En cette année qui se termine,
ma mère est devenue un livre
et sa voix, l’écriture elle-même.
Son corps s’est réincarné en œuvre,
son souffle en feuille.
Encre est son sang.
Poème est son déhanchement.
Maintenant, elle ne quittera plus la table.
Toutes ses épreuves et les miennes
ont laissé la place aux épreuves d’un roman.
Quand je tiendrai entre mes mains
en dix exemplaires
Le Regard de ma mère,
juste après les Fêtes,
je serai certaine
de la métamorphose de son regard
en une galaxie d’iris bleus.
Mes mots ?
Ce sont ses quatre-vingt-dix-mille yeux
qui me regardent vivre.
Dieu sait qu’à la fin du travail,
je me suis sentie nue.
Mais j’ai vite revêtu
une robe
que j’ai créée moi-même,
en relisant le récit de sa vie de couturière,
une robe dont chaque maille
est une lettre ourlée de boucles,
de roses d’encre,
de lignes de dentelle,
et dont après chaque point,
une nouvelle phrase
s’étire.
Cette robe me va à ravir
car elle s’élargit
au rythme de mes désirs
et elle me laisse enfin libre
de révéler qui je suis,
sans me dévoiler tout à fait.
Géraldine Andrée

