Remplis
toute la page
tout l’espace
qu’elle t’offre
Qu’aujourd’hui
ta vie
déborde
Géraldine Andrée
Remplis
toute la page
tout l’espace
qu’elle t’offre
Qu’aujourd’hui
ta vie
déborde
Géraldine Andrée
Sa mère lui dit
Ta sœur morte
était plus sage
que toi
Alors elle veut mettre
sa vie
en points
de suspension
disparaître
au point
qu’elle s’efface
tout de suite
et qu’elle se retire
en silence
dans sa chambre
pour écrire
Géraldine Andrée
Elle s’est endormie
à l’aube
couchée
près de son cahier
aussi fatiguée
qu’après une longue
nuit
d’amour
Géraldine Andrée
Elles avaient fini de garnir la pâte
quand sa mère lui a dit
d’une voix douce
à la lisière
du murmure
Tu sais
Je vais te confier
un secret
À ta naissance
j’attendais quelqu’un d’autre
que toi
Un garçon
pour tout dire
Mais ça va
Je m’y suis faite
Après tout
ce sont de bonnes pâtes
les filles
Depuis
elle écrit
elle écrit
parce qu’elle n’est toujours
pas sûre
qu’elle existe
Géraldine Andrée
Après avoir laissé des traces dans son corps
il froisse les pages de son journal intime
dépose des taches de salive
entre les pliures
et pour conclure
il rit
Qu’est-ce que tu es naïve
Je vais t’apprendre à vivre
Géraldine Andrée
Au retour
de la maternité
elle a replié
le berceau
vide
et posé
sur ses genoux
son cahier
ouvert
qu’importe
qu’elle écrive
Je vais bien
qu’importe
qu’elle mente
l’écriture
la berce
Géraldine Andrée
Tandis
que tremble
la goutte
d’encre
du dernier
mot
une goutte
sourd
d’elle-même
frêle
traînée
de sang
sur le tissu
blanc
Pas d’enfant
Elle revient
à la trace
de sang
noir
de son poème
sur la page
seul
prolongement
de son espoir
vivant
Géraldine Andrée
Sous le volant
de sa robe noire
ce collant de qualité
qu’il a déchiré
Il lui tarde
de noter l’événement
dans son journal
Que cette phrase
avec ses mots
espacés
disent enfin
la trace
des mailles
effilochées
par cette main
avide
comme
une patte
d’animal
sauvage
Géraldine Andrée
Géraldine Andrée