J’écris mon chemin
On tient habituellement un journal intime de sa vie.
Et si je vous parlais de la tenue d’un journal intime sur l’écriture ?
Le journal qui parle de lui-même, c’est-à-dire de sa propre écriture.
Passionnant, n’est-ce pas ?
Il y a le journal des différentes saisons.
- Le cahier rose et blanc pour les jours de printemps ;
- Le petit carnet que l’on glisse dans son panier à pique-nique pour les déjeuners d’été ;
- Le grand cahier mordoré à spirale pour détacher les feuilles et les poster dans sa boîte à lettres de souhaits décorée d’étoiles, les soirs d’automne ;
- Et le cahier secret aux pages de neige, à la couverture épaisse, dédié aux matinées d’hiver.
Il y a le journal qui retrace l’accomplissement de chaque jour.
- Le très sérieux carnet moleskine de tâches ou agenda ;
- Le carnet fuchsia de plaisirs ou de kifs ;
- Le carnet de gratitudes à cacher dans la poche du cœur ;
- Le carnet de chevet bleu nuit comme celui de Sei Shônagon pour faire le bilan de sa journée au coucher ou griffonner ses rêves et ses premières pensées le matin ;
- L’impressionnant cahier d’expérimentation littéraire ;
- Le journal rose pâle de ses états d’âmes à l’aube ;
- Le journal des mots en images et en couleurs ou Journal Créatif d’Anne-Marie Jobin ;
- Le journal de ses idées de travail et de créativité notées pêle-mêle ; pot-pourri de l’esprit ; fouillis de fleurs à naître dans la mémoire ;
- Le carnet vert 5/6 minutes qui permet de créer sa journée en trois phrases ;
- Le journal de la joie, du deuil, de l’espoir, de l’attente, de la solitude, du drame, de la grossesse, de l’amour…
Quel éventail de vie ! Que de recueils pour sa promenade existentielle ! De profonds paniers pour cueillir et recueillir l’essentiel qui pousse en soi !
Voilà comment j’écris mon chemin.
Ou comment mon chemin s’écrit à travers moi.
Les feuilles de mes cahiers se tournent au fil du temps.
Le temps passe de feuille en feuille.
À chaque mot, je vieillis, bien sûr.
À chaque trait de plume, il y a un peu moins de fil d’encre pour ma vie.
Mais, tandis que j’écris, ma mémoire s’allège, mon âme sautille sur la marelle du papier ligné, court après les billes des mots,
joue si bien à être une enfant qu’elle le redevient.
Si je vieillis en vivant,
je rajeunis en écrivant.
Géraldine Andrée
