Publié dans Actualité, Art-thérapie, C'est la Vie !, Créavie, Le cahier de mon âme, Méditations pour un rêve

Créavie : L’extérieur et l’intérieur

Tout ce que nous cherchons à l’extérieur, nous l’avons à l’intérieur.

Tout ce que nous cherchons

dans les autres – l’approbation, le soutien, l’amour, la compassion -,

dans les lieux – les bars, les pistes de dancings, les vacances tout inclus, les plages paradisiaques-,

dans les expériences – les étreintes des nuits, les tours de manège, les feux d’artifices, les voyages à l’autre bout du monde -,

nous l’avons en nous.

Nous avons depuis toujours nos fenêtres avec vue sur ciels étoilés, nos jardins d’enfance, nos jours de printemps, nos plus belles musiques.

Mieux que cela encore : nous avons les feux de la grâce, le fil de notre souffle qui réunit tous les instants dispersés au cours du temps, la conscience de nos pas, les lueurs de notre volonté, les éclats de notre foi.

Et mieux encore : nous avons notre vérité inconditionnelle, indépendante de celle d’autrui.

L’oiseau sait, de manière innée, avec son seul bec et quelques branchages, comment tresser son nid.

Nous savons comme lui nous créer notre demeure depuis notre naissance.

Et, si pour d’irrationnelles raisons sociales, nous l’avons oublié,

il nous est très simple de le réapprendre.

Il suffit, dans l’espace de deux battements de coeur, de retourner à Soi.

 

Géraldine Andrée

Méditations pour un rêve

Publié dans Berthe mon amie, C'est la Vie !, Ce chemin de Toi à Moi, Mon aïeule, mon amie

Les printemps de Montmorency

Tu as vécu quatre printemps sous l’Occupation, à Montmorency.

Quatre printemps qui te faisaient prendre conscience du temps que durait ton exil mais qui adoucissaient ce dernier.

Un matin, par surprise, le temps apportait le présent des beaux jours.

Tu sentais en ouvrant les fenêtres des chambres la légèreté de l’air et l’amplitude de la lumière.

Mais dans ta maison, c’était toujours l’âpre hiver aux draps mouillés et aux tapisseries suintantes.

Alors, tu confiais tes enfants à Grand-Père et tu partais faire une promenade dans le parc de Montmorency pour te réchauffer.

Déjà, les premiers bourgeons éclataient. Des chants d’oiseaux formaient autour des cimes un collier dont tu entendais les perles tinter, remuées par la brise.

Un anneau d’or s’élargissait dans le ciel : c’était le soleil qui faisait sa promesse.

Le carillon de Serqueux égrenait dix notes claires qui vibraient dans l’air comme à travers du mince verre.

Un souffle qui venait de plus loin qu’Offremont annonçait les premiers parfums des plantes qui préparaient secrètement leur épanouissement.

Certes, le col autour de ta gorge n’était pas de trop mais la perspective des promenades douces dans le bleu futur du soir de la Saint Jean te réchauffait.

Bien sûr, toi et tes proches auriez encore le ventre creux… Tu avais néanmoins l’espoir que les blés donneraient à ton foyer un pain plus tendre et qu’il y aurait quelques légumes supplémentaires pour la soupe, en échange des tickets de rationnement car on disait à la radio clandestine que l’ennemi cédait chaque jour du terrain.

Les printemps sous l’Occupation à Montmorency étaient aussi beaux que les printemps libres de jadis : le même feuillage qui change de reflet lorsqu’il se balance, la même herbe au vert nouveau, les mêmes trilles d’oiseaux.

La nature ne fait guère de différence entre le malheur et le bonheur humains. En elle demeure inscrit le fidèle retour à l’abondance.

Cela fait longtemps que tu es rentrée dans ton éternel printemps.

Parfois, en rêve, tu m’envoies des messages à vol d’oiseau d’un grand jardin.

Et avant que je n’aie le temps de les décacheter – et de me réveiller -,

j’en lis la provenance écrite d’une main vive :

le Jardin d’Amorency

où tu me donnes rendez-vous

lorsque j’aurai honoré

ma grande promesse de vie.

Géraldine Andrée

De Toi à Moi

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !

Déjeuner sur l’herbe

Le rendez-vous avait été difficile.

Aussi, ai-je voulu prolonger ma promenade, me revigorer avec le chant des oiseaux et le murmure des arbres.

Et si je mangeais un sandwich sur un banc, au soleil ? Depuis le temps que je reporte ce petit plaisir ! Me suis-je dit.

Me voici dans la boulangerie la plus proche du parc.

Vegan ou jambon ?

Me demande la boulangère en me montrant deux gros pains ronds et blonds.

Vegan ! Je réponds.

Il sent bon, ce sandwich.

Lorsque je déplie le cornet pour le porter à ma bouche, je le sens déjà qui croustille.

Vous voulez savoir ce qu’il y avait à l’intérieur ? Des tomates bien rouges, des feuilles de laitue fraîche, de la feta blanche comme un beau ciel de dimanche, un peu de mayonnaise poivrée pour rehausser le goût.

Il m’est difficile de manger en marchant sur les sentiers.

Je crois qu’il vaut mieux que je m’asseye sur ce banc au soleil, parmi les roses mauves.

Je prête attention au crépitement du pain allié au fondant des légumes alors que les oiseaux mêlent leurs notes dans la lumière du jardin.

Soudain, sans que j’y aie pris garde, sans que je l’aie vu arriver, un monsieur au maintien royal, au cou bleu assez long, au regard perçant, au bec affûté, au plumage multicolore quand il veut parader me fait face.

Monsieur le Paon.

Monsieur s’approche de plus en plus de moi. Il devient vraiment importun. Et il me fixe comme s’il n’admettait aucune résistance de ma part.

Monsieur ne me laisse ni le temps ni l’espace pour faire un geste.

Pour me protéger  – et l’éloigner peut-être – , je tourne la tête.

Quel est ce violent coup sec au bout de ma main ?

Mon regard revient sur le sandwich.

Un bon tiers a été arraché. Un lambeau de tomate pend au bord du pain.

L’air est constellé des éclats de rire des promeneurs au loin.

Monsieur a jeté la part de mon sandwich par terre.

Quel festin ! Pour lui, c’est déjeuner sur l’herbe.

Vite englouti.

En deux claquements de bec, il ne reste plus rien. 

Je vois luire encore entre les pétales de roses quelques gouttes dorées de mayonnaise et les miettes blondes du pain.

Je suis en colère.

J’avais si faim !

Comment ai-je pu me laisser voler à ce point ?

Pourquoi n’ai-je pas eu la présence d’esprit de chasser avec de grands gestes ce pique-assiette ?

Je n’ai plus qu’à manger ce qui subsiste de mon sandwich vegan en marchant.

Monsieur le Paon, rassasié, fait la roue.

Pour une fois, je ne serai pas sa spectatrice béate.

Il ne faut pas me prendre pour une idiote !

Dans mon amertume,

dans mon regret de n’avoir pu déguster mon sandwich au soleil,

une voix, pourtant, me dit intérieurement

qu’il fallait que je partage mon pain avec un paon au cou bleu et au plumage multicolore,

que c’est ainsi, c’est la loi naturelle,

on ne déjeune pas toujours avec soi !

D’autres êtres vivants ont aussi besoin de s’inviter comme convives et de prendre leur part.

Quand je suis revenue sur le banc un peu plus tard, l’estomac presque plein, il ne restait plus trace du déjeuner sur l’herbe.

Les fourmis avaient dû transporter sur leur dos toutes les miettes.

Après mon frugal pique-nique, je suis rentrée faire une sieste.

Géraldine Andrée