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Mon accompagnement pour la publication de votre biographie

Dévoilement : L’Art d’Exposer Votre vie

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Écrire les Mémoires d’une personne malade d’Alzheimer : L’Approche Sensorielle avec la PNL

Il est courant de penser qu’il est trop tard pour faire écrire les mémoires d’un proche, lorsque celui-ci est déclaré malade d’Alzheimer.

Certes, il vaut mieux entamer le projet d’écrire ses mémoires lorsque l’on a la mémoire intacte.

Pour autant, il n’est pas trop tard pour écrire ses souvenirs aux premiers stades de la maladie neurodégénérative car celle-ci évolue par paliers, sur un temps relativement long. Bien évidemment, il faut renoncer à l’image d’une biographie traditionnelle, chronologique et fidèle aux souvenirs que les autres ont de la vie qui se racontera dans ce livre. La structure de la biographie est naturellement thématique, un motif entraînant un autre motif, comme les bigarrures d’un tissu.

Pour écrire cette biographie auprès d’un malade d’Alzheimer, je dispose des outils de la programmation neurolinguistique, dite PNL, et qui me permet d’utiliser les différents canaux sensoriels pour faire remonter les réminiscences à la conscience.

Tout d’abord, je fais écouter une musique douce à celui qui va me confier sa vie et, à partir de cette musique, je sollicite les différentes sensations du narrateur.

Que ressent-il ? Qu’éprouve-t-il ?

Nous répertorions les sons entendus dans le morceau musical. Quels souvenirs sonores ceux-ci lui rappellent-ils ? Le pépiement d’oiseau de l’arbre de mon jardin… Un pas dans la cour… Le tintement du seau contre le puits…
La vue m’invite à faire visualiser à la personne, yeux fermés, des couleurs, des formes. Et très souvent, c’est une image qui naît : une ferme lointaine, une prairie, une rivière, une balle d’enfant…

Ensuite, je présente quelques images, des textiles, des textures, des friandises, des flacons de parfums…

En associant les supports, nous pouvons convoquer le toucher ou le kinesthésique : le contact avec la fraîcheur du souffle du vent… le picotement des herbes folles… une baignade à la mer… Légèreté !
L’odorat est également très important, car il est relié à l’inconscient et renvoie implicitement aux senteurs de l’enfance et aux odeurs du corps maternel. L’amnésie recule toujours lorsque le parfum d’une eau de Cologne ou d’une fleur de lavande est réveillé dans la mémoire sensorielle.
Le goût peut être mêlé à l’odorat et déclencher ensuite des réminiscences tactiles : chocolat, vanille, cannelle, citronJ’aimais le presser entre mes mains, ce fruit… Je sentais son jus…

La mémoire ne se sépare jamais des sensations éprouvées depuis longtemps.

Nous pouvons également prendre comme support en programmation neurolinguistique ce qui se présente ici et maintenant.

Le malade d’Alzheimer se souvient plus volontiers de son enfance que de sa vie appartenant à un récent passé. C’est ainsi qu’un soignant qui arrive dans la maison de retraite avec sa bicyclette rouge qu’il adosse contre le mur déclenchera l’anecdote – voire le récit – d’une promenade en bicyclette dans les rues du village, le dimanche. Ou alors, c’est la vision d’un bouquet de fleurs qui permettra d’évoquer un bosquet d’hortensias bordant la maison ancienne. La purée du déjeuner dans l’assiette pourra donner lieu à des dessins qui ramèneront le souvenir d’un jeu de modelage dans de la pâte…

Vous l’aurez compris, ce type de biographie se construira davantage sur le sensoriel que l’événementiel.

Mais c’est souvent ce qui est anecdotique qui est mis en relief dans un récit et qui demeure gravé dans la mémoire des descendants.

Je vous renvoie pour cela à mon travail sur l’art du détail dans la biographie.

Il faut, pour cela, abandonner tout désir d’une chronologie impossible, toute volonté de posséder un livre parfaitement structuré. Quand l’entourage consent à lâcher prise vis-à-vis du livre idéal – si tant est que celui-ci existe -, il se produit alors un véritable miracle.

Le cerveau du narrateur souffrant d’une maladie neurodégénérative est un inconscient à ciel ouvert, pour reprendre le titre du film de Mariana Otero. Aussi, de véritables associations d’idées sont susceptibles de naître. Des métaphores se percutent, des symboles, étrangers les uns aux autres à l’origine, s’allient dans des noces fantasques. L’insolite rend cette biographie originale, unique, à nulle autre pareille ! Le proche peut être certain que c’est la voix intérieure du narrateur qui résonne – une voix qu’il n’avait jamais entendue auparavant. Le refoulé de la personnalité se dévoile et ce processus de révélation au cours de l’écriture crée une intimité plus profonde entre les proches et le malade :

« J’ai une voiture dans la tête… » disait ma mère… « Elle m’emmène là-bas… »

« Tu as un soleil pour visage. »

« Tiens ! Mon chapeau d’été a rencontré mon béret d’hiver ! »

« J’habite la solitude de la nuit
J’habite un paysage lunaire
un mur de pierre ou une clairière
J’habite un écheveau de pluie
la peau des murs un bois d’image
J’habite au creux de mon veuvage
 »

(C’est pour mieux t’écrire… Lecture, écriture dans la ville. Ville de Saint-Martin-d’Hères -Maison de la Poésie Rhône-Alpes)

Comment procéder stylistiquement ?

  • Il importe de privilégier les phrases courtes et simples. Les phrases minimales restituent de manière intacte la sensation que le cerveau du malade offre comme véritable présent à l’entourage. Il est préférable d’éviter les phrases longues, complexes et emphatiques qui entraveront la circulation du flow de l’inconscient.
  • J’utilise le présent qui actualise le souvenir, lui donne davantage de force, d’acuité – lui conférant une certaine éternité. Enfin, ce qui semblait se dérober, s’enfuir à tout jamais est saisi !
  • Des phrases nominales où la ponctuation disparaît permettent de capter l’onirisme de certaines réminiscences. Il est essentiel d’accepter la dimension surréaliste que peut atteindre le livre et des tournures incisives, percutantes avec jeu entre images et sonorités, livreront au lecteur de véritables tableaux intérieurs – hors du commun, peints à la lisière du rêve et de la réalité :
    Lumière autour de mon cou
    L’enfant roux
    retrouvé
  • C’est ainsi que nous assistons parfois à la métamorphose d’une biographie en recueil poétique ou en journal d’instants. Quatre vers peuvent dire l’enfance, ses baisers, ses orages, ses fugues et ses retours. Il existe même, dans certaines maisons de retraite, des ateliers d’écriture de haïkus pour les malades d’Alzheimer – haïkus qui forment des moments biographiques, en cristallisant l’instant présent sur le souvenir qui revient, bien vivant, de la nuit.
  • La personne malade d’Alzheimer nous invite à effacer les frontières entre passé et présent, nous montrant sa perception d’un temps circulaire. Elle peut confondre, par exemple, le chandail de fillette qu’elle portait jadis avec celui d’aujourd’hui. C’est alors l’occasion de faire de l’effacement de cette frontière temporelle un petit thème d’écriture.

    En chandail rouge, je suis Moi.

Réaliser la biographie d’un proche, pour lequel une maladie neurodégénérative comme la maladie d’Alzheimer a été diagnostiquée, n’est pas impossible. Non seulement ce projet réactivera la mémoire – retardant, de ce fait, la lésion irréversible des cellules cérébrales -, mais aussi il invitera le proche à lâcher prise face aux préconçus d’une biographie. Celui-ci enjambera avec le narrateur passé et présent, où l’enfance et la vieillesse se côtoient, s’accompagnant mutuellement sur un chemin qui se tracera autrement.

Géraldine Andrée

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Comment écrire ses mémoires quand on perd la mémoire ?

La Vie se souvient de Vous !

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Votre vie en poésie

Écrire une biographie poétique

Quand j’étais jeune, il m’arrivait souvent d’insérer un poème dans mes récits – contes ou nouvelles. Pourquoi ? Je ne saurais dire. Comme un chat qui entre dans une chambre secrète, la poésie s’invitait doucement dans la prose. La syntaxe d’une phrase se déhanchait et si j’accueillais sa danse avec confiance, je m’apercevais qu’elle devenait Vers. Deux sons entre mots voisins s’accordaient, un rythme cheminait et une rime sonnait dans les paroles que prononçaient mes personnages. À ma grande surprise, le paragraphe initial se divisait en strophes, puis, parfois, en sonnet.

Aujourd’hui, quand j’écris pour autrui, j’accueille dans le même lâcher-prise une voix poétique qui demande à se faire entendre car je sais que c’est toujours pour une bonne raison. En effet, le poème exprime, mieux que n’importe quel genre littéraire, le mystère de l’indicible.

Aussi m’arrive-t-il de vous suggérer de mettre certains éléments de votre vie en poésie. Je vous expose ici les situations qui m’incitent à faire de telles suggestions.

  • Les poètes expriment des sentiments liés à des expériences universelles, propres à la condition humaine. Si vous me confiez une épreuve que d’autres poètes ont évoquée, je ressentirai qu’il est peut-être opportun de faire référence à certains poèmes qui vous parlent de cette épreuve : la douleur existentielle avec Charles Baudelaire dans son poème Recueillement, la traversée du deuil avec Victor Hugo dans son poème Demain, dès l’aube, la joie de la récolte avec Paul Verlaine dans son poème Green, la trahison amoureuse avec Marceline Desbordes-Valmore dans son poème Les Séparés, l’élan solaire du voyage avec Arthur Rimbaud dans son poème L’Éternité… Dans ce cas, j’insère quelques strophes dans votre biographie afin de condenser l’émotion de votre vécu.
  • Quoi de mieux qu’un haïku pour faire revenir l’éclat d’un instant, le saisir à nouveau, capter l’émerveillement d’une contemplation dont vous conservez le précieux souvenir ? Comme je l’ai déjà expliqué dans mes billets, une biographie se compose, certes, d’événements importants ; mais elle relate aussi de brefs moments suspendus. Ce sont d’ailleurs ces fragments de temps – si riches qu’ils ressemblent à de petites éternités – qui rendent les mémoires d’une vie si intéressantes. L’attention portée à la floraison du lilas au-dessus de la grille, la première confiture de prunes, le parfum de la pelouse fraîchement tondue pendant que vous rouliez à bicyclette… Le haïku vous permettra de fixer la splendeur éphémère d’une saison de votre âme. Je pourrai vous aider à composer vos propres haïkus. De même, nous pourrons convoquer ensemble Bashô Matsuo, Masaoka Shiki, Kobayashi Issa dont les haïkus sont autant de ponts qui enjambent le temps jusqu’à nous…
  • Un traumatisme fige votre parole ? Dans ce cas, il faut la rendre cri. Il nous faut écrire le blanc, c’est-à-dire faire jaillir ce cri avec le silence tout autour, comme si ce silence était un ciel transpercé par une étoile – la vôtre. J’initie alors un genre que j’ai développé dans mon recueil poétique Jusqu’au Noyau et que l’on retrouve également dans les Peach Stones de Rupi Kaur – ce que j’appelle précisément le genre du Noyau :

Incorporer dans votre biographie un Noyau de votre expérience, c’est atteindre l’essence de ce que vous souhaitez exprimer en effaçant tous les détails qui encombrent la perception claire de votre ressenti lié au traumatisme ; c’est poser sur la page votre vérité ; c’est en restituer l’émotion intacte.

Puis, nous poursuivons votre récit. L’écriture reprendra, certes, son cours traditionnel, mais quelque chose aura changé. Transcrite de manière concise sur le papier, l’expérience sera hors de vous. Tout lien, toute chaîne qui vous entravaient auront été ouverts. Votre parole étant enfin délivrée, elle permettra une écriture déliée et la biographie se poursuivra de manière plus fluide.

Comme vous le constatez, le Recours au Poème ajoute une dimension thérapeutique à l’écriture de votre vie. 2

Tout comme nous insérons des photos dans une biographie traditionnelle, nous pouvons également inclure un ou plusieurs poèmes qui seront autant de clichés verbaux, d’illustrations métaphoriques, d’images de votre vie intérieure demandant à être montrée,

parce que, ne l’oublions pas, votre vie est un voyage humain commun à nous tous, les mortels que nous sommes, dont votre biographie retracera l’émouvante épopée.

1 Géraldine ANDRÉE, Jusqu’au Noyau, Recueil de poèmes autobiographiques et autothérapeutiques – Guérir par l’écriture incisive ; Le Soupir du temps ; 2023

https://www.fnac.com/livre-numerique/a20511711/Geraldine-Andree-Jusqu-au-Noyau#FORMAT=ebook%20(ePub)

2 Recours au poème ; Poésie et Mondes poétiques

Géraldine Andrée

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Le prix d’une biographie

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Votre biographie entre les entretiens

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Tout est biographique

Je l’ai déjà écrit,

Est-ce que c’est assez intéressant ?

tout est intéressant dans l’entreprise d’écriture d’une biographie. Et pourtant, beaucoup de ceux qui veulent mener à terme un tel projet ne cessent d’être taraudés par cette question :

Est-ce que ça vaut le coup ?

Souvent, ce sont leurs proches qui, inquiets de ce qui pourrait surgir au cours d’un tel processus de métamorphose de l’être que l’écriture de soi peut déclencher, posent cette question. Ou alors, c’est la partie contrôlante de soi – l’ego comme les psychologues l’appellent, Niegel sous le nom que donne à cet ego Julia Cameron, cette instance parentale sarcastique niant la partie créative et audacieuse en soi – qui parle ainsi. 1

Oui, ça vaut le coup.

Parce que tout est biographique.

On peut écrire et on a le droit d’écrire sur la nappe à carreaux de l’ancienne cuisine, sur la pipe de Grand-Papa et la manière avec laquelle il prisait le tabac, sur le crottin que laissaient les chevaux le long du sentier, sur le tablier d’école taché de peinture, sur la bulle de chewing-gum qui s’est accrochée aux cheveux en éclatant. Un rien, d’ailleurs, est susceptible de déclencher l’envie d’écrire sa vie. Je me souviens que la réminiscence d’une lampe jaunie par l’éclat des ampoules successives m’a incitée à écrire mon premier récit intime.

Si l’on sent, malgré tout, que ça ne vaut toujours pas le coup d’écrire sur soi, on peut écrire sur la relation de soi au monde. Pourquoi ne pas écrire l’histoire de son arbre ou de son animal ?

Commencez le journal de votre arbre ou de votre plante préférés. Chaque jour, notez le changement des feuilles, la variation des couleurs, l’épanouissement ou la léthargie de ce végétal, sa croissance ou sa pleine maturité. Prenez le temps de décrire sa disparition si tel est le cas.

Jugez-vous encore que ça ne vaut pas le coup de consacrer des mots – les vôtres – à ce qui marquera toujours votre psyché, quels que soient les événements et les circonstances ?

Faites de même pour le chat ou le chien qui vous sont chers – ou encore votre poisson rouge. Comment communiquez-vous avec votre animal ? Comment jouez-vous avec lui ? Comment vous accueille-t-il ? Pourquoi ne pas écrire un poème sur son regard ? Prenez le temps d’évoquer tous les détails, jusqu’à compter les points lumineux dans ses yeux.

Souvent, l’on déclare que le projet d’écrire sa vie ne vaut pas le coup car l’on craint, en parlant de soi, de faire preuve d’un orgueil démesuré. Mais, en écrivant sur la vie de votre jardin, de votre maison – ou de n’importe quoi d’autre -, vous constatez que le Je ne prend pas autant d’importance pour lui-même. Il prend de l’importance dans l’échange qu’il entretient avec le monde. Et vous voici le porte-parole et le chroniqueur de cet échange.

Enfin, il arrive de se dire que ça ne vaut pas le coup de « raconter ça » car l’on craint de donner une image peu avouable de soi dans ces pages. Or, c’est justement ce qui n’est pas avouable qui doit être le plus avoué – non pas comme l’on avouerait une faute sous le poids de la culpabilité, mais parce que cet aveu révèle de manière intéressante l’universelle complexité de l’esprit humain.

On a le droit de réserver un livret au souvenir de ses bêtises d’enfant ou à sa dépression post-partum, son burn-out au travail, son adultère, sa jalousie… Même les sentiments obscurs ont une place sur le blanc du papier.

Mais j’écrirai ultérieurement un billet plus long sur la biographie et le tabou.

Arthur Rimbaud a attribué une grande part autobiographique à ses poèmes. Dans Les Poètes de sept ans, il a consacré certains vers à décrire l’odeur et la fraîcheur des latrines dans lesquelles il s’attardait, attiré par cette pestilence. Et c’est ce lieu bien peu social qui lui a permis de déployer son rêve de liberté dans l’écriture et toute une palette d’images poétiques comme les « lourds ciels ocreux », « les forêts noyées », « les fleurs de chair aux bois sidérals ». « les parfums sains » et « les pubescences d’or ».

Alors, oui, cela vaut le coup non seulement de décrire l’insignifiant, le caché, le discret, le muet, mais aussi ce que l’on étiquette comme « animal », « bestial » – voire « dégoûtant »,

car tout est biographique.

Et tout est biographique car tout – même ce que d’aucuns appellent « un rien » – est vivant
tant que notre mémoire vit encore.

Et le principe de la vie elle-même est d’échapper à tout jugement.

Géraldine Andrée

1 Julia Cameron, Libérez votre créativité : osez dire oui à la vie ! La Bible des artistes, collection Aventure secrète
2 Arthur Rimbaud, Les Cahiers de Douai, Collection Poésie Gallimard

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Est-ce que c’est assez intéressant ?

Lorsque vous avez le projet d’écrire votre biographie, une petite voix – la vôtre ou celle d’un proche – vous susurre :

-Est-ce que c’est assez intéressant, ce qui est arrivé, pour que cela soit écrit ?

Il n’y a pas de hiérarchie dans les écritures de vie. Tout comme chaque vie est digne d’être vécue, chaque vie est digne d’être écrite. Dans le film Quelques Heures de printemps, la mère d’Alain Evrard est prête à mourir. On lui pose la question :

-Avez-vous eu une belle vie ?

Et elle répond :

-C’est ma vie !

Je connais un homme qui répertorie sur chaque page et dans chaque case de son agenda ce qu’il fait, jour après jour. Il y inscrit les actions les plus anodines au rythme des instants, comme :

Remplir la gamelle du chat
Rempoter les fleurs
Changer de lessive
Fumer un cigare
Ramasser un papillon mort dans la rainure de la fenêtre
Redonner sa liberté à une coccinelle qui se balade sur ma plante d’intérieur
Acheter TV Magazine
20 heures ; revoir pour la treizième fois Un Tramway nommé Désir

Ces actions semblent si banales que certains les relègueraient au stade du « non événement » ou de la trivialité.

Pourtant, j’imagine quelle découverte ce sera pour les petits-enfants de cet homme qui note tout de feuilleter plus tard ces nombreux agendas, de poser un doigt sur la case du 15 avril 2018 et de se dire :

-Tiens ! Ce jour-là, Pépé a assisté à la floraison de l’hibiscus ! Il a acheté de l’eau en bouteille car il en avait assez de l’eau du robinet. Il a prévu de s’acheter de nouvelles chaussures !

Autant de gestes, autant de projets immédiats, autant d’humbles émerveillements sauvés du silence.

Et puis, est-ce un « non événement » que d’écrire, par exemple, sur la mort d’une mouche dont on a été témoin dans la lumière du soleil, comme le fut Marguerite Duras ? 1

Anne Frank et Etty Hillesum ne se sont pas demandé si elles écrivaient quelque chose d’intéressant pendant la sombre période de l’Holocauste. Elles ont pris la plume pour sonder leur coeur en temps de guerre, se confier, se retrouver dans la calme et blanche unité d’un cahier, alors que l’angoisse des persécutions menaçait d’éparpiller à chaque seconde leur identité profonde. Elles n’ont pas rédigé un journal pour être publiées ou documenter une époque, mais pour s’appartenir enfin, bien qu’autrui se soit acharné à spolier leur existence.

La jeune fille Etty note un mercredi 10 juin 1942 au matin :

Cette heure qui précède le petit déjeuner est en quelque sorte l’antichambre de ma journée. Tout est si calme autour de moi, même si la radio marche chez les voisins et si, derrière moi, Han ronfle, Han ronfle – encore que pianissimo. Nulle précipitation autour de moi.

Il ne viendrait à personne l’idée de pointer la banalité de ce passage. Pourquoi ? Car il n’est en rien banal. Il s’agit d’une tentative psychologique – avant que d’être littéraire – de maintenir par la tenue régulière du journal le tendre et secret équilibre des heures, au coeur-même d’Une Vie bouleversée 2.

Dans chaque récit de vie confié au biographe, il y a une vie bouleversée. Et ce qui semble insignifiant pour certains peut être chargé de sens, révélateur, voire traumatisant pour d’autres. Bon nombre d’enfants ont avoué, adultes devenus, que leur enfance avait été transformée par la mort de leur chien. La destinée d’Elisabeth Kübler-Ross – la célèbre psychiatre qui a complètement changé notre conception de la mort – a, elle, été fortement influencée par la mort de son lapin.

Il n’est pas d’événements moins pertinents que d’autres à relater. Le moindre détail contient toute sa charge sensorielle, émotionnelle, affective dans une vie. Il n’y a qu’à, pour s’en convaincre, songer à cette petite madeleine proustienne trempée dans un peu de thé qui a permis au jeune Marcel de déployer la fresque immense du souvenir.

On n’écrit pas une autobiographie pour flatter son ego. Cela peut, certes, être le cas mais généralement, on écrit son autobiographie pour sentir enfin que la vie – la nôtre – nous retrouve, nous rejoint dans les mots ; pour se dire une fois le livre achevé :

-C’est moi ! C’est ainsi que j’ai vécu ! Tous ces instants ne m’ont pas échappé, même si j’ai souvent cru le contraire…

En effet, personne ne vit à votre place, n’éprouve, ne ressent à votre place. Personne ne possède la propre force de votre mémoire…

Aussi, confiez sans hésitation votre récit de vie à un biographe, si tel est votre souhait, car lui ne vous dira jamais :

-C’est intéressant

ou

-Cela ne l’est pas !

Le biographe vous ramènera, avec sa plume, à votre vie vivante, vibrante, perçue dans tout le passé qu’elle contient sous le prisme d’un jour nouveau.

Et vous trouverez cette expérience d’écriture très intéressante à vivre…

Géraldine Andrée

1 Marguerite Duras, Écrire, Gallimard, 1993

J’y ai déjà fait référence mais je m’y réfère encore, tant je trouve cette réflexion sur l’écriture inépuisable et probante…

2 Etty Hillesum, Une Vie bouleversée suivi de Lettres de Westerbork, JOURNAL

Je la cite souvent sur ce blog. Je la citerai encore dans l’avenir car son journal est d’un précieux enseignement en la période si singulière que nous traversons.

Tenir un agenda en y notant tout ce que l’on vit au jour le jour peut constituer le point de départ d’une autobiographie.
Publié dans Ecrire pour autrui, Le cahier de la vie

Écrire la biographie d’un proche

Écrire la biographie d’un proche peut s’avérer délicat. En effet, même si l’on croit bien connaître cette personne, peut-on dire ce qu’elle a éprouvé, ressenti dans l’intimité de son coeur à certaines périodes de sa vie ? On ne perce pas si facilement le secret d’une âme ! C’est pour cette raison que l’on préfère raconter ses actions, ses réalisations, les événements qu’elle a vécus… On ne peut que rester « à la surface » de cette existence.

Et pourtant, il est possible d’écrire autrement la biographie de ce proche. Avant la séance de la rencontre avec le biographe, vous pouvez vous préparer un petit carnet et noter les préférences de cet être qui vous semble si familier. Qu’aime-t-il ? À cette simple question il est souvent bien difficile de répondre ! On est si habitué à sa présence que l’on ne se pose même pas la question.

Cherchez quels sont ses goûts ; cernez davantage ses passions qui ne sont pas forcément des activités mais des attirances, des valeurs, de simples attitudes, À travers ces pistes, vous saurez ce qu’il/elle affectionne.

Quelles sont ses senteurs préférées ?
Quelles fleurs rapporte-t-il/elle ?
Aime-t-il/elle la nature ou au contraire la ville ?
Quelle est sa cuisine de prédilection ?
Quelle musique écoute-t-il/elle ?
Et ses couleurs ? Avez-vous une idée du couleur qu’il/elle aime ?
Quelle est sa saison ?
Quels sont les animaux qu’il /elle a adoptés ou aimerait adopter ?

On peut écrire une biographie de sa mère en la faisant courir sous la pluie tiède d’été, en la faisant regarder un ciel étoilé ou un village provençal haut perché. On peut la dépeindre cousant en hiver et caressant son chat. Qu’importent les épreuves qu’elle a vécues ! Vous redonnez naissance sous la plume à une part irréductible d’elle-même, son essence que la vie ne rongera jamais.

Qu’importe si ce proche est décédé ! Retrouver son amour pour les orages, le bois de santal, la terre fraîche, les fleurs de lavande, les jardins japonais, la musique baroque vous restituera son regard, son visage, sa parole.

Et alors, plus qu’une simple biographie, plus qu’un simple récit de vie, vous aurez dessiné les contours de ce proche que vous croyiez connaître et qui, cependant, vous échappait sans que vous en ayez conscience.

Vous aurez réalisé un projet bien plus grand que celui de le faire (re)vivre : celui de le faire Être dans son propre livre.

Géraldine Andrée

Écrire le livre de vie d’un proche, c’est lui permettre d’Être avant tout.
Publié dans Non classé

Votre vie

Votre vie n’est pas vos actions, vos échecs, vos réussites, vos possessions, votre réputation, vos relations avec les autres.

Votre vie est votre intériorité : vos émotions, vos sentiments, vos préférences,

vos affirmations, vos visualisations, vos rêves profonds, vos pensées aux couleurs secrètes que vous pouvez modifier à votre gré,

votre présence à chaque seconde

non pas au monde,

mais à qui vous êtes,

la conscience que vous êtes à la fois le regard et la fenêtre.

C’est cette trace qui pour demain

importe

-la vôtre.

Géraldine Andrée