Je veux disparaître
dans un poème
de Claude Roy
où bat
à bas bruit
à fleur
d’herbe
et de limon
juste
à l’instant
où apparaît
la première
note
de la source
le cœur
inaltérable
du monde
Géraldine Andrée
Je veux disparaître
dans un poème
de Claude Roy
où bat
à bas bruit
à fleur
d’herbe
et de limon
juste
à l’instant
où apparaît
la première
note
de la source
le cœur
inaltérable
du monde
Géraldine Andrée
Je sais
l’embouchure bleue
de l’encre
qui se jette
dans l’océan
blanc
de la page
où se déploient
à fleur
de silence
les vagues
de ces phrases
que l’on reçoit
sans chercher
à les saisir
vraiment
Géraldine Andrée
Le plus beau poème
est celui qui me comprend
à travers le temps
Géraldine Andrée
On a fermé la grille.
Le jardin se retrouve seul.
Aucun pas ne pousse les feuilles
qui vont au gré du vent.
Les fleurs laissent choir
sur l’herbe brune
des pétales roux
que personne ne peut voir.
Pourtant, hier encore,
des jeunes filles en short
sirotaient à la paille
le lait des jours.
Et les parasols
donnaient à l’ombre
un contour
d’or.
L’arrosoir débordait
de la pluie des orages
dans laquelle un insecte
baignait ses ailes
et que l’on versait plus tard
sur les roses
rougies par le soleil
du mois d’août.
Mais aujourd’hui,
le jardin est seul.
Aucun promeneur
n’en franchit le seuil.
Si je prends ma plume,
ce soir,
c’est pour faire présent
au jardin
de la mésange
qui se cache
quelque part
dans mon souvenir
et parce que j’ai bon espoir
que ce poème
fasse renaître
en quelques
strophes
toutes les feuilles
qui entourent
son chant.
Géraldine Andrée
Depuis le temps que je le désirais, ce silence au coeur de la nuit, le voici !
J’allume la lampe nouvelle.
La maison est calme.
Dans sa paix se mire mon âme.
C’est un instant précieux que celui de voir luire l’encre bleue sous l’ombre de ma plume qui s’allonge pendant que ma main avance dans le blanc.
J’écrirai chaque soir où le noir de cendre tente de recouvrir le feu.
J’irai à la poursuite du mot Rêve qui me fait signe
et dont le point d’or cligne devant mes yeux.
Je déposerai mon souffle sur la feuille qui, déjà, me porte
et m’emporte
vers ce message qui m’attend.
Géraldine Andrée
Je rêve d’un pays où je pourrais déposer mes bagages et me dire :
Je suis.
Un pays de vérité où mon reflet dans l’eau serait fidèle à moi-même ;
Un pays où seul le silence me ferait exister ;
Un pays où j’aurais conscience que le moindre brin d’herbe, le moindre fétu bougent sous mon souffle ;
Un pays où la terre accueillerait mes pas après la pluie.
Il me semble retrouver ce pays quand j’écris.
Le temps d’une phrase, d’une page,
le temps m’oublie.
Je vis sur une rive loin du monde.
Mais l’autre vie m’appelle.
Il me faut effectuer la traversée à l’envers,
sortir de ma maison, de moi-même,
quitter du regard ma lueur de plus en plus lointaine
pour marcher dans les lumières de la ville.
Et de ce pays quitté
je garde le souvenir d’un sentier
que je fais poème
afin d’y revenir
quand je me sens étrangère
là où je suis.
Géraldine Andrée
Le feu palpite
en chaque mot
de poésie
que certains tentent
de cacher
dans la nuit
Mais le feu couve
le feu persiste
frêle lueur d’or
qui nous fait signe
pour que chacun existe
jusqu’à l’aurore
Géraldine Andrée
Elle me dit
Prends ton appareil
photo
et photographie
le jardin
Il ne faut pas oublier
toutes ces belles violettes
ces feuilles
de trèfle vertes
ces roses au soleil
Évidemment
il n’y a point
de jardin
entre les murs
de la maison de retraite
Alors j’écris
ce texte
pour garder souvenir
du jardin invisible
qui existe
dans le regard
sans mémoire
de ma mère
Géraldine Andrée
Mon seul vœu
Que mon souffle
envoie une feuille
au poème suivant
Géraldine Andrée
Dans le silence
d’un soir de novembre,
je trace
avec un poème lentement
recopié à l’encre
l’ancien sentier de lavande.
Géraldine Andrée