Je sais que, quoi que la vie me réserve, j’aurai toujours un journal pour refuge, un cahier pour présence, l’écriture pour voix, l’encre pour sang, une page sous ma paume, une plume dans ma main.
Il me suffit de sentir que la couverture s’ouvre et je rentre chez moi.
Je retrouve le couloir familier d’un poème dans lequel j’ôte les chaussures qui me blessaient les pieds.
À la majuscule du patère, j’accroche mon manteau trop lourd pour la saison, le chapeau qui me cachait la vérité, mes vêtements étriqués.
Puis, j’appelle la mère en moi : « Maman ! Je suis là ! »
Je peux m’étirer, souffler et reprendre librement mon inspiration.
Je peux être moi-même. Dansante. Écartant les bras pour toucher chaque côté de moi.
Je franchis le seuil et me voilà dans la pièce principale, celle qui m’offre son miroir dans lequel je me reconnais parfaitement en me démaquillant.
Demain, j’oserai des couleurs qui iront mieux à mes yeux.
Enfin, je revêts une fine chemise, dont la fluidité est celle du papier de soie,
et qui me laisse deviner les courbes, les lignes, les déhanchés de mon corps,
lorsque j’enjambe l’espace de chaque respiration.
Je suis devenue Écriture.
Géraldine Andrée
