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Je vous écris depuis ce pays

Voyage au pays de la dyslexie

Beaucoup de personnes dyslexiques croient qu’elles n’ont pas le droit d’écrire leur autobiographie parce qu’elles sont dyslexiques.
Je dirais que c’est parce qu’elles sont dyslexiques qu’elles ont le droit – et même le devoir – d’écrire leur autobiographie.

En effet, il n’y a pas de témoignage plus poignant que celui qui consiste à évoquer son mal à dire, pour la bonne raison que c’est de la confrontation avec l’indicible que naissent les ouvrages les plus évocateurs sur le fascinant chemin de la résilience. Je vous renvoie pour cela à mon billet Le cahier de l’indicible.

Je crois profondément que ce mal à dire propre à la dyslexie est provoqué, en vérité, par la société elle-même qui crée des codes d’écriture inhérents à son fonctionnement, somme toute, bien artificiel. Or, n’oublions pas que, dans ce domaine, le maître mot est relativisme. Pourquoi ? Car, tout simplement, d’autres cultures écrivent autrement. Par exemple, nous écrivons, dans notre société occidentale, de gauche à droite, selon notre perception linéaire du temps. Mais d’autres cultures perçoivent, elles, le temps comme étant circulaire (de même que les théories de la physique quantique qui corroborent la thèse selon laquelle le temps se multiplierait à l’infini en anneaux, boucles ou spirales). En outre, les cultures orientales pratiquent, elles, la graphie de droite à gauche. Vous pouvez essayer d’écrire ainsi. Tentez l’expérience ! Vous verrez que votre écriture sera particulièrement riche en réminiscences sensorielles parce qu’une partie de votre cerveau, davantage sollicitée, vous permettra de lâcher prise sur les normes conventionnelles, laissant ainsi s’exprimer votre inconscient sur la page.

Si les personnes dyslexiques se sentent mises sur la touche par notre société, c’est parce que leur façon de dire et de représenter le réel n’entre pas avec les critères traditionnels en vigueur. Elles sont, par conséquent, enfermées dans des préjugés ou des pensées limitantes venus de l’extérieur qu’elles introjectent malgré elles. Or, comme le dit, le docteur Olivier Reval dans son ouvrage La Fabrique à bonheurs :

« Les enfants dys sont des enfants intelligents qui souffrent de ne pouvoir ni le montrer, ni le prouver. Leur capacité d’apprendre est différente, leur volonté d’apprendre est identique. » 

Autrement dit, la société doit changer son regard sur la dyslexie et respecter le fait que d’autres individus empruntent des chemins différents vers la connaissance de soi et du monde. C’est à la société d’entrer dans le pays de la dyslexie et non à la dyslexie de tambouriner aux portes de la société pour faire entendre sa voix unique.

Malheureusement, comme il est dit dans l’ouvrage que nous avons coécrit ensemble, Axel Ménard-Burgun et moi, la dyslexie est

Pourtant, si le pays de la dyslexie existe, il est riche, comme tout pays, de sensations, d’émotions et de sentiments que chacun gagnerait à découvrir. Et ce pays, c’est celui du cœur à partir duquel la personne dyslexique peut écrire, parler, s’adresser à ses frères humains, selon l’expression de l’écrivain Albert Cohen. Or, qu’y a-t-il de plus profondément intime qu’un cœur ? Si l’on n’est pas en contact avec ce cœur, le langage n’est d’aucun secours. Il fonctionne comme un système stérile, dénué de sens, c’est-à-dire de signification et de direction.

L’autobiographie est l’endroit où peut s’exprimer ce cœur.

Comment, concrètement ?

Les recherches en neurosciences prouvent aujourd’hui qu’il existe plusieurs formes d’intelligence – dont une intelligence capitale, celle qui permet de se relier aux autres au-delà de la simple communication, l’intelligence émotionnelle.

Ensemble, nous allons, vous et moi, relater dans votre livre de vie ce voyage à travers cette intelligence émotionnelle dont une personne dyslexique est richement dotée. Nous mettrons donc l’accent sur votre paysage sensoriel et émotionnel. Je vous livre ici quelques pistes d’écritothérapie possibles:

  • Pour que vous puissiez vous sentir en sécurité dans notre processus d’écriture, nous allons partir d’un lieu – imaginaire ou réel ; passé, présent ou futur – où vous percevez votre paix, un lieu-refuge d’où tout jugement et toute auto-critique sont bannis. Nous n’hésiterons pas, pour cela, à convoquer un dessin, une image, un tableau ou à vous permettre de vous relaxer en fermant les yeux, afin que vous puissiez mieux vous représenter ce pays de sérénité absolue.
  • Si la dyslexie est/ a été vécue comme une douleur par les différents types de rejets sociaux qu’elle a engendrés, nous pourrons exorciser cette douleur avec des onomatopées, des comparaisons brutes, jamais censurées, des jeux sur les sonorités : « Le serpent s’enroule autour de ma langue. Langue ligotée. Langue ligaturée. Langue à délierQuand les langues se délient, elles sont libres. Je rêve d’une langue déliée. » 
  • Dans ce cas, nous pouvons délier cette langue en rendant aux émetteurs leurs messages négatifs sous forme de dialogue théâtral ou de lettre fictive que nous intègrerons éventuellement dans votre livre de vie.
  • La dyslexie étant éprouvée de l’intérieur avant d’être perçue par l’extérieur, votre sensibilité aux stimuli négatifs et positifs est supérieure à la moyenne. Nous cheminerons ainsi sur la route de vos émotions en les assimilant à des sensations concrètes : le sel de mon envie de vivre, le picotement de la joie, le rouge abricot de l’espoir, la peau de mon chagrin, la ronde des papillons noirs de la peur, l’alezan de ma colère…
  • Dans le pays de la dyslexie, rien n’est interdit ; tout est autorisé, inconditionnellement accepté, y compris les néologismes les plus fous. Alors, on laisse de côté les règles orthographiques et syntaxiques trop bloquantes ; on oublie le censeur que l’on perçoit dans le regard d’autrui pour laisser libre cours à l’exploration du langage. Aussi, on n’hésitera pas à faire d’une erreur langagière une opportunité de créativité, une ressource poétique inattendue qui a tant à nous révéler sur l’univers de l’esprit. « Deumain a deux mains, les miennes. »

Toutes ces marques originales de votre être peuvent jalonner votre aventure de vie, faite non seulement de défis, mais aussi de victoires.

Je pense que le pays de la dyslexie nous montre à tous le moyen de nous réinventer, de sortir des cadres trop conformes, des marges trop sclérosantes, des lignes trop limitantes pour donner à notre parole un nouvel envol vers autrui. Il développe la générosité inhérente à la curiosité.

Alors, jouons. Débordons des marges. Échappons-nous des cadres. Avançons entre les lignes afin que votre autobiographie évoque la vie de votre voix avant tout.

Les personnes dyslexiques qui nous précèdent dans ce voyage nous tracent la route !

Si vous souhaitez découvrir un itinéraire singulier qui mène au pays d’où l’on écrit, écoutez ce que ce cœur a à vous dire :

Géraldine Andrée

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What’s your story ?

Et toi ? Quelle est ton histoire ? Je peux t’aider à la choisir et à l’écrire !

« Comment retrouver le fil de sa vie ? Mot après mot, en se confiant à la page, en la considérant comme un miroir qui nous permet de mieux nous connaître. Au fil des exercices proposés, vous parviendrez à devenir l’auteur de la vie que vous souhaitez, autrement dit de votre propre histoire. »

Géraldine Andrée

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Atelier d’écriture thérapeutique 3

Lorsque le monde te déçoit, que les gens sont des abonnés absents à tes appels, que les lumières des vitrines te semblent inaccessibles, que les flèches te mènent à une voie sans issue, que les panneaux te paraissent insignifiants,

tout ce dont tu as besoin,

c’est de ton cahier intime.

La page sous la lampe enfin t’éclaire ; les flèches que tu traces te renvoient à toi-même, la phrase-clé qui se glisse entre tes questions est la réponse de ton âme.

Dans ton cahier, tu ne peux qu’avancer car le sens qui te trouve avant que tu ne le cherches est unique – le tien.

Trois mots te suffisent pour voir la direction :

ici et maintenant,

avec ton stylo qui te guide de l’un à l’autre.

Prendre soin de toi
en prenant le temps d’écrire
du bout de la simple mine
d’un crayon
ce qui te mine,
c’est ce que la vie te demande.

Tout ce dont tu as besoin,
c’est du présent
de ta main sur ces mots
et de ton sourire
d’enfant
après le point.

Géraldine Andrée

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Nourrir la page

Chaque jour,
je nourris la page
de la moelle
de mes mots,
du lait bleu
de mon encre,
de la pâte
de mes feutres

qu’elle absorbe
avidement
en y laissant
des traces
qui sèchent
lentement
dans la lumière
de l’instant.

Je l’abreuve
aussi
de mes larmes
dont le sel
brille
sur ses bords
comme sur des lèvres
de nouveau-né.

J’y ajoute
la substance
légère
de mes rêves,
des joies
d’enfance,
des désirs
de toujours.

Et je m’aperçois
qu’à force
de nourrir
la page,
c’est moi
qui éprouve
de plus en plus
le manque,

selon le vieil
adage
« L’appétit
vient
en mangeant ».
Aussi ai-je
envie
de retrouver

cette appétence
insatiable,
comme lorsque
j’étais âgée
de treize ans
et qu’après avoir fini
de sustenter
ma vie

dans mon journal
intime
par des bribes
de pensées,
des éclats
de conscience,
des aventures
quotidiennes,

je jugeais
que ce n’était pas
suffisant
et je revenais
faire offrande
au papier
d’une émotion
adolescente.

Évidemment,
jeune
comme je l’étais
jadis,
j’ignorais
cet instinct
de maternité
envers mon cahier.

Mais je le sais
aujourd’hui :
en nourrissant
la page
de moi-même,
j’ai de plus en plus
faim
de la vie.

Géraldine Andrée

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Atelier d’écriture créative 2 : La maturité

Tu sais que tu as atteint
la maturité
lorsque tu as compris
que les limites
de la marge
sont faites
pour être transgressées,
dépassées,
franchies,
comme à l’époque
où tu passais par-dessus
la barrière interdite
pour te perdre
dans un champ
d’avoine sauvage
ou que tu allais bien plus loin
que la lisière
de la vague
sur la plage
pour initier
une brasse
vers le grand large.

Tu sais que tu as atteint
la maturité
lorsque tu as renoncé
à être
l’écolière
bien sage
que tout le monde aime,
pour courir après
cette petite fille
que tu fus
et qui, au terme
d’une longue
journée d’étude
poursuit
un point
follet
de lumière
sur le chemin
alerte
d’un poème,
là où personne
ne peut l’appeler
et lui dire
de se préparer
à dormir,
parce qu’elle est enfin
le seul maître
de ce vers
qui s’apprête
à sauter
une ligne
et même
à sortir
de la page…

Tu sais que tu as grandi
lorsque tu redeviens
en écriture
comme en dessin
cette fillette
à l’âme
indomptable.

Géraldine

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Atelier d’écriture thérapeutique 2 : Écris

Écris avec des lettres frêles comme des pattes de mouche ou en te laissant porter par l’ample vague d’un délié ;
Écris le jour ou la nuit ; sous la lampe de ta chambre ou sous le soleil de midi ;
Écris bien à l’abri ou au milieu des remous du monde ;
Écris sans penser à rien puis capte la sensation qui vient ;
Écris tantôt à gauche, tantôt à droite avant de trouver le juste milieu ;
Écris à l’intérieur de tes limites ; écris en franchissant toutes les lignes de sécurité ;
Écris bien sagement sans envahir les bords de la page puis écris pour faire reculer les marges ;
Écris dans la nuit en avançant vers le blanc ;
Écris en effaçant le mot de trop ; écris en ajoutant un détail oublié ;
Écris jusqu’en bas et remonte vers le haut de la feuille pour trouver la cime invisible ;
Écris penché sur la page comme sur la terre mais écris tout de même à ciel ouvert ;
Écris parce que tu es seul ; écris parce que tu ne veux plus rester seul ; écris parce qu’il est important de tendre un fil entre les autres et toi ;
Écris dans le silence ; écris pour prendre ta revanche sur l’indicible ;
Écris afin de rester centré ; écris afin de te laisser dériver toujours plus loin ;
Écris et rature, comme le promeneur recouvrirait son pas de fétus ; ensuite, réécris ce qui doit subsister malgré tout en tant que trace ;
Écris pour confier tes soucis à la gomme du temps ;
Écris car c’est essentiel, bien que ce soit inutile aux yeux de la majorité des gens ;
Écris pour tous ceux que tu ne rencontreras jamais, ces intimes inconnus ;
Écris car ton cœur se vide par ses fêlures ; écris car chaque trait est une cicatrice ;
Écris jusqu’à ce mot ultime que tu ignores parce que tu n’es pas arrivé au bout ; écris pour qu’au moment de ta disparition, demeure la Vie,
rien que la Vie.

Géraldine Andrée

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Atelier d’écriture créative 1 : La voyageuse dans la nuit

Il était tard…

J’aurais souhaité écrire sur la plage au crépuscule, afin que le soleil déposât son éclat ultime sur la page.
Hélas ! J’avais laissé passer le temps en faisant la fête sur la terrasse.
Lorsque mes pieds foulèrent le sable, la petite lune m’observait déjà, répandant le lait de sa lumière autour de son visage à moitié enfoui dans l’oreiller du ciel…
Pendant un instant, je songeai à retourner dans ma chambre pour écrire, comme d’habitude, sous la lampe.
Mais je me ravisai.
Le temps que je remonte la pente herbeuse, que je marche le long du chemin bordé de pins et que je pousse le portail de l’hôtel, une demi-heure s’écoulerait au moins. Et je craignais, au moment d’écrire, de me sentir trop lasse…

Je m’assis alors sur le rivage.
Je n’avais pour seule lueur que le point bleu d’une petite lampe au centre d’un groupe de jeunes Orientaux qui fumaient le narguilé en bavardant doucement, à quelques mètres de moi.
Comment parviendrais-je à écrire avec une syntaxe acceptable, à maintenir l’équilibre de mes phrases, à tracer des lettres lisibles et correctes, sans lumière suffisante ?
Pour mettre un terme à cette question obsédante qui dansait dans ma tête, j’ouvris mon cahier.

La page me semblait la nuit elle-même… Néanmoins, il me fallait faire confiance à l’élan de mon esprit et au mouvement de ma main. Peut-être que l’univers qui se déployait là, juste devant mon regard, me demandait de me frayer avec ma plume un chemin dans le noir infini, tel un oiseau nocturne…

J’écrivis donc. Je me laissai porter par mon vol, la vibration de l’aile d’une idée nouvelle qui me précédait, sans me préoccuper de la direction rationnelle du texte sur le papier. J’ignorais comment la pointe de ma plume occupait l’espace. À gauche ? À droite ? Au milieu ? L’écriture se détachait de mes yeux, courait au gré de son désir d’exister, comme une enfant désobéissante. Enfin ! J’échappais à l’autorité de ma volonté ! Je lâchais prise sur mes intentions. Je ne me souciais plus du résultat. Je savais, certes, que j’écrivais un roman au sujet de ma vie. Mais le Comment demeurait un mystère. L’écriture allait bien plus loin que ce projet. Elle dépassait toutes mes velléités. C’était elle, la voyageuse dans l’obscurité. Et je me fiais, en tant que sa compagne de route, à son tracé, même s’il m’était inconnu et invisible.

À la fin, le groupe d’Orientaux s’était dispersé. Le silence avait envahi la plage. Je n’entendais que la respiration des vagues…

Alors, je refermai mon cahier, me levai et foulant, pieds nus, le sable, je repris la pente herbeuse…

Quand j’allumai la lampe de ma chambre d’hôtel, je fus éblouie par mes pages. Les mots ne s’entrechoquaient pas mais s’unissaient. Les lettres s’enlaçaient comme des amoureuses ; une phrase s’enroulait autour de sa sœur ; une autre se déliait vers le haut, sans destination, poursuivant un point inexistant dans la marge. Des expressions s’épousaient, donnant naissance à des associations insolites, des néologismes poétiques, des images qui me révélaient la splendeur de ma propre profondeur que j’avais ignorée pendant trop longtemps.

C’est ainsi que la métaphore la mer de mon âme m’apparut, m’invitant à l’explorer très tôt le lendemain en tant que plongeuse.

Quant à mon traditionnel roman, il s’était métamorphosé pour devenir, au moment où l’héroïne, trahie et en pleurs, s’effondre sur son journal intime sans parvenir à raconter de manière structurée l’histoire qui la faisait tant souffrir,

long calligramme.

Je me sentais heureuse. J’étais récompensée d’avoir accepté d’écrire aveuglément, d’avoir pris le risque d’écrire mal, car cette expérience m’avait rendu au centuple ce que j’avais consenti à abandonner, en m’offrant un lumineux résultat que je n’attendais pas.

L’écriture dans la nuit m’avait éclairée.

Essayez, vous aussi. Asseyez-vous avec confiance dans le noir. Ouvrez votre cahier et voyez ce qui s’écrit indépendamment de vous, avec le regard de votre cœur.
Renouvelez l’expérience lorsque vous êtes très exigeant – voire tyrannique – envers votre être, que votre mental vous en demande trop, que vous doutez ou que vous avez peur.

Car ce sont ces doutes, ces résistances et ces peurs qui, assurément, vous enferment dans la nuit.

Écrivez,
surtout si une lueur
est trop lointaine.
Parce que l’écriture vous mène
à une source certaine
de lumière :

vous-même.

Géraldine Andrée

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Atelier d’écriture thérapeutique 1 : L’écriture plate dans une autobiographie

Il arrive que les émotions vous envahissent tellement que vous perdez les mots… La clarté d’esprit vous manque… Certains déclarent même qu’ils en ont le souffle coupé. Je vous renvoie pour cela à mon billet Le cahier de l’indicible.

L’écriture vous sera alors d’un précieux secours pour mettre à distance vos ressentis et empêcher que les événements extérieurs influencent votre état émotionnel, vous privant de votre liberté de respiration.

Il en est ainsi d’un certain type d’écriture qu’est l’écriture plate.

L’écriture plate a déjà été employée par des écrivains comme Albert Camus, Marguerite Duras, Annie Ernaux.

Contrairement aux préjugés, cette écriture n’est pas dénuée de sensibilité. Elle contient, dans toute sa sobriété, des sentiments intenses. Ses silences vous mettent à l’écoute des non-dits qui se glissent entre les mots ; ce qui rend le style poignant. Le potentiel lecteur est davantage touché par ce qui lui est suggéré en demi-teinte que par une évocation emphatique et un développement explicatif de vos états d’âme.

L’écriture plate est un outil efficace dans l’écriture d’une autobiographie thérapeutique ou au cours de nos séances d’écritothérapie.

Mais elle ne s’adopte pas d’emblée. Son emploi se fait en plusieurs étapes.

Lors d’un événement traumatisant, il est conseillé de noter sur un cahier tout ce qui est éprouvé. L’utilisation au préalable de phrases longues, d’hyperboles, de tournures exclamatives et interrogatives est fortement indiquée. Je vous en livre un exemple :

Lorsqu’une telle douleur se manifeste par l’incrédulité et l’attente qui entraînent la psyché dans un processus de régression, l’écriture plate peut venir au secours de l’endeuillé.

Il s’agit de retrancher tous les termes modalisateurs – c’est-à-dire désignant un sentiment invasif -, de raccourcir les phrases, de procéder par sous-entendus. L’écriture plate est également nommée écriture dépouillée. En effet, elle enlève de la page ces mots qui représentent les scories de l’être. Tel un couteau, elle incise les peaux mortes pour laisser entrevoir la chair vivante, palpitante qui se cachait sous cette épaisseur inconfortable. Elle mène au noyau qui n’est autre qu’une conscience épurée – ou l’âme pour les ésotériques. Plusieurs réécritures du texte s’imposent. Il ne faut pas hésiter à raturer, effacer – autrement dit, à faire le deuil de ces mots désignant un état émotionnel qui ne peut vous causer que davantage de douleur encore :

Une fois que certains termes inutiles ont été enlevés, d’autres surgissent tout naturellement au bout du stylo. Ces derniers ancrent/encrent l’écriture dans la sensation et le factuel. Les phrases, plus courtes, véhiculent davantage de force stylistique. Ce qui n’est expressément pas dit parvient à l’oreille du cœur de manière aiguë. L’écriture plate est une écriture de l’acuité. Et, pour exprimer cette acuité, le temps du présent est particulièrement efficace car il cristallise la douleur dans un instant éternel qui, ainsi extériorisé, ne fera plus partie de votre temps psychique. De ce fait, le Je – représenté par un ego trop prégnant – se retire pour laisser place à des éléments – objets, couleurs, formes – qui se feront vos porte-parole objectifs. Le lien entre le monde et votre Moi est plus solidement restauré.

Jean-Yves Revault compare ce type d’écriture au processus de l’anamnèse :

Quand le sujet relira plus tard ses textes, il sera frappé par l’apparente absence de lien logique entre les propositions. Et ce constat sera salvateur pour lui. En effet, le lien logique sera remplacé par une autre mise en relation, celle de l’association d’idées propre à l’inconscient créateur. Des vérités insoupçonnées se feront jour, amenant le sujet à un niveau supérieur de conscientisation.

L’écriture anamnésique, par les renoncements stylistiques qu’elle vous invite à faire et qui constituent autant d’étapes à franchir, est un véritable processus de libération intérieure dont la seule destination est votre Être intact et cependant, en perpétuelle métamorphose !

C’est pour cette raison que je vous invite à répéter l’expérience autant de fois que nécessaire. Vous pouvez même élaborer un recueil de ces textes écrits de manière anamnestique.

Mon rôle est de vous guider dans votre évolution à la fois littéraire et thérapeutique – de l’écriture jusqu’à la publication, de la prise de conscience jusqu’à la délivrance.

Géraldine Andrée

Votre écrivaine privée-biographe familiale-écritothérapeute