Publié dans Ecrire pour autrui

Portrait de ma mère

Ma mère Gisèle est née le 13 mai 1933 à Nancy. Elle a grandi dans le Xaintois, où elle a passé de longs étés à ramasser les mirabelles ouvertes dans l’herbe, à se baigner dans la Meurthe et à rouler en tandem dans les ruelles avec sa soeur. Son village préféré est Chaudeney. Elle se souvient bien de la place bordée de bancs sous les marronniers, sur laquelle l’on bavarde pendant les beaux jours.


Brutalement, le cours de sa vie tranquille de petite fille est interrompu par la poliomyélite. Un matin, Gisèle n’arrive plus à se lever. Elle est alors hospitalisée de longs mois et subit des opérations pour retrouver la possibilité de marcher.
L’immobilité contrainte la conduit à créer des vêtements pour elle et ses proches et, au cours de ses séances de rééducation à Roscoff, au bord de l’Atlantique, à composer des cartes d’algues.


C’est tout naturellement qu’après sa difficile convalescence, elle travaille pour une maison de couturier, Edith et Odette, à Nancy.


Elle prépare ensuite les examens d’enseignement des arts ménagers. Puis, le destin la conduit à Hayange en Moselle, dans un lycée professionnel où elle enseigne la couture, et au cercle Molitor où elle rencontre mon père, Guy, qu’elle épouse en 1969.


De cette union naîtront deux filles.


Gisèle se consacre ensuite à l’éducation de ces dernières et à l’entretien de sa grande maison à Thionville qu’elle vend en l’an 2000 pour un coquet appartement au centre ville.


Elle y habitera pendant près de dix-neuf ans, jusqu’au décès foudroyant de son mari, en novembre 2018.


Cet appartement lui rappelle trop de souvenirs. Dans ses moindres recoins se cache l’ombre de l’absent. Gisèle ne peut plus y vivre seule.
Elle entre à la Résidence du P*** en mars 2019.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Mon aïeul, mon ami., Psychogénéalogie

Stéphane

Je remercie Monsieur V. d’avoir été le messager de mon grand-oncle Stéphane de Zalewski, noble d’origine polonaise, mort juste après la Deuxième Guerre Mondiale pour avoir eu le coeur brisé de chagrin.

Persécuté par les nazis, contraint à l’exil à Metz, il s’est vu ensuite spolier de tous ses biens à Varsovie par le communisme stalinien. Je comprends mieux maintenant la signification du foulard rouge que je dois retrouver dans la maison familiale.

J’ai toujours su que ce grand-oncle vivait près de moi, qu’il ne me quittait pas. Très souvent, je prononce son nom. Une nuit, il m’a montré en rêve sa ville natale, Varsovie, que je visiterai en cette vie, c’est promis. J’entrais à l’intérieur de sa demeure qui appartient désormais à d’autres. Je me chauffais à son feu qu’il avait allumé pour moi. Je dois faire beaucoup de voyages et la Pologne, avec des villes comme Cracovie et Varsovie, figure en tête de ma liste.

Stéphane était passionné par les livres, la littérature, l’étude, tout comme moi. Souvent, je retrouve des pages de livres anciens soulignées et annotées de sa main, une écriture fine et élégante, comme sa prestance, et aussi cette signature alerte – Stéphane.

Je suis reconnaissante de savoir que c’est lui l’auteur de ces murmures près de mon coeur et de ces connaissances qu’il insuffle à mon oreille intérieure.

Maintenant, je peux mettre un visage à mon intuition.

Si je recueille suffisamment d’éléments biographiques, ici, en Lorraine ou là-bas, en Pologne, j’écrirai le livre de sa vie.

Cet après-midi, j’ai renoué avec mes racines.

Merci !

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, Créavie, Ecrire pour autrui, Je pour Tous, Journal créatif, Le cahier de mon âme

Créavie : Quelques mots

On a tendance, lorsqu’on se raconte ou qu’on raconte sa vie, à vouloir être le plus précis possible.

Aussi ajoute-t-on des adverbes, des adjectifs, des propositions à profusion :

« Le laurier-rose tout parfumé et qui fleurissait fidèlement à chaque saison me plaisait beaucoup. »

On se charge de la compréhension, de la sensation et de l’émotion du lecteur. On l’envahit de son intention, certes louable, de provoquer son empathie mais, en vérité, on le prive de sa place.

Et pourtant, raconter sa vie, c’est effacer les évocations redondantes, les descriptions inutiles, c’est barrer des mots pour réinstaurer les silences.

Un récit de vie peut commencer ainsi :

« Le jardin est là. »

« Pendant toute mon enfance, le pommier a fleuri. »

« Elles furent belles, les saisons de mon arbre. »

« Ah ! Les parfums du laurier-rose de jadis ! »

En une phrase brève, laisser le lecteur libre de suivre son souffle et son chemin jusqu’à notre univers.

Lui accorder de l’espace, du temps.

Lui offrir son propre rythme.

L’inviter dans nos silences.

Lui faire confiance.

Une écriture dépouillée est un acte de foi envers celui qui la reçoit.

Ou encore, débuter son histoire par une phrase simple qui contient toutes les saveurs, toutes les senteurs, toutes les couleurs d’un pays, telle Karen Blixen qui inaugure ainsi son récit de vie :

« J’avais une ferme en Afrique. »

Un sujet ; un verbe à l’imparfait ; deux compléments essentiels ;

pudique évocation du regret à partir de laquelle le livre d’une vie déploie ses pages dans le présent.

C’est alors par le coeur

que le lecteur comprend.

Géraldine Andrée

Publié dans Le journal de mes autres vies, Méditations pour un rêve

Saint-Luc

Tu me dis :

« J’attendais que la mer se retire.
Puis, j’allais jusqu’à la presqu’île.
J’entendais crisser le sable mouillé sous mes pieds.
J’étais guidée par chaque étincelle d’écume au soleil. En chemin, je ramassais des algues ondoyantes, de toutes les couleurs, et qui tombaient mollement dans mon seau.
Arrivée jusqu’à la presqu’île, je m’oubliais dans le bleu qui bordait la rive. Je perdais la mesure du temps. Dans cette éternité conquise, je me laissais vivre.
Lorsque la mer m’envoyait de loin ses vagues, je savais qu’il était temps de rentrer.
Je retrouvais la trace de mes pas.
Quand j’avais enfin franchi la frontière invisible qui séparait mon hôtel de la presqu’île, j’ouvrais la porte de la petite cabane.
Là, avec une éponge et du buvard, je posais mes algues recueillies dans leur danse immobile sur du carton blanc.
Puis je les laissais sécher à la lumière de la grande véranda jusqu’au lendemain.
Retrouve-moi sur Internet la pension Saint-Luc tenue par les religieuses, la presqu’île, la cabane et la véranda. »

Longtemps, j’ai parcouru les sites et les photographies. Saint-Luc désigne désormais un complexe hôtelier anonyme. La cabane et la véranda ont disparu. La presqu’île a gardé le même bleu qui tremble comme une algue posée sur la page blanche de l’azur. Mais l’éternité n’est plus.

Je ne sais aujourd’hui qu’une trace : celle des mots menant au souvenir
qui cherche lui-même l’empreinte de ses pas dans un soupir.

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Je pour Tous, Mon aïeule, mon amie, Psychogénéalogie

Où es-tu partie ?

Ma tante, qui souffrait de la maladie de l’oubli, est décédée.

Ma tante, présente bien qu’absente ou absente dans sa présence, est décédée l’avant-veille de la fameuse victoire de la Coupe du Monde.

Je n’ai jamais aimé ces manifestations de liesse populaire mais là, vivre un deuil quand on entend à l’extérieur les klaxons, les pétards, les vociférations fut pour moi une expérience saisissante de par son contraste indécent.

Ma tante, emmurée pendant près de trois années, a pris son envol.

Ce n’est pas triste quand on croit en la vie de l’âme car la mort, c’est la Vie.

J’aime penser que là où elle est, elle a retrouvé cette mémoire des jours mystérieusement confisquée.

J’avais commencé à écrire un recueil de textes sur l’expérience de la maladie d’Alzheimer intitulé Où es-tu partie ?

Puis j’ai abandonné. Plus le courage. Plus la force. Plus la lucidité peut-être. La volonté d’oublier pour moi aussi.

Paralysée également par ce fameux « à quoi bon, ça n’intéresse personne et ça fait peur, de toute façon, ce genre de situation… »

Oui, tout fait peur dans notre société, surtout ce qui suscite une réflexion profonde sur la faiblesse, la maladie, la mort. Seul le superficiel avec ses feux éphémères rassure.

Alors, ce soir, alors qu’un beau crépuscule rose éclate au-dessus de la ville qui a retrouvé sa tranquillité, la décision est prise. Je vais continuer et achever ce recueil puis le publier,

sans doute pour trouver une réponse possible parmi une myriade d’hypothèses à cette énigmatique question :

Où étais-tu partie, avant que de nous quitter ?

Géraldine Andrée

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René(e)

C’est quelques mois après ton décès, alors que je pressentais ta vie dans une autre dimension, que je compris le sens du prénom René(e).

Re-né(e) : né(e) encore, à nouveau né(e).

Renaître, c’est se voir offrir une seconde chance, bénéficier d’une grâce, d’un miracle.

C’est retourner au monde plus léger mais avec le bénéfice de ses expériences. On porte toujours en soi ses épreuves mais celles-ci ne sont plus un fardeau. Elles ont cessé d’être une entrave. Bien au contraire, elles constituent la force de notre élan ; elles nous ouvrent le chemin. On les considère avec distance. Renaître, libéré(e) de sa souffrance. N’est-ce pas d’une certaine manière l’accomplissement de l’enseignement du Bouddha ?

On croyait que tout était fini, que l’on avait disparu pour le monde ou que le monde avait disparu pour nous.

Et puis, voici un nouveau matin. On s’éveille, riche de ce que l’on a appris. Ce n’est plus l’insouciance, non, mais c’est une sorte de pureté reconquise dont on bénéficie. Un don d’enfance qui consiste à goûter le présent éclairé par le passé.

En effet, si l’on n’a pas souffert du manque d’amour, comment parviendra-t-on à bénir l’amour au moment où il se présentera ?

Et pour ceux qui y croient, naître en cette vie, n’est-ce pas aussi renaître, avec toutes les connaissances insoupçonnées de nos anciennes vies que la lumière de notre chemin nous montrera progressivement ?

Combien se souviennent de pays qu’ils n’ont jamais visités en cette existence, de scènes d’une autre époque, d’atmosphères qui les imprègnent mystérieusement ?

Comment expliquer nos passions, nos préférences, nos choix musicaux, nos goûts pour certaines couleurs, certains parfums

si ce n’est par l’hypothèse d’une ou plusieurs naissance(s) ailleurs qu’ici ?

Personne ne naît complètement nouveau. Nous avons tous des acquis, des prédispositions, des talents innés dont l’héritage s’est fait au-delà du champ de notre mémoire.

La psychogénéalogie enseigne aujourd’hui combien le choix du prénom est déterminant pour l’évolution de notre personnalité.

Le prénom signe le devenir de notre âme.

C’est encore plus vrai pour les René(e)s.

Nous devrions, je crois, autant que nous sommes, accoler ce prénom à notre prénom actuel car nous sommes tous Re-né(e)s,

telle est ma conscience à laquelle ta renaissance dans l’univers m’a éveillée.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Ecrire pour autrui, Je pour Tous, Parlez ! Je vous écoute !

Faire écrire une biographie

Faire écrire une biographie, c’est faire apparaître celui ou celle que l’on est fondamentalement.

C’est ôter les préjugés que l’on entretient sur soi ; se délivrer des étiquettes ; avoir une autre perspective sur ce que l’on a vécu, un regard plus large sur chaque événement.

C’est découvrir des qualités méconnues en soi à travers le miroir de la mémoire : Tiens ! Je ne me savais comme ça !

C’est s’étonner du moindre détail qui nous transforme.

C’est naître à nouveau dans ce passé que le présent de l’écriture actualise.

C’est renouer avec l’éternel enfant unique qui se cache derrière ce nom de famille que l’on porte depuis tant d’années.

Faire écrire une biographie, ce n’est pas seulement raconter sa vie. C’est aussi se raconter, soi, de plus en plus vivant sous l’encre au fil des jours.

 

Géraldine Andrée