Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Cahier du matin, Journal créatif, Le cahier de mon âme, Le journal de mes autres vies, Poésie

Incarnation de l’écriture

J’écris
J’incarne
mon désir
dans l’encre
bleue
qui brille
à chacun
de mes mots
sur chaque grain
de la page

J’écris
pour bien vivre
pour dire
un matin
comme celui-ci
après avoir vécu
tout le beau
tout le bleu
de mon désir
C’était écrit

 

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Cahier du matin, Mon aïeul, mon ami.

Les hivers de jadis

Ils étaient rudes, les hivers de jadis, bien plus rudes que ceux d’aujourd’hui.

Mon Grand-Père, instituteur à l’école communale, se levait trois heures avant le début des cours pour réchauffer la salle de classe.

Une par une, il posait les branchettes dans le ventre du poêle.

Puis il approchait l’étincelle. Les flammes montaient haut mais la chaleur demeurait circonscrite autour de l’appareil.

Il faudrait beaucoup de temps pour qu’elle enveloppât toute la salle. Les vitres étaient étoilées de givre.

Mon Grand-Père notait à la craie en haut du tableau noir :

Aujourd’hui, jeudi 14 décembre 1939.

Tout était blanc : la date, les fenêtres, les chemins et les prés aux alentours noyés dans la brume.

A huit heures moins cinq, une cavalcade retentissait dans les couloirs.

Les écoliers rentraient avec leurs bonnets, leurs manteaux et leurs souliers mouillés. Certains venaient de loin et avaient marché longtemps.

Leurs haleines, mêlées à l’humidité de leurs vêtements, embuaient les vitres.

Ils ne se dévêtaient pas tout de suite car la température ne s’élevait guère.

Les encriers restaient gelés.

Grand-Père consacrait ce temps où il était impossible d’écrire au cours de morale et à la récitation des leçons.

Quand j’ai lu Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier pendant mon adolescence, j’ai retrouvé sans y avoir jamais été assise la salle de classe de mon Grand-Père éclairée au coeur de l’hiver. Le silence était tel qu’hormis la voix de l’écolier qui restituait sa leçon devant le maître, on entendait craquer le poêle à bois.

Vers dix heures enfin, l’encre avait des reflets scintillants.

On pouvait commencer la leçon du jour.

On enlevait ses gants.

Chacun trempait sa plume.

Il y avait beaucoup de ratures car le contact de la feuille avec la main réveillait la douleur des engelures.

Puis la guerre éclata. L’école de Grand-Père ferma pendant toutes les années d’Occupation où le froid fut si mordant.

Ma mère a eu mon Grand-Père comme instituteur.

Elle m’a montré un soir son cahier du Cours Moyen.

Le papier a bien pâli. Les mots cheminent sur une ligne invisible. A certains bouts de phrases, les lettres s’effacent dans la neige de la page.

Mais si j’approche cette dernière de mes yeux, je peux voir en transparence le feu qui tremble dans le poêle, l’encre qui luit, la blancheur triste du jour et le noir pétale d’une tache d’encre sur les doigts encore gourds.

Géraldine Andrée

Publié dans Berthe mon amie, C'est la Vie !, Ce chemin de Toi à Moi, Mon aïeule, mon amie, Poésie

Silence et souffle

Je sais

pourquoi

il est

ce profond

silence,

 

certains

soirs :

c’est

pour mieux

entendre

 

ton souffle,

aile

frêle

qui passe

de tes lèvres

 

à ma conscience,

preuve

que la vie

existe

dans la mort.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Le poème est une femme, Poésie

Pour écrire un poème

Pour écrire

un poème,

je prends comme

références

 

les méandres

que trace

le chant

de l’eau,

 

le souffle

du vent

qui rassemble

les murmures

 

des feuilles

pour en faire

une frémissante

reliure,

 

le ciel

qui donne

forme

au nuage

 

dont le regard

ignorait

encore

l’existence

 

un instant

auparavant,

et qui semble

 

d’un rêve

de passage

dans l’âme

d’un enfant,

 

la vague

laissant

sur le sable

son alphabet

 

lisible

seulement

pour le promeneur

qui se penche,

 

la couleur

de l’azur

destinée

à s’étendre

 

sur tout ce qui

respire

et tremble,

jusqu’à la moindre

 

corolle

cachée

dans le pli

de la longue

 

robe

de l’ombre,

et quand

le jour

 

se termine,

je signe

mon poème

d’ici-bas

 

avec cette goutte

d’encre

ultime

qu’un autre Poète

 

ajoute

aux lisières

et qui enlumine

le silence…

 

Géraldine Andrée

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans C'est la Vie !, Cahier du matin, Le journal de mes autres vies, Poésie

Pour oublier mes deuils

Pour oublier

mes deuils

je disparais

 

dans le vert

frais

des feuilles

 

je m’éteins

en cette

lumière

 

et quand

je reviens

j’apporte

 

un bouquet

de souffles

que je dépose

 

un à un

sur mes lèvres

en murmurant

 

le nom

de chacun

de Vous

 

Géraldine Andrée

Tous droits réservés

Copyright interdit

 

 

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La neige de Géorgie

Quelques jours avant l’orée du printemps, en Géorgie, les gens préparent une fête en l’honneur de leurs morts.

Ils disposent dans des assiettes les mets les plus fins, versent dans les verres les vins les plus doux, pétrissent et cuisent le pain dont le coeur de mie sera si tendre au palais de leurs aimés.

Ils prévoient des bougies et des flambeaux pour les danses de la nuit.

Dans l’après-midi, le chef de famille se rend au cimetière.

Et, avec ses gants, il ôte la neige des tombes.

Celle-ci se disperse dans le soleil en mille paillettes.

C’est un bonheur de voir le regard des défunts que l’hiver, de son voile de tristes noces, a caché.

C’est un miracle de contempler les fossettes de l’enfant trop tôt feu, les cheveux longs de l’aïeule, la moustache de l’oncle, l’air mutin de la cadette, les lèvres entrouvertes de la fille éternellement jeune – quelles paroles silencieuses cette dernière murmure-t-elle à vous seul ?

En enlevant à coups patients la neige, ce deuxième suaire qui, pendant les grands froids, a scellé tous ces yeux et condamné tous ces visages à l’oubli, les Géorgiens retrouvent leurs absents.

Les noms et prénoms réapparaissent, les souvenirs aussi.

Quelques jours avant l’orée du printemps, la mort se révèle bien éphémère.

A ma manière, je suis moi aussi Géorgienne quand j’écris des poèmes.

Ma main, à chacun de ses passages, fait fondre avec foi la neige de la page.

Des mots, alors, naissent,

derrière lesquels je m’aperçois que tu me regardes depuis toujours.

Et quand je signe, je reconnais ton nom

dont chaque lettre comme un oeil espiègle

cligne dans le soleil.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Poésie

Toutes les feuilles

Toutes les feuilles
des beaux jours
s’amoncellent
sur le chemin…

Jaunes, brunes, rouges,
elles ressemblent
aux feuilles
des automnes anciens.

Elles se froissent
sous le soulier
avec ce murmure
de soie

de l’année
précédente
et elles reposent,
face tournée

vers le ciel,
quelle que soit
la morte-saison
de la vie.

Des êtres
s’éteignent,
d’autres
viennent.

Louise
s’en est allée,
il y a trois
automnes.

Et Claire
est née.
Les feuilles
tombées,

elles,
n’ont pas changé.
Claire a grandi.
Il se murmure

au fil des ans
que son sourire
a la même
lumière

que celui
qui éclairait
le visage
de Louise.

C’est ainsi.
Telle
est la loi
des jours

qui se détachent
du temps
comme ces feuilles,
filles

des feuilles
feues
de l’automne
d’avant.

Géraldine Andrée

 

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Les fleurs de Grand-Mère

Pour consoler
son coeur,
ma grand-mère
soignait ses fleurs.

Géraniums,
hortensias,
roses trémières,
oeillets, lilas,

ma grand-mère
avait l’oeil
pour s’enquérir
en silence

de la santé
des corolles,
de la vivacité
des tiges.

Les fleurs
lui répondaient
par des lueurs
d’abeilles

et des senteurs
qui montaient
dans l’air
vermeil.

Et quand
ma grand-mère
rentrait
chez elle,

elle avait oublié
le chagrin
qui l’avait fait descendre
dans le jardin.

Géraldine Andrée

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Tu te souviens

Tu te souviens
du robinet
incrusté
dans le mur
de pierre

du mince
filet
d’eau
qui courait
le long du tuyau

dont la bouche
faisait jaillir
en corolle
son chant
dans tout le jardin

Les notes
se posaient
ensuite
en gouttes
de silence

sur les feuilles
odorantes
de chaque plante
Tu te souviens
de la métamorphose

de l’eau
entre les mains
de Grand-Père
Il n’est pas étonnant
que fleurissent

encore
tant et tant
de roses
dans l’arrière-saison
de notre mémoire

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2017

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A Marie

Je t’ai retrouvée en songe, Marie, près du buffet de chêne brun.

Tu y posais une corbeille de fruits frais, un bouquet de serpolet cueilli dans le jardin là, tout près.

Puis, tu ouvrais ses grandes portes et tu sortais pour le thé de cinq heures, les tasses de faïence bleue dans lesquelles danserait comme suspendue dans un nuage d’or une goutte de lait.

Et moi, j’étais vêtue de la robe fleurie de mon enfance d’où s’évasait un jupon de dentelle.

C’était un temps si ancien et pourtant si présent

qu’il s’est confondu un instant avec le temps de mon réveil.

Je t’ai retrouvée, Marie, m’attendant près du buffet de chêne brun

pour m’emmener plus loin dans ta demeure

au coeur de laquelle tu ouvrais désormais sans peur

les grandes portes de ton coeur.

Géraldine Andrée