Publié dans Au fil de ma vie, écritothérapie, Histoire d'écriture, L'espace de l'écriture, Le temps de l'écriture, Récit de Vie

J’ai écrit

J’ai écrit quand je n’avais pas la force de le faire
J’ai écrit quand tout ce que je désirais c’était dormir et rêver que je vivais une autre vie
J’ai écrit des poèmes quand il fallait que je mette un point final à cette histoire d’amour qui ne rimait à rien
J’ai écrit des romans quand la réalité me rattrapait
J’ai écrit des nouvelles quand personne ne me demandait comment j’en allais
J’ai écrit quand il n’y avait que le silence pour me répondre
J’ai écrit quand on me disait de me taire
J’ai écrit avec une encre éclatante quand on me conseillait de m’effacer
J’ai écrit des phrases dansantes des vers déhanchés quand on m’intimait de me tenir droite
J’ai écrit en accrochant une boucle ascendante au dernier mot quand il fallait que je me courbe
J’ai écrit en attribuant des majuscules à chaque idée quand on me suggérait fortement de voir petit
J’ai écrit en trouant le papier quand je ne devais pas blesser celui qui m’avait heurtée
J’ai écrit quand la poésie est montée en moi comme du lait
J’ai écrit quand j’ai pris conscience de la nécessité de me nourrir
J’ai écrit quand je me suis avoué que le passé était écrit que je ne pouvais plus rien y changer et qu’il ne me restait plus qu’à me bercer
J’ai écrit quand j’ai saisi ma destinée telle la plume d’un oiseau en plein ciel
J’ai écrit quand il m’a paru révoltant que d’autres écrivent mon avenir à ma place
J’ai écrit quand les mots me sont devenus une armure douce – un peu comme l’aura des grands maîtres
J’ai écrit quand je me suis envoyé un sourire dans le vieux miroir
J’ai écrit quand il m’a semblé évident que mes rêves étaient déjà accomplis avant la moindre promesse

J’ai écrit quand j’ai franchi la ligne de l’arrière-pays
J’ai écrit j’ai écrit j’ai écrit
Et c’est parce que j’ai aussi longtemps écrit que je suis toujours en vie
Et c’est parce que je suis toujours en vie que j’écris encore

Je prévois d’écrire à la prochaine aurore

Géraldine Andrée

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Le carnet du jardin

La pluie
a tellement
gorgé les plantes
qu’il me semble
prendre
en marchant
une infusion
de verveine
et de menthe…

Quelles
sont donc
ces étincelles
pour mes yeux seuls ?
C’est l’herbe
qui s’ébroue
de tous
ses brins
après son bain
dans le premier
rayon de soleil !

Et ces pas
qui laissent
leur empreinte
dans la terre douce,
ramollie
par les averses,
ne sont-ils pas la preuve
que j’écris
le chemin ?

À mon retour,
je dispose
les fruits vermeils
dans la corbeille
et pour la récolte
de mon humble
expérience
du jour,
j’ai comme panier
mon carnet
de notes…

Géraldine Andrée

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Épilogue comme ultime noyau de pêche

J’aurais souhaité vous dire
que j’ai écrit ces poèmes
en une lunaison

Mais il n’en est rien
Pour tout vous dire
j’ai écrit ces poèmes

par une nuit
de pleine
lune

où je n’ai dormi
qu’une seule
heure

pour ensuite
reprendre
ma plume

et pour qu’à l’heure
où le noyau
de la lune

disparaît
derrière les brumes
de l’aube

qui l’enveloppent
mon premier poème
apparaisse

dans votre Newsletter
et ainsi de suite
jusqu’au vingt-huitième

jour
de Juillet
Je vous remercie

pour votre patience
votre fidélité
et je vous pardonne

pour votre lassitude
Encore un noyau
de pêche

Peut-être
ai-je
perdu

certains lecteurs
en route
Il faut dire

qu’ils furent
plutôt
durs

ces noyaux
Acceptez-les
je vous en prie

comme ils sont
prenez-les
comme les noyaux

des fruits
de la vie
et cueillez-les

sur ce site
au gré
de votre humeur

un par un
ou à foison
car nous faisons

tous
partie
sur cette terre

de la même
récolte
Bien à vous

Géraldine Andrée

PS : Et
Milles mercis à ma psy de cœur et d’écriture créative Rupi Kaur
de m’avoir montré
ce qu’était a peach stone
dans son livre Healing Through Words.

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Rappel de la mission d’un écrivain privé-biographe familial

Géraldine Andrée
Publié dans écritothérapie, Le livre de vie, Poésie-thérapie

Noyau de pêche 43

Elles sont finies
les années
de sang

Alors
elle s’achète
un carnet

avec un cordon
pour le nourrir
avec celle

qu’elle est devenue

Géraldine Andrée

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Votre biographie ; de l’écriture à la cicatrice

Géraldine Andrée

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Jouer avec la pluie

Je me souviens comment enfants

nous sortions nous amuser dans le jardin après la pluie

Nous soulevions la mousse du muret

pour pêcher des limaces des escargots

que nous posions sur la ligne de départ

marquée par une branche de coudrier

pour une course à travers la pelouse

Nous faisions la toilette de nos peluches

dans les flaques du sentier

puis nous cueillions des brins d’herbe

des pissenlits encore trempés au soleil

qui étoilaient de leurs étincelles

le cœur en osier de nos paniers

Nous nous disions alors

Voilà la salade de notre déjeuner

à la sauce aigre

-douce

Nous ne nous disions jamais avec regret

en regardant la fenêtre

Zut

Il pleut

car nous savions qu’il nous serait promis

de jouer avec quelques

gouttelettes

et nous étions heureux

Géraldine Andrée

Publié dans Histoire d'écriture, Récit de Vie

Écrire ou vivre ?

Il est des jours où je me dis :

– Aujourd’hui, j’arrête d’écrire ! Je m’autorise à vivre !

Et je m’aperçois que, quoi que je fasse,

  • Tendre les bras à la vague pour l’accueillir
  • Attendre l’amant dans la chambre qui donne sur le vieux port
  • Suivre la route des pins
  • Mordre le cœur d’un fruit
  • M’étendre après la baignade au soleil

j’esthétise l’instant ; je veux en faire un poème qui se déhanche comme un danseur.

  • La lisière entre la vague et le sable devient en rêve la reliure d’un immense cahier
  • Je me demande ce que je pourrais inscrire comme indicible serment sur la peau de l’autre
  • Je pars en quête d’une encre bleue comme la houle des pins qui se penchent dans le vent
  • J’essaie de trouver la métaphore qui percera l’apparence de ce que je vois pour en atteindre le cœur vibrant, palpitant
  • Je patiente jusqu’à ce que je puisse coucher cette pensée en toute lucidité

Vite, attraper le mot juste qui désignera le pétale de cet hortensia, la lueur de ce lampion dans le crépuscule, la note de cette mouette qui flirte avec les flots.

Je renonce à mon intention de ne pas écrire car je me dis que chaque jour, l’écriture fait de moi un passage qui mène à la vie ; la vie fait de moi un passage qui mène à l’écriture.

Je ne sors pas de l’écriture pour entrer dans la vie puisque je suis la porte ouverte entre les deux ; pour que brille sur son seuil la trace de tout ce qui doit advenir – de la phrase au désir.

Géraldine Andrée

Publié dans Histoire d'écriture, Récit de Vie

L’instant de cristal

Après avoir écrit dans mon journal intime et lu quelques pages de l’œuvre The Artist’s way de Julia Cameron, je reste là, assise au soleil, fixant sa frêle phrase de lumière bientôt effacée sur la page de la table.

Et je sens que tout est bien ainsi, que rien ne doit rompre l’équilibre précaire de cet instant posé au bord du temps, pas même mon souffle si ténu.

Un songe me traverse :

Tu te souviens ? Une fin d’après-midi dans la maison de G ! Une douce lumière de vacances… Tu contemplais sans penser à rien les guirlandes de fleurs de la toile cirée…

Et soudain, une certitude a surgi : l’intense sentiment d’être uniquement Toi, profondément Toi. Tu t’es interdit de répondre à la question que te posait ta mère pour ne pas dissiper cette plénitude éphémère, ne pas heurter puis briser cet instant de cristal.

Tu revis une expérience jumelle aujourd’hui : te contenter d’être là, au bord de la Vie elle-même, en ayant conscience que lorsque tu prendras ta plume la plus légère pour tenter de raconter ce qui est indicible, ce vase secret qui contient tout ton être se fêlera

de haut en bas.

Géraldine Andrée

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J’écris pour les mots

J’écris pour que mes mots
soient des lampes
éclairant le cœur
des chambres que j’ai quittées

Géraldine Andrée