Je porte en moi l’évidence
que le jardin a existé.
J’en ai gardé la réminiscence
sur chaque feuille
de mon cahier.
Géraldine Andrée
Je porte en moi l’évidence
que le jardin a existé.
J’en ai gardé la réminiscence
sur chaque feuille
de mon cahier.
Géraldine Andrée
Il me tarde
D’avoir de tes nouvelles
Je ne peux t’en donner
Car bien que je possède
De l’encre et du papier à lettres
Je n’ai pas ton adresse
C’est donc à toi
De m’envoyer ton message
Dont je sais
Qu’il sera sans ligne
Peut-être
Juste un signe
Très bref
Alors je me fais
A chaque instant
Fenêtre
Pour te laisser
Libre d’apparaître
Géraldine Andrée
Quand j’écoute
l’Ami
m’évoquer
les soirs anciens
je revois
les visages
qui se touchent
dans la lumière
de la lampe
rouge
et ce souffle
des lèvres
qui précède
chaque mot
Alors
je me dis
que ce que j’ai vécu
n’est en rien
un mirage
un tour
ambigu
que me joue
ma mémoire
mais un présent
absolu
qui m’éclaire
jusqu’à l’aurore
quand je me souviens
avec remords
des jours
qu’il me semble
avoir perdus
Géraldine
J’écris pour passer de l’autre côté :
de l’autre côté de moi,
de mes incertitudes, de mes peurs,
de mes attentes, de mes espoirs ;
franchir cette frontière invisible
qui me séparait de Moi ;
et retrouver le pays de l’enfance
où la foi émerveillée va de Soi,
de ce Soi intact
qui m’attend depuis toujours ;
vaste maison ouverte
et profonde.
J’écris pour être
au Monde.
Géraldine Andrée
Poème publié dans la revue Bleu d’Encre, revue littéraire en Haute Meuse n°30 et extrait de mon recueil poétique inédit L’Alphabet de l’herbe.
On croit souvent qu’on vit pour faire, créer, accomplir…
Et si c’était le contraire ?
Et si quelque chose avait été spécialement créé pour toi sur cette terre ?
Une feuille, un jardin, un printemps ?
Une note de musique et de senteur ?
Un poème qui sied bien à ton âme ?
Quelque chose qui t’attend pour être…
Quelque chose qui ne demande qu’à se révéler à travers ta présence…
Quelque chose qui s’accomplit du seul fait que tu sois là…
Cherche bien car tu l’as déjà trouvé un matin…
Le regard de ton coeur s’en souvient.
Tu n’auras alors qu’à lui donner un chemin.
Géraldine Andrée
Quand je commence
Une autre page
Il me semble
Que la plage
Est toute proche
Qu’à chaque mot
Je gagne
Un intervalle
Qui me séparait encore
L’instant précédent
De l’immensité
Géraldine Andrée
Ma mère me dit :
Prends les clés de l’appartement
et ne rentre pas trop tard.
Il y a deux ans encore,
ces mots auraient eu un sens correspondant au présent où ils auraient été prononcés.
Mais aujourd’hui,
nul besoin de prendre les clés : toutes les portes sont ouvertes.
En guise d’appartement, ma mère a une petite chambre toute blanche, avec, en face de son lit, la photo d’un voilier, long pétale qui glisse à fleur de sa plage préférée : Roscoff où elle aurait aimé un jour retourner.
Et si je pars, je ne rentre pas. Je reviens seulement la semaine suivante.
Ma mère a beaucoup oublié. Elle n’a plus la notion du temps.
Mais ses mots, eux, ont gardé la mémoire.
Géraldine Andrée
Toute ma vie, je continuerai à écrire. Rien – aucune calomnie, aucun dénigrement, aucun mépris, aucune jalousie – ne me fera changer d’avis. On n’arrête pas ainsi le mouvement du sang.
J’ai bien conscience que le temps est de l’encre et que, mot après mot, je vieillis comme Philippe Jaccottet l’a dit.
Mais on ne dévie pas le fil d’une phrase qui se dévide doucement vers sa destinée : le point annonçant la majuscule suivante.
Je n’écris pas pour un quelconque hommage posthume que l’on déclamerait d’une voix vibrante.
J’écris pour laisser une trace frêle sur la page, comme celle d’une patte d’oiseau qui se pose en silence dans la neige.
Géraldine Andrée
Je me réveille encore
Avec la stupeur
De ton absence
Mais dans ce silence
Que tu me laisses
Dans cette solitude
Que tu me lègues
Il me reste
L’instant
Présent
Seule preuve de vie
À laquelle je me fie
Seule richesse
Que je possède
Comme par exemple
La lumière d’or
De la lampe
Sur mon cahier
À la première
Heure
Et l’encre
Que voilà
Qui a la couleur
Du lilas
Quand elle sèche
Est mon devenir
Géraldine Andrée
Le poème multiplie ma voix
De feuille en feuille
Comme jadis quand
Enfant
Je m’appelais seule
Dans la montagne
Le poème est un écho
Qui me fait sentir
Le plus haut
Possible
Et qui témoigne
Du fait irréfutable
Que je m’accompagne
Du vide
À la présence
Du silence
Au dicible
Géraldine Andrée
Le 25 Janvier 2020
En promenade