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La biographie ou le recueil d’instants de vie

On a coutume de penser que la biographie est réservée aux gens célèbres, aux grands hommes, aux stars.

Quand le désir de faire une biographie se fait jour, on le chasse, ce désir, en disant :

-Une biographie, moi ? Mais je n’ai rien d’intéressant à raconter ! Je n’ai pas vécu de grands événements dans ma vie !

Détrompez-vous. La biographie s’adresse à tous, à toutes les voix.

Nul besoin d’avoir vécu des événements prodigieux pour confier à un biographe l’écriture d’une biographie.

Le livre de votre vie peut, bien sûr, contenir des étapes cruciales : vous pouvez y raconter vos périodes marquantes, les virages que vous avez pris, vos choix ultimes, vos échecs, vos réussites.

C’est important. Mais est-ce essentiel ?

L’essentiel est que la biographie contienne ce qui est important pour vous ou pour la personne à qui vous offrez ce présent : le souvenir de la grosse horloge d’or dans le salon de votre enfance ; les bruits du quartier au matin ; les senteurs et les couleurs du jardin ouvrier ; le lapin-nain que vous apportiez dans vos bras au dîner ; les cavalcades dans les sombres couloirs quand s’annonçait la veille des vacances ; le visage de l’aïeule qui coud encore, assise à la fenêtre de votre mémoire ; les longs rouleaux de réglisse qui noircissaient vos lèvres ; une journée à l’océan ; les tambours du vent dans vos oreilles et qui vous donnaient envie de courir…

Ainsi, nous réalisons bien plus qu’une biographie – un recueil d’instants de vie où tout futur lecteur saura d’emblée se reconnaître car la biographie, dans sa dimension intime, demeure à jamais universelle.

Chaque être humain de ce monde se retrouve davantage dans l’évocation d’un bouquet de cerfeuil mouillé, cueilli au cours d’une promenade, que dans une apparition sous les feux des projecteurs.

La biographie est un livre de vie où chaque mot invite autrui à écouter son battement de coeur.

Géraldine Andrée

L’Encre au fil des jours

It’s customary to think that the biography is reserved for famous people, great men, stars.

When the desire to make a biography comes day, we hunt this desire by saying:

– a biography? But I have nothing interesting to tell! I haven’t lived any great events in my life!

You’re mistaken. The biography is addressed to everyone, all voices.

No need to have experienced prodigious events to make a biography.

The book of your life can, of course, contain crucial steps: you can tell your memorable moments, the corners you have taken, your ultimate choices, your failures, your achievements.

It’s important. But is it essential?

The main thing is that the biography contains what is important for you or for the person to whom you offer this gift: the memory of the big golden clock in the living room of your childhood; the noises of the neighbourhood in the morning; the scents and the Colours of the worker garden; the dwarf rabbit you brought in your arms to dinner; the bruits sounds in the dark corridors when it was announced the day before the holidays; the face of the crone who still coud, sitting in the window of your memory ; the long rolls of liquorice that noircissaient your lips; a day in the ocean; the drums of wind in your ears and which made you want to run…

Thus, we will achieve far more than a biography – a collection of moments of life where any future reader can recognize itself because the biography, in its intimate dimension, remains forever universal.

Every human being in this world is more recognized in the évocation of a bouquet of wet cerfeuil picked during a walk than in an apparition under the spotlight.

The biography is a book of life where every word invites the other to listen to her heartbeat.

Geraldine Andrée

Ink over the days

 

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Les danseuses

Les danseuses

Tu les trouves tôt le matin, après l’éloignement de la marée, déposées ça et là par les vagues sur la vaste marge du sable.

Vois comme elles ondulent, comme elles ondoient. Le souffle du vent allume de nouveaux reflets sur leur corps frémissant.

Elles tombent dans un bruit mou.

Tu portes leur poids léger et il te semble alors que ce sont elles, si frêles, qui te bercent au rythme de tes pas.

Le soir, sous la lampe, elles prennent une forme étrange.

Elles font la pirouette, se déhanchent, enjambent les espaces blancs, se donnent la main lorsque tu les disposes côte à côte.

Si dociles, elles obéissent à ton rêve de ballet, adoptent les postures, les courbes et les contours que tu veux bien dessiner.

Quelques gouttes d’eau suffisent pour rallumer dans leurs mouvements les couleurs de l’océan.

Les voici prêtes.

Tu les places près d’une fenêtre. Et c’est toute une chorégraphie silencieuse qui se déroule là, le lendemain, devant tes yeux ; qui se répète autant que tu le souhaites.

Algues de Bretagne, immobiles danseuses, destinées à la blanche scène rectangulaire d’une carte de vœux et qui brillaient de tous leurs bleus, de tous leurs verts à la pâle lumière d’une lampe de chevet

Bien des années ont passé depuis ces promenades le long de la plage de Douarnenez.

Aujourd’hui, les sylphides font leurs entrechats sur la neige jaunie d’un vieux papier, chez des amis que tu ne vois plus depuis longtemps.

Mais toi, souviens-toi, elles t’attendaient tôt pour danser éternellement sous la grâce de tes mains, les algues, fidèles à ce rendez-vous du matin après avoir roulé toute la nuit dans la houle.

Comme ces marées, désormais, sont loin !

Géraldine Andrée

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Les retrouvailles

Lorsque
l’autocar
a achevé
son virage,
m’est apparu
le petit village,

bijou de joie
qui semblait
accroché
depuis toujours
à l’échancrure
des feuillages.

J’ai reconnu
les persiennes
qui allongent
les ombres
pendant le songe
de la sieste,

l’arrosoir
près des pots
de laurier-rose
et le chat
assis sur son muret
qui poursuit,

les yeux clos,
un fil d’or
Et quand,
à la descente
du car,
pour me rafraîchir

j’ai ouvert
ma main
dans la vasque
d’albâtre
de la fontaine
toujours fidèle

au centre
de la Place
des Alliances,
le chant
de l’eau
a reconnu

ma paume,
mes lèvres,
ma langue,
ma gorge
d’où a jailli
un rire ancien

Assurément,
j’ai vécu
ici,
me suis-je dit.
Et c’est là
que je veux vivre

désormais
ai-je ajouté
pour mon âme.
L’autocar
pouvait partir,
poursuivre

son voyage :
je n’étais pas
de ces gens
qui parlent
trop fort
d’argent,

qui prennent
des photos
sans voir,
au-delà
des apparences,
l’essentiel

se cachant
derrière
chaque couleur
du ciel.
D’un geste,
j’ai fait le signe

de l’adieu.
C’est alors
qu’Il a couru,
haletant,
vers moi
et je Lui ai trouvé

le visage
si chagrin,
si désemparé
que j’ai admis
comme une évidence
le fait

qu’il fallait
que je Le rejoigne,
que je L’accompagne
dans la vie
car, d’une certaine
façon,

j’étais un village,
un foyer pour Lui.
Assurément,
je ne dormirais pas
encore cette nuit
dans ma maison.

J’ai retrouvé
le siège
de cuir
brûlant
de l’autocar
qui s’est remis

en route
en ronflant
et la peine
qui est montée
à mes yeux
m’a paru

si grande
qu’elle a effacé
toutes les peines
de mon enfance.
Ce n’était pas,
je crois,

la première fois
que je quittais
ce village
et il viendrait
une autre vie
où je le retrouverais

comme un ami
que l’on perd de vue
mais que l’on garde
en soi.
C’est ainsi :
le Pays

et moi,
nous dansons une ronde
de vie en vie
où le temps,
cette musique,
nous sépare,

nous réunit,
nous désunit
à nouveau.
Alors que le rythme
de la route
commençait

à me bercer,
et qu’Il serrait
ma main
dans la sienne,
j’ai fait le serment
de naître

dans ma vie
prochaine
derrière
les persiennes
de la chambre
donnant

sur la Place
des Alliances,
là où chante
depuis tant
de siècles
la fontaine

destinée
à la paume
de cette enfant
que je fus,
il y a si longtemps,
et qui continue

à m’attendre
sous le feuillage
étincelant
comme un signet
d’argent
parmi les pages

de ma mémoire.

Géraldine Andrée

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Déjeuner sur l’herbe

Le rendez-vous avait été difficile.

Aussi, ai-je voulu prolonger ma promenade, me revigorer avec le chant des oiseaux et le murmure des arbres.

Et si je mangeais un sandwich sur un banc, au soleil ? Depuis le temps que je reporte ce petit plaisir ! Me suis-je dit.

Me voici dans la boulangerie la plus proche du parc.

Vegan ou jambon ?

Me demande la boulangère en me montrant deux gros pains ronds et blonds.

Vegan ! Je réponds.

Il sent bon, ce sandwich.

Lorsque je déplie le cornet pour le porter à ma bouche, je le sens déjà qui croustille.

Vous voulez savoir ce qu’il y avait à l’intérieur ? Des tomates bien rouges, des feuilles de laitue fraîche, de la feta blanche comme un beau ciel de dimanche, un peu de mayonnaise poivrée pour rehausser le goût.

Il m’est difficile de manger en marchant sur les sentiers.

Je crois qu’il vaut mieux que je m’asseye sur ce banc au soleil, parmi les roses mauves.

Je prête attention au crépitement du pain allié au fondant des légumes alors que les oiseaux mêlent leurs notes dans la lumière du jardin.

Soudain, sans que j’y aie pris garde, sans que je l’aie vu arriver, un monsieur au maintien royal, au cou bleu assez long, au regard perçant, au bec affûté, au plumage multicolore quand il veut parader me fait face.

Monsieur le Paon.

Monsieur s’approche de plus en plus de moi. Il devient vraiment importun. Et il me fixe comme s’il n’admettait aucune résistance de ma part.

Monsieur ne me laisse ni le temps ni l’espace pour faire un geste.

Pour me protéger  – et l’éloigner peut-être – , je tourne la tête.

Quel est ce violent coup sec au bout de ma main ?

Mon regard revient sur le sandwich.

Un bon tiers a été arraché. Un lambeau de tomate pend au bord du pain.

L’air est constellé des éclats de rire des promeneurs au loin.

Monsieur a jeté la part de mon sandwich par terre.

Quel festin ! Pour lui, c’est déjeuner sur l’herbe.

Vite englouti.

En deux claquements de bec, il ne reste plus rien. 

Je vois luire encore entre les pétales de roses quelques gouttes dorées de mayonnaise et les miettes blondes du pain.

Je suis en colère.

J’avais si faim !

Comment ai-je pu me laisser voler à ce point ?

Pourquoi n’ai-je pas eu la présence d’esprit de chasser avec de grands gestes ce pique-assiette ?

Je n’ai plus qu’à manger ce qui subsiste de mon sandwich vegan en marchant.

Monsieur le Paon, rassasié, fait la roue.

Pour une fois, je ne serai pas sa spectatrice béate.

Il ne faut pas me prendre pour une idiote !

Dans mon amertume,

dans mon regret de n’avoir pu déguster mon sandwich au soleil,

une voix, pourtant, me dit intérieurement

qu’il fallait que je partage mon pain avec un paon au cou bleu et au plumage multicolore,

que c’est ainsi, c’est la loi naturelle,

on ne déjeune pas toujours avec soi !

D’autres êtres vivants ont aussi besoin de s’inviter comme convives et de prendre leur part.

Quand je suis revenue sur le banc un peu plus tard, l’estomac presque plein, il ne restait plus trace du déjeuner sur l’herbe.

Les fourmis avaient dû transporter sur leur dos toutes les miettes.

Après mon frugal pique-nique, je suis rentrée faire une sieste.

Géraldine Andrée