommé
chaque peine
comme
chaque joie
J’écris
pour recréer
ce qui demande
à exister
y compris
les soupirs
de regret
voués
à l’oubli
J’écris
ce en quoi
il est encore
impossible
de croire
la victoire
d’une aurore
invisible

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie

Trois joies d’écriture

  • Quand j’ai reçu mon prix littéraire à quatorze ans et que je ne m’y attendais pas. Je me souviens de ma petite machine à écrire noire de jais qui, au fil de son ruban, m’a menée à cet honneur.
  • Mes vacances au bord de la Mer Noire en l’an 2000. Les nouvelles rencontres dans le vent qui soulevait le sable sur la trace de mes pas. J’ai tenu alors un Journal d’Amour pour ne pas oublier.
  • Mes vacances à Cala Ratjada. L’inspiration qui me venait du bleu et ma solitude riche de tous mes cahiers. Je n’écrivais alors plus que pour moi. Le chemin tracé par ma plume était suffisant.

Ecrire la Vie avec les expériences, les sensations, les sentiments.

Il m’est possible de tout éprouver avec ma peau comme avec la page.

J’écris la Vie avec le souffle de ce qui passe, le sucre des fruits, la musique d’un violon, la danse d’une caresse au bord de l’épaule, les verts de la colline, la senteur des arbres sur un sentier de printemps.

J’écris la Vie avec les pétales des pommiers, avec tout ce qui disparaît pour renaître dans des couleurs jumelles.

J’écris la Vie avec les lueurs des larmes et les éclats de rire, le sourire de la lune au coeur de la nuit.

S’il m’est possible d’écrire la Vie, il m’est possible de revivre ces instants uniques autant de fois que l’encre ranime mes mots.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Un cahier blanc pour mon deuil

J’ouvre mon cahier

J’ouvre mon cahier

comme une fenêtre

pour t’y faire signe,

toi, le passant invisible…

Géraldine

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Je ne t’ai pas entendu entrer

Je ne t’ai pas entendu entrer,

penchée que je suis

sur mon cahier,

car c’est dans le silence

d’une goutte d’encre

que tu viens

désormais

me parler.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Créavie, Grapho-thérapie

Je suis attirée par la page

Je suis attirée par la page comme par l’infini.
Lorsque j’ai joué, ri et dansé sous les étoiles d’été, je reviens à l’encre.
Je profite de la moindre lueur pour noter tout ce que j’aime.

Et lorsque j’ai de la peine,
lorsque je cherche un astre dans la nuit noire,
je trace le chemin d’une phrase sans savoir où il me mène,

quitte à oublier qui je suis,
petit point gris dans la blanche lumière de l’espace
à partir duquel commence l’infini.

Géraldine Andrée