Publié dans Au fil de ma vie, Ecrire pour autrui, Le temps de l'écriture, Récit de Vie

Écrire les Mémoires d’une personne malade d’Alzheimer : L’Approche Sensorielle avec la PNL

Il est courant de penser qu’il est trop tard pour faire écrire les mémoires d’un proche, lorsque celui-ci est déclaré malade d’Alzheimer.

Certes, il vaut mieux entamer le projet d’écrire ses mémoires lorsque l’on a la mémoire intacte.

Pour autant, il n’est pas trop tard pour écrire ses souvenirs aux premiers stades de la maladie neurodégénérative car celle-ci évolue par paliers, sur un temps relativement long. Bien évidemment, il faut renoncer à l’image d’une biographie traditionnelle, chronologique et fidèle aux souvenirs que les autres ont de la vie qui se racontera dans ce livre. La structure de la biographie est naturellement thématique, un motif entraînant un autre motif, comme les bigarrures d’un tissu.

Pour écrire cette biographie auprès d’un malade d’Alzheimer, je dispose des outils de la programmation neurolinguistique, dite PNL, et qui me permet d’utiliser les différents canaux sensoriels pour faire remonter les réminiscences à la conscience.

Tout d’abord, je fais écouter une musique douce à celui qui va me confier sa vie et, à partir de cette musique, je sollicite les différentes sensations du narrateur.

Que ressent-il ? Qu’éprouve-t-il ?

Nous répertorions les sons entendus dans le morceau musical. Quels souvenirs sonores ceux-ci lui rappellent-ils ? Le pépiement d’oiseau de l’arbre de mon jardin… Un pas dans la cour… Le tintement du seau contre le puits…
La vue m’invite à faire visualiser à la personne, yeux fermés, des couleurs, des formes. Et très souvent, c’est une image qui naît : une ferme lointaine, une prairie, une rivière, une balle d’enfant…

Ensuite, je présente quelques images, des textiles, des textures, des friandises, des flacons de parfums…

En associant les supports, nous pouvons convoquer le toucher ou le kinesthésique : le contact avec la fraîcheur du souffle du vent… le picotement des herbes folles… une baignade à la mer… Légèreté !
L’odorat est également très important, car il est relié à l’inconscient et renvoie implicitement aux senteurs de l’enfance et aux odeurs du corps maternel. L’amnésie recule toujours lorsque le parfum d’une eau de Cologne ou d’une fleur de lavande est réveillé dans la mémoire sensorielle.
Le goût peut être mêlé à l’odorat et déclencher ensuite des réminiscences tactiles : chocolat, vanille, cannelle, citronJ’aimais le presser entre mes mains, ce fruit… Je sentais son jus…

La mémoire ne se sépare jamais des sensations éprouvées depuis longtemps.

Nous pouvons également prendre comme support en programmation neurolinguistique ce qui se présente ici et maintenant.

Le malade d’Alzheimer se souvient plus volontiers de son enfance que de sa vie appartenant à un récent passé. C’est ainsi qu’un soignant qui arrive dans la maison de retraite avec sa bicyclette rouge qu’il adosse contre le mur déclenchera l’anecdote – voire le récit – d’une promenade en bicyclette dans les rues du village, le dimanche. Ou alors, c’est la vision d’un bouquet de fleurs qui permettra d’évoquer un bosquet d’hortensias bordant la maison ancienne. La purée du déjeuner dans l’assiette pourra donner lieu à des dessins qui ramèneront le souvenir d’un jeu de modelage dans de la pâte…

Vous l’aurez compris, ce type de biographie se construira davantage sur le sensoriel que l’événementiel.

Mais c’est souvent ce qui est anecdotique qui est mis en relief dans un récit et qui demeure gravé dans la mémoire des descendants.

Je vous renvoie pour cela à mon travail sur l’art du détail dans la biographie.

Il faut, pour cela, abandonner tout désir d’une chronologie impossible, toute volonté de posséder un livre parfaitement structuré. Quand l’entourage consent à lâcher prise vis-à-vis du livre idéal – si tant est que celui-ci existe -, il se produit alors un véritable miracle.

Le cerveau du narrateur souffrant d’une maladie neurodégénérative est un inconscient à ciel ouvert, pour reprendre le titre du film de Mariana Otero. Aussi, de véritables associations d’idées sont susceptibles de naître. Des métaphores se percutent, des symboles, étrangers les uns aux autres à l’origine, s’allient dans des noces fantasques. L’insolite rend cette biographie originale, unique, à nulle autre pareille ! Le proche peut être certain que c’est la voix intérieure du narrateur qui résonne – une voix qu’il n’avait jamais entendue auparavant. Le refoulé de la personnalité se dévoile et ce processus de révélation au cours de l’écriture crée une intimité plus profonde entre les proches et le malade :

« J’ai une voiture dans la tête… » disait ma mère… « Elle m’emmène là-bas… »

« Tu as un soleil pour visage. »

« Tiens ! Mon chapeau d’été a rencontré mon béret d’hiver ! »

« J’habite la solitude de la nuit
J’habite un paysage lunaire
un mur de pierre ou une clairière
J’habite un écheveau de pluie
la peau des murs un bois d’image
J’habite au creux de mon veuvage
 »

(C’est pour mieux t’écrire… Lecture, écriture dans la ville. Ville de Saint-Martin-d’Hères -Maison de la Poésie Rhône-Alpes)

Comment procéder stylistiquement ?

  • Il importe de privilégier les phrases courtes et simples. Les phrases minimales restituent de manière intacte la sensation que le cerveau du malade offre comme véritable présent à l’entourage. Il est préférable d’éviter les phrases longues, complexes et emphatiques qui entraveront la circulation du flow de l’inconscient.
  • J’utilise le présent qui actualise le souvenir, lui donne davantage de force, d’acuité – lui conférant une certaine éternité. Enfin, ce qui semblait se dérober, s’enfuir à tout jamais est saisi !
  • Des phrases nominales où la ponctuation disparaît permettent de capter l’onirisme de certaines réminiscences. Il est essentiel d’accepter la dimension surréaliste que peut atteindre le livre et des tournures incisives, percutantes avec jeu entre images et sonorités, livreront au lecteur de véritables tableaux intérieurs – hors du commun, peints à la lisière du rêve et de la réalité :
    Lumière autour de mon cou
    L’enfant roux
    retrouvé
  • C’est ainsi que nous assistons parfois à la métamorphose d’une biographie en recueil poétique ou en journal d’instants. Quatre vers peuvent dire l’enfance, ses baisers, ses orages, ses fugues et ses retours. Il existe même, dans certaines maisons de retraite, des ateliers d’écriture de haïkus pour les malades d’Alzheimer – haïkus qui forment des moments biographiques, en cristallisant l’instant présent sur le souvenir qui revient, bien vivant, de la nuit.
  • La personne malade d’Alzheimer nous invite à effacer les frontières entre passé et présent, nous montrant sa perception d’un temps circulaire. Elle peut confondre, par exemple, le chandail de fillette qu’elle portait jadis avec celui d’aujourd’hui. C’est alors l’occasion de faire de l’effacement de cette frontière temporelle un petit thème d’écriture.

    En chandail rouge, je suis Moi.

Réaliser la biographie d’un proche, pour lequel une maladie neurodégénérative comme la maladie d’Alzheimer a été diagnostiquée, n’est pas impossible. Non seulement ce projet réactivera la mémoire – retardant, de ce fait, la lésion irréversible des cellules cérébrales -, mais aussi il invitera le proche à lâcher prise face aux préconçus d’une biographie. Celui-ci enjambera avec le narrateur passé et présent, où l’enfance et la vieillesse se côtoient, s’accompagnant mutuellement sur un chemin qui se tracera autrement.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie

Trouver sa voie à travers l’art: Reconstruire sa connexion avec soi-même

La création de ce présent où tu es présent 

La meilleure façon de prendre conscience de toi, c’est d’éprouver, dans l’instant présent, ta présence dans l’écriture. 

Le sais-tu ? Le fil de l’encre, toujours passant, te relie à toi-même.  

Souvent, la vie te sépare de toi. Tu te perds dans les regards et les jugements des autres. Mais lorsque tu t’adonnes à ton art favori – écrire, bien sûr, mais aussi peindre, sculpter, composer -, tu es là, ici et maintenant. Les commérages s’effacent ; les épreuves disparaissent ; les entraves s’abolissent. 

Quand il te semble que tu n’existes pas, quand il te semble que tu n’as pas ta place dans ce bas monde, quand il te semble que tu n’es pas né à la bonne époque, quand il te semble que tu es trop timide, trop effacé, va jusqu’au bout de la ligne ; enjambe l’espace du papier et va à la ligne. Dans le rythme de l’écriture – et de la création en général -, tu es toujours au bon moment et au bon endroit. 

Place-toi à ta propre portée pour écouter ta musique intérieure. Entends le crissement de la plume, le frottement du pinceau, la vibration de chaque touche sous tes doigts ou de la corde tendue entre le ciel et toi. 

Quand tu sens que tu n’avances pas dans ta vie ou que tu n’as pas pris la bonne direction, dis-toi : 

– Au moins, j’avance dans mon récit, mon tableau, ma partition… Je donne un sens à mes rêves.  

Prête attention à ta respiration quand tu crées. Je ne te demande pas de compter le nombre d’inspirations et d’expirations ; non ; mais je t’invite uniquement à accorder ta création à ton souffle. C’est bien ce que signifie le mot “inspiration”. Un souffle venu de très loin en soi qui se déploie, grandit dans l’espace de notre poitrine pour donner naissance à notre œuvre et à l’œuvre de notre vie à chaque instant.  

Sois conscient de ta position quand tu crées. Es-tu debout ? Assis ? Éprouve le contact de tes pieds contre le sol, les points d’appui de ton corps avec la chaise ou le fauteuil… La légèreté, la fièvre, l’excitation ou une certaine pesanteur de ton bras qui travaille… Note précisément tous tes ressentis. 

Et tandis que tu répertories toutes ces analogies entre le monde extérieur et ton univers intérieur, les barreaux physiques, psychologiques et spirituels s’évanouissent. Tu te libères comme un oiseau de sa cage. 

Puis, sois attentif à ce qui entre dans ta pratique créative :  

Une tache de lumière ? L’odeur du déjeuner ? La goutte du robinet ? Le reflet de ta table, de ton piano ou de ton chevalet dans le verre d’eau ? 

Ta page ou ta toile contiennent tout ce qui se dépose, parfois de manière très subtile ou invisible – un minuscule pollen venu de la fenêtre ouverte, un flocon de neige qui a déjà fondu… 

L’acuité d’une telle attention devient méditation et intention : l’intention de créer à partir de ce qui est et de qui tu es dans ce qui est. 

Ton champ de conscience, vaste espace de création que matérialisent la page ou la toile, est la preuve que tu es vivant car tu crées ta vie à chaque mot, chaque touche de couleur, chaque note – indépendamment de toutes les douleurs endurées, de toutes les souffrances traversées. 

Il est donc très loin de toi, le point final… 

Ton existence est un voyage dans ta créativité qui te permet d’atteindre la majuscule d’Aujourd’hui – juste la majuscule du mot Aujourd’hui, à partir de laquelle la nouvelle phrase de ta journée commence. 

Géraldine Andrée

Publié dans Histoire d'écriture, Poésie-thérapie

Nourrie par la poésie

Le lait des mots dans la vie d’une écrivaine

Aux premières heures de sa vie, elle tenta de téter sa mère. Mais il n’y avait pas une seule goutte de lait sur ses lèvres.

Assoiffée d’amour, elle chercha une autre épaule maternelle sur laquelle se reposer en ce bas monde. Sa quête demeura vaine.

Elle voulut alors s’abreuver au lait des étoiles. Hélas ! Celles-ci étaient beaucoup trop lointaines !

Au cœur de sa solitude, elle découvrit les mots. Chacun était une goutte précieuse pour sa vie. Elle s’en gorgeait quand le silence remplissait sa chambre. Plus tard, elle ressentit combien les poèmes – ceux qu’elle lisait et ceux qu’elle composait elle-même – la désaltéraient.

Elle sut ainsi, de jour en jour, que son cœur était une outre pleine de ce lait universel qui la traversait, avant de s’épancher sur chaque feuillet.

Cette outre intérieure dont elle sondait la profondeur et l’inépuisable abondance, c’était la Poésie.

Un matin, elle écrivit avec contentement, au centre de la nouvelle page blanche, avec son encre habituelle, d’un bleu laiteux :

Je suis nourrie.

Assurément, elle pouvait créer des constellations et tracer des chemins lactés qui y menaient. Alors, la peur du manque et de la soif s’effaça. Le chagrin de sa prime enfance se tarit.

Elle écrivit. Elle guérit.

D’aube en aube, le lait bleu de ses poèmes la désaltérait quand il passait par sa bouche et franchissait ses lèvres.

Au soir de sa vie qu’elle avait dédiée à sa mission

Faire perler sur toutes les bouches, partout où je vais
les mots jaillis de mon cœur de lait
,

elle inscrivit sur la couverture de son ultime cahier :

J’ai nourri la Vie.

Géraldine Andrée

Publié dans écritothérapie, Histoire d'écriture, L'espace de l'écriture

Comment avancer dans l’écriture malgré la peur de la page blanche

La foi de la page

La page est l’espace où tu peux exercer ta foi. Et, comme toute expérience qui défie ta capacité à faire confiance en l’inconnu, la page te donne souvent le terrible sentiment d’être perdu.

Je compare une page vierge à un paysage de neige. Tu n’oses t’y aventurer, de peur de t’égarer. Comment vas-tu poser tes repères ? Pourras-tu aller très loin quand ta marche se fait si lente, si hésitante ? Et ce silence n’étouffe-t-il pas déjà ton appel ? Comment t’orienter dans toute cette blancheur ? Il n’est rien que tu puisses reconnaître… Pas la moindre racine, la moindre souche, le moindre début de sentier…

Et pourtant, tu n’as pas d’autre choix, si tu veux rentrer chez toi, d’avancer, de t’en remettre à ce paysage muet, cet espace glacé qui te renvoie à l’obligation de te fier à toi-même.

Écrire – commencer un roman, un journal, un témoignage de sa vie -, c’est comme marcher dans la neige. Peu importe ce en quoi tu crois – ton impuissance ou ta puissance, ta créativité ou ton manque d’inspiration -, la neige de la page ne disparaîtra pas. Peu importe comment tu perçois le vide devant toi, le blanc ne se changera pas miraculeusement en terre colorée.

Pour faire fondre ta peur, il te faut initier le premier pas, écrire le premier mot, poser ton empreinte.

As-tu déjà marché dans la neige d’une campagne isolée ? Moi, oui !

Et tout ce que je peux te dire, t’écrire ici, c’est que le fait d’avancer te permet de te repérer. La marque de ton soulier dans la neige diminue, à chaque seconde, la probabilité de te perdre. Pourquoi ? Parce que si jamais tu ne trouves pas ton orientation, tu peux toujours revenir sur la trace de tes pas et cela te donne donc la force d’aller plus loin, l’audace d’explorer. Paradoxalement, marcher au milieu de tout ce blanc t’offre des garanties !

De plus, c’est ton pas qui dissipe la neige. Et beaucoup de surprises sont susceptibles d’apparaître ! Dans la neige que soulève ta semelle, tu vois les prémices du printemps – un brin d’herbe, un caillou brillant, une frêle feuille, une tige minime de primevère – déjà ! Jamais tu n’aurais soupçonné autant de révélations attendant humblement ton regard, sous cette surface si froide !

Enfin, le silence te ramène à l’écoute de ton souffle – et entendre ton souffle, c’est être attentif à l’imperceptible mélodie de chaque instant qui te prouve que tu es vivant.

Alors, écris ! Avance dans la neige de la page ! Que risques-tu, de toute manière ? Revenir sur tes traces, sur la phrase précédente, jusqu’au mot initial pour t’apercevoir que tu peux tout recommencer autrement… L’espace vierge est une chance !

Comme tu le sais, un pas en entraînant un autre, un mot en enfantant un autre, tu peux déceler, là où précisément tu pensais qu’il n’y avait rien, la fleur d’un projet, la graine d’un rêve, la racine d’un souvenir qui te permet d’aller plus loin.

Écoute aussi ce que le silence a à te dire ! C’est lui qui te fait le présent de voix plus amplifiées : le rire de ton enfance, ton prénom murmuré, la conversation d’un ami. Tu peux donc écrire sur cela, sur les voix du passé qui te conseillent et t’inspirent toujours. Ainsi, tu ne trouveras pas un style, mais ton identité dans l’écriture, ce qui n’est pas pareil, car cette identité est ton sceau, ta signature de lumière.

Il y a toujours un sentier pour toi et s’il te semble qu’il n’existe pas, il n’y a pas de meilleure opportunité que la blancheur pour le tracer comme tu le souhaites.

Bien sûr, au milieu de tout ça, tu peux me demander : Quand est-ce que je rentre chez moi ? Quand est-ce que j’atteins mon but ? C’est-à-dire mon livre ?

À cela, je te répondrais : Mais tu es déjà rentré chez toi, c’est-à-dire en ta propre foi.

Alors, continue à avancer… Continue à écrire… La page est vaste !

Géraldine Andrée

Publié dans écritothérapie

L’écriture comme prière : Découvrir le miracle de la réponse divine en toi

La divinité de la page

Le sais-tu ? L’écriture est prière !

Tu confies au papier tes peurs, tes peines, tes souhaits. En écrivant, tu demandes à la Vie qui régit l’Univers d’arranger ta vie. La moindre feuille est une Puissance Supérieure à ta portée. Souvent, je lui exprime personnellement ma gratitude :

  • Merci à Toi pour le bleu de l’encre qui, en s’écoulant sur ta blancheur, me rapproche d’un jour de plus de mon séjour à la mer !

Mon rituel pour écrire ressemble à celui que l’on met en place pour une prière : allumer un bâton d’encens ; poser à côté de mon cahier – telle une offrande – un fruit, du chocolat, une part de gâteau ; me pencher sur mon texte en cours comme on se prosterne devant un autel…

Pourquoi le cahier te met-il en posture d’humilité ? Parce c’est lui qui possède tes réponses ! Celles-ci, bien sûr, ne sont pas gagnées ! Il te faut les conquérir ! Affûte d’abord ton ouïe. N’entends-tu pas, au moment de tourner la page du jour précédent pour aborder celle du jour à vivre, le battement frêle de l’aile d’un ange ?  Puis trace la première lettre et avance. On découvre ses propres réponses par la foi, c’est-à-dire en écrivant un mot de plus, en allant un mot plus loin. Comme ta marche éclaire chaque portion de route, c’est en faisant confiance à la ligne – à la ligne présente et pas à la suivante – que celle-ci te guide.

La page est une divinité qui t’écoute et t’accueille dans son silence. Elle te paraît si blanche, si muette que tu la crois indifférente à tes demandes. Et pourtant, il n’est rien de plus présent et de plus compatissant qu’une page vierge car, quelle que soit l’heure, elle est là. Tu peux venir à elle au cœur de la nuit. Son silence te fera entendre les paroles de ton cœur.

Qu’importe, d’ailleurs, son format ! A5, A4, A3… Qu’importe qu’il soit étroit ! Cette marge, les limites de ces bordures ne sont qu’apparence car la page est vaste comme un océan entre ses rivages, une mer entre les terres… Pourquoi ? Parce qu’elle contient l’immensité de ton Être ! Elle condense devant toi la grandeur de l’Univers qui est aussi le tien.

Alors, écris comme tu pries. Prie comme tu écris !

Et tu découvriras le miracle :

la réponse divine en toi
qui te fait signe à la manière d’une étoile familière.

Géraldine

Publié dans Créavie, Méditations pour un rêve

Rendre ton rêve réel

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

La visite

Qui frappe ainsi
à la porte de mon cahier ?
Je m’approche,
regarde

par la petite fenêtre de la couverture.
C’est toi, Maman,
qui reviens comme si de rien n’était
de ton long séjour.

Je t’ouvre et,
aussi légères que ma plume,
nous longeons le corridor
de la marge.

Voilà que tu déverses
sur toute la page,
avec ta générosité
d’autrefois,

des poires rousses,
un gâteau doré sous sa mousse,
des carottes tendres,
et, pour le dîner,

une aile de poulet
dans sa sauce miroitante ;
puis, un étui de cuir
pour mes stylos colorés,

un napperon de dentelle
– île blanche sur la table noire -,
un mouchoir fleuri,
une aiguille pour recoudre les jours.

Tu sors
du profond panier de ma mémoire
tous ces présents
que je dispose avec soin

en haut, en bas,
en gauche, à droite ;
et je m’aperçois que ce rangement
est devenu un poème.

Je te dis dans la chambre
de mon cœur :
– Assieds-toi juste un instant
avant de partir !

Et nous bavardons un peu
sur le coussin bleu
d’un mot.
Aujourd’hui, c’est Espoir.

Je te raccompagne à la fin
de la dernière ligne,
ferme mon cahier
sur la goutte d’encre

ultime,
dans laquelle brille
ton silence
qui me fait encore signe.

Il n’y aura plus jamais
d’absence
puisque tu ne peux
que revenir.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie-thérapie

Si je devais partir précipitamment

Si je devais partir précipitamment
en n’emportant qu’une seule chose
pour ce long voyage
d’où il me serait impossible de revenir,

je mettrais dans ma poche
mon carnet de haïkus
destiné à la récolte
de tous mes regards,

toutes mes intentions,
toutes mes émotions
sur les futurs instants
qui m’attendent.

Géraldine

Publié dans Dialogue avec ma page, Histoire d'écriture

Ces raisons qui font qu’elle écrit

Je ne sais pas pourquoi j’écris.
Je devrais plutôt me demander pour quoi j’écris.

J’écris pour les retrouvailles
avec la lueur de la brindille,
à la fin de l’été…

– Tu écris donc pour si peu et si petit ?

Ricane Niege, la part dénigrante de moi-même.

Aussitôt, Inge, la part rassurante, qui prend systématiquement ma défense, rétorque :

– Je crois que G. écrit pour faire de sa vie un chemin de papier, et du papier un chemin de vie.
G. écrit comme elle prend un sentier – pour le simple plaisir de cheminer.
G. écrit parce qu’elle croit qu’elle n’existe pas dans cette vie et parce qu’elle se dit qu’au moins, ses poèmes existeront à sa place et que si cela se trouve, bien après qu’elle aura quitté ce monde où elle aura été si effacée, elle vivra à travers les mots pour quelqu’un, un inconnu qui sera son prochain sans qu’elle l’ait jamais rencontré.
G. écrit pour autoriser tous ces passages invisibles sur sa page, pour inviter tous ces regards auxquels elle s’adresse et dans lesquels elle ne pourra jamais lire d’approbation – car c’est ainsi, on ne croise pas toujours les hommes qui sont censés nous comprendre.
G. écrit pour poser une lampe à la fenêtre des poèmes. Que ceux-ci éclairent, chacun avec leur lumière, une portion de la rue obscure où le solitaire s’aventure.

Ces raisons te semblent, certes, dérisoires mais sache, Niege, que les mots, tels de petits cailloux, marquent la destination à retrouver quand l’âme s’est perdue bien loin.
C’est pour ces minuscules cailloux que G. écrit.
Ni plus, ni moins.

Géraldine

Publié dans écritothérapie, Dialogue avec ma page, Histoire d'écriture, Le livre de vie

Le sujet d’écriture

Tu me confies
que tu veux mourir
que tu n’en peux plus
des Autres
de Lui
de Toi
que c’est peine
perdue
tu n’accompliras
jamais
ta grande
œuvre
en cette vie

Mais moi
la page
je suis témoin
que tu n’as pas perdu
l’envie
de vivre
J’en veux
pour preuve
le sujet
d’écriture
que tu notes
dans la marge
d’aujourd’hui
pour l’expanser
« en vingt
lignes
au moins »
demain

Géraldine Andrée