Écris sur ce qui t’obsède, te chagrine,
sur ce qui éveille tes regrets et tes remords.
Puis, après avoir constellé
d’étoiles noires
tout l’espace de la page promise,
laisse dans ta vie
de l’espace au blanc
du jour à vivre.
Tu seras ainsi plus présent pour la cime
de chaque arbre
sur lequel le soleil
se penche.
Écris, par exemple, sur la musique
que te fait encore entendre
le jardin effacé,
la cour des jeux à cloche-pied,
les matins passés
avec ta grand-mère
à enlever les fils
des haricots verts.
Souviens-toi
comme les vacances
ainsi touchaient
à leur terme
au fil des haricots
que détachaient
les mains de ta grand-mère
déformées par les rhumatismes.
Il y aura toujours de la place
pour la nostalgie de l’enfance
dans ton cahier.
Je dirais même
que ton cahier se destine
à devenir la chambre de ton enfance
où tu inviteras ton lecteur
comme ton meilleur ami de jadis.
La liberté ?
C’est d’écrire chaque jour
dix minutes, vingt minutes
au sujet de cette famille,
de ce qu’elle est devenue,
faire de ton expérience
un chemin qui mènera
ton ami inconnu
vers une compréhension
plus intime,
plus aiguë
de Lui.
Géraldine Andrée
