Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Les assiettes de l’enfance

Ne plus jamais manger dans les assiettes de l’enfance
celles où brillaient jadis les reflets d’ambre
de la soupe éclairée par la lampe
et que salaient souvent mes larmes
pour une mauvaise note ou une vénielle désobéissance

Ne pas recouvrir avec le fruit d’aujourd’hui
la fleur qui s’émaille
Enfouir les assiettes de l’enfance
dans l’ombre de l’armoire
comme au cœur de la tombe d’un pharaon

après les avoir ensevelies
dans du double papier journal
Et oublier que l’on a une mémoire
Oublier que l’on a souvenance
de l’enfance qui repose dans la nuit

Garder pour soi cet oubli

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Poésie-thérapie, Un cahier blanc pour mon deuil

Tu n’as pas disparu

Tu n’as pas disparu
cachée que tu es
entre deux mots
d’un poème

serpolet
et verveine
là juste
sous la virgule

qui luit
telle une aile
minuscule
au soleil

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif, Le cahier de la vie, Récit de Vie

J’écris chaque jour pour changer

J’écris chaque jour pour changer.
J’écris chaque jour pour prendre conscience que je ne peux pas indéfiniment noter les mêmes constats, émotions ou pensées sans avoir le courage d’assumer un beau jour une décision.
Bien sûr, j’aime voir, au fil de l’encre, mon cahier se transformer, devenir une constellation de mots.
Mais j’écris surtout pour me voir me métamorphoser dans le miroir de ma page, faire en sorte que ma réalité devienne rêve réalisé.

Géraldine Andrée

Publié dans L'alphabet de l'herbe, Poésie-thérapie

Sans titre

Je veux disparaître
dans un poème
de Claude Roy
où bat
à bas bruit
à fleur
d’herbe
et de limon
juste
à l’instant
où apparaît
la première
note
de la source
le cœur
inaltérable
du monde

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Journal de silence, Le journal des confins, Poésie

L’embouchure

Je sais
l’embouchure bleue
de l’encre
qui se jette

dans l’océan
blanc
de la page
où se déploient

à fleur
de silence
les vagues
de ces phrases

que l’on reçoit
sans chercher
à les saisir
vraiment

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Poésie-thérapie

Le plus beau poème

Le plus beau poème
est celui qui me comprend
à travers le temps

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de mon jardin, peinture

Le jardin solitaire

On a fermé la grille.
Le jardin se retrouve seul.
Aucun pas ne pousse les feuilles
qui vont au gré du vent.

Les fleurs laissent choir
sur l’herbe brune
des pétales roux
que personne ne peut voir.

Pourtant, hier encore,
des jeunes filles en short
sirotaient à la paille
le lait des jours.

Et les parasols
donnaient à l’ombre
un contour
d’or.

L’arrosoir débordait
de la pluie des orages
dans laquelle un insecte
baignait ses ailes

et que l’on versait plus tard
sur les roses
rougies par le soleil
du mois d’août.

Mais aujourd’hui,
le jardin est seul.
Aucun promeneur
n’en franchit le seuil.

Si je prends ma plume,
ce soir,
c’est pour faire présent
au jardin

de la mésange
qui se cache
quelque part
dans mon souvenir

et parce que j’ai bon espoir
que ce poème
fasse renaître
en quelques

strophes
toutes les feuilles
qui entourent
son chant.

Géraldine Andrée

Publié dans Dialogue avec ma page, Journal de la lumière, Journal de silence

J’écrirai chaque soir

Depuis le temps que je le désirais, ce silence au coeur de la nuit, le voici !

J’allume la lampe nouvelle.
La maison est calme.
Dans sa paix se mire mon âme.

C’est un instant précieux que celui de voir luire l’encre bleue sous l’ombre de ma plume qui s’allonge pendant que ma main avance dans le blanc.

J’écrirai chaque soir où le noir de cendre tente de recouvrir le feu.
J’irai à la poursuite du mot Rêve qui me fait signe
et dont le point d’or cligne devant mes yeux.

Je déposerai mon souffle sur la feuille qui, déjà, me porte
et m’emporte
vers ce message qui m’attend.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Poésie, Poésie-thérapie

Le pays

Je rêve d’un pays où je pourrais déposer mes bagages et me dire :

Je suis.

Un pays de vérité où mon reflet dans l’eau serait fidèle à moi-même ;
Un pays où seul le silence me ferait exister ;
Un pays où j’aurais conscience que le moindre brin d’herbe, le moindre fétu bougent sous mon souffle ;
Un pays où la terre accueillerait mes pas après la pluie.

Il me semble retrouver ce pays quand j’écris.

Le temps d’une phrase, d’une page,
le temps m’oublie.
Je vis sur une rive loin du monde.

Mais l’autre vie m’appelle.
Il me faut effectuer la traversée à l’envers,
sortir de ma maison, de moi-même,
quitter du regard ma lueur de plus en plus lointaine
pour marcher dans les lumières de la ville.

Et de ce pays quitté
je garde le souvenir d’un sentier
que je fais poème
afin d’y revenir
quand je me sens étrangère
là où je suis.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la lumière, Poésie, Poésie-thérapie

Couvre-feu

Le feu palpite
en chaque mot
de poésie

que certains tentent
de cacher
dans la nuit

Mais le feu couve
le feu persiste
frêle lueur d’or

qui nous fait signe
pour que chacun existe
jusqu’à l’aurore

Géraldine Andrée