Publié dans Histoire d'écriture, Récit de Vie

Écrire ou vivre ?

Il est des jours où je me dis :

– Aujourd’hui, j’arrête d’écrire ! Je m’autorise à vivre !

Et je m’aperçois que, quoi que je fasse,

  • Tendre les bras à la vague pour l’accueillir
  • Attendre l’amant dans la chambre qui donne sur le vieux port
  • Suivre la route des pins
  • Mordre le cœur d’un fruit
  • M’étendre après la baignade au soleil

j’esthétise l’instant ; je veux en faire un poème qui se déhanche comme un danseur.

  • La lisière entre la vague et le sable devient en rêve la reliure d’un immense cahier
  • Je me demande ce que je pourrais inscrire comme indicible serment sur la peau de l’autre
  • Je pars en quête d’une encre bleue comme la houle des pins qui se penchent dans le vent
  • J’essaie de trouver la métaphore qui percera l’apparence de ce que je vois pour en atteindre le cœur vibrant, palpitant
  • Je patiente jusqu’à ce que je puisse coucher cette pensée en toute lucidité

Vite, attraper le mot juste qui désignera le pétale de cet hortensia, la lueur de ce lampion dans le crépuscule, la note de cette mouette qui flirte avec les flots.

Je renonce à mon intention de ne pas écrire car je me dis que chaque jour, l’écriture fait de moi un passage qui mène à la vie ; la vie fait de moi un passage qui mène à l’écriture.

Je ne sors pas de l’écriture pour entrer dans la vie puisque je suis la porte ouverte entre les deux ; pour que brille sur son seuil la trace de tout ce qui doit advenir – de la phrase au désir.

Géraldine Andrée

Publié dans Histoire d'écriture, Récit de Vie

L’instant de cristal

Après avoir écrit dans mon journal intime et lu quelques pages de l’œuvre The Artist’s way de Julia Cameron, je reste là, assise au soleil, fixant sa frêle phrase de lumière bientôt effacée sur la page de la table.

Et je sens que tout est bien ainsi, que rien ne doit rompre l’équilibre précaire de cet instant posé au bord du temps, pas même mon souffle si ténu.

Un songe me traverse :

Tu te souviens ? Une fin d’après-midi dans la maison de G ! Une douce lumière de vacances… Tu contemplais sans penser à rien les guirlandes de fleurs de la toile cirée…

Et soudain, une certitude a surgi : l’intense sentiment d’être uniquement Toi, profondément Toi. Tu t’es interdit de répondre à la question que te posait ta mère pour ne pas dissiper cette plénitude éphémère, ne pas heurter puis briser cet instant de cristal.

Tu revis une expérience jumelle aujourd’hui : te contenter d’être là, au bord de la Vie elle-même, en ayant conscience que lorsque tu prendras ta plume la plus légère pour tenter de raconter ce qui est indicible, ce vase secret qui contient tout ton être se fêlera

de haut en bas.

Géraldine Andrée

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J’écris pour les mots

J’écris pour que mes mots
soient des lampes
éclairant le cœur
des chambres que j’ai quittées

Géraldine Andrée

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Sans titre

Remplis
toute la page
tout l’espace
qu’elle t’offre

Qu’aujourd’hui
ta vie
déborde

Géraldine Andrée

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Noyau de pêche 35

Sa mère lui dit
Ta sœur morte
était plus sage
que toi

Alors elle veut mettre
sa vie
en points
de suspension

disparaître
au point
qu’elle s’efface
tout de suite

et qu’elle se retire
en silence
dans sa chambre
pour écrire

Géraldine Andrée

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Noyau de pêche 34

Elle s’est endormie
à l’aube
couchée
près de son cahier

aussi fatiguée
qu’après une longue
nuit
d’amour

Géraldine Andrée

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Votre biographie ; de la peau à la page

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Noyau de pêche 25

Elles avaient fini de garnir la pâte
quand sa mère lui a dit
d’une voix douce
à la lisière
du murmure

Tu sais
Je vais te confier
un secret
À ta naissance
j’attendais quelqu’un d’autre
que toi
Un garçon
pour tout dire
Mais ça va
Je m’y suis faite
Après tout
ce sont de bonnes pâtes
les filles

Depuis
elle écrit
elle écrit
parce qu’elle n’est toujours
pas sûre
qu’elle existe

Géraldine Andrée

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Noyau de pêche 23

Après avoir laissé des traces dans son corps
il froisse les pages de son journal intime
dépose des taches de salive
entre les pliures
et pour conclure
il rit
Qu’est-ce que tu es naïve
Je vais t’apprendre à vivre

Géraldine Andrée

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Noyau de pêche 14

Au retour
de la maternité
elle a replié
le berceau

vide
et posé
sur ses genoux
son cahier

ouvert
qu’importe
qu’elle écrive
Je vais bien

qu’importe
qu’elle mente
l’écriture
la berce

Géraldine Andrée