Avant
d’accomplir
de grandes
choses,
j’essuie
cette goutte
qui perle
sur mes cils.
Géraldine Andrée
Avant
d’accomplir
de grandes
choses,
j’essuie
cette goutte
qui perle
sur mes cils.
Géraldine Andrée
Toutes mes pensées
un peu tristes,
je les confie
aux feuilles
car je sais
qu’elles les répéteront
à la brise
pour que celle-ci
en fasse
un immense
chant
de grâce.
Géraldine Andrée
Je me souviens
de la grâce
de tes mains :
lorsqu’elles passent
le chiffon
sur la glace
de la grande
armoire,
elles déposent
un voile
de noces
sur toute chose
dont on voit
battre
le coeur
en transparence
et elles déroulent
autour
des ailes
de leurs gestes
un tissu
de silence
aussi subtil
que la brume
des aurores
qui révèle
l’or
des collines.
Je me souviens
de tes mains
pleines
de grâce
et je voudrais
trouver
un mot
qui leur redonnerait,
tel un miroir,
fidèlement
vie
dans ma mémoire,
mais c’est la tige
vibrante
d’un chant
qui monte
de mon cœur
à ma gorge,
comme si tes mains
la faisaient éclore
à chaque instant
qui compose
ton immense
silence.
Géraldine Andrée
Tous droits réservés@2017
Toi, si calme, si discrète, tu as toujours aimé les orages.
Tu te réjouissais d’entendre cette cavalcade qui franchissait la colline.
Tu allais au-devant de l’éclair qu’annonçait ce solennel roulement de tambour.
Jeune fille, tu te précipitais à la fenêtre pour assister au vif concert de la grêle, à la violente symphonie des cordes de la pluie. Ton visage était là, juste derrière la vitre giflée par l’eau.
Tu as écrit dans ton carnet d’adolescence : « C’est le spectacle qui termine une journée morne. »
Après le passage de l’orage, tu contemplais le jardin bouleversé : les arbres échevelés, les pétales détachés des fleurs et qui jonchaient l’herbe, le carré de roses piétiné.
Mais cela ne t’inquiétait pas : tu savais que le jardin reprendrait de la vigueur dans la lumière du lendemain matin et que s’il s’ébrouait longuement dans le vent, c’était parce qu’il soignait l’ultime étape de sa toilette.
Toi, si pudique, tu aimas passionnément. Ton coup de foudre pour André marqua ta vie à jamais. Chaque nuit, dans la solitude de ta chambre, tu rêvais de ton union avec ce garçon doux qui jouait du violon à la perfection.
Hélas ! L’orage de la guerre brisa ton grand amour. L’éclair blanc d’une lettre t’annonçant un soir de printemps son décès au front de Verdun te fendit le coeur.
Tu appris à vivre avec ce deuil qui allait changer définitivement le cours de ta vie.
Toi, si aimante, tu te résignas à un mariage de raison avec un ingénieur qui te délaissa vite pour des filles au café. Tes jours étaient rythmés par les orages silencieux de l’adultère. Tu fermais les yeux. Il est impossible de détourner la course du Destin. Tu t’habituas avec ta douceur coutumière au ciel morne de ton existence.
Guère douée pour la révolte, tu ne déclenchas aucun orage.
Je suppose que certains soirs, devant ton miroir, tu te surpris à espérer un miracle qui pourrait te délivrer de cette vie non choisie, à croire en l’apparition fulgurante d’un autre homme sur le cheval de la chance et qui t’emmènerait loin de ta propre image.
Tu égrenais souvent le chapelet. Tu savais que Dieu était capable de faire surgir de sa main bien des orages salvateurs.
Mais ce ne fut qu’une prière. Si cette dernière avait été exaucée grâce à l’ardeur de ta dévotion, aurais-tu vraiment suivi l’élan de ton coeur ?
Tu n’avais pas été éduquée pour prendre une semblable décision.
L’éventualité d’un tel orage t’attirait en même temps qu’elle te faisait peur.
Puis, les enfants te firent oublier ton désir de liberté.
La fougue de ton âme, tu l’as confiée à tes cahiers intimes.
Tu savais qu’ainsi, cela ne prêterait jamais à conséquence.
Toi, si docile, tu fus cette poétesse ardente qui m’offre aujourd’hui dans tes pages la sève du jardin perdu de Montmorency comme si c’était ton sang, le baume de la lumière mêlant les senteurs de la terre après l’averse, le regard qui luit une fois le chagrin passé, le souvenir du pétale de ce très ancien baiser sur ton visage.
Oui, à ta façon de me faire la louange de la Vie,
je vois
que tu as toujours aimé ses orages.
Géraldine Andrée,
Ta petite-fille
J’écris
J’incarne
mon désir
dans l’encre
bleue
qui brille
à chacun
de mes mots
sur chaque grain
de la page
J’écris
pour bien vivre
pour dire
un matin
comme celui-ci
après avoir vécu
tout le beau
tout le bleu
de mon désir
C’était écrit
Géraldine Andrée
Toutes ces fleurs qui offrent leur âme au vent,
les herbes dont le parfum s’exhale dans chaque goutte d’arrosage,
les tomates rouges au matin comme les joues de la bonne santé,
les arbres qui se penchent pour répandre les nouvelles du ciel,
les fruits tombés la nuit et dont le vermeil perle sur la peau fendue,
le bleu du persil que l’on essaime sur les assiettes à midi,
le cerfeuil dont le vert tendre chante quand on le cueille et qui éclate en mille étoiles d’anis,
la corolle de l’ombre sur la page du cahier,
la note d’or d’un insecte qui traverse la sieste,
le chat sauvage qui accourt à pattes de silence, surgi du soleil…
Toutes ces joies encloses
dans le jardin que tu as perdu en sortant de l’enfance
et où le temps t’interdit de retourner,
tu peux les retrouver, tu sais,
dans un seul poème.
Géraldine Andrée
Je sais
pourquoi
il est
ce profond
silence,
certains
soirs :
c’est
pour mieux
entendre
ton souffle,
aile
frêle
qui passe
de tes lèvres
à ma conscience,
preuve
que la vie
existe
dans la mort.
Géraldine Andrée
Pour oublier
mes deuils
je disparais
dans le vert
frais
des feuilles
je m’éteins
en cette
lumière
et quand
je reviens
j’apporte
un bouquet
de souffles
que je dépose
un à un
sur mes lèvres
en murmurant
le nom
de chacun
de Vous
Géraldine Andrée
Tous droits réservés
Copyright interdit
Quelques jours avant l’orée du printemps, en Géorgie, les gens préparent une fête en l’honneur de leurs morts.
Ils disposent dans des assiettes les mets les plus fins, versent dans les verres les vins les plus doux, pétrissent et cuisent le pain dont le coeur de mie sera si tendre au palais de leurs aimés.
Ils prévoient des bougies et des flambeaux pour les danses de la nuit.
Dans l’après-midi, le chef de famille se rend au cimetière.
Et, avec ses gants, il ôte la neige des tombes.
Celle-ci se disperse dans le soleil en mille paillettes.
C’est un bonheur de voir le regard des défunts que l’hiver, de son voile de tristes noces, a caché.
C’est un miracle de contempler les fossettes de l’enfant trop tôt feu, les cheveux longs de l’aïeule, la moustache de l’oncle, l’air mutin de la cadette, les lèvres entrouvertes de la fille éternellement jeune – quelles paroles silencieuses cette dernière murmure-t-elle à vous seul ?
En enlevant à coups patients la neige, ce deuxième suaire qui, pendant les grands froids, a scellé tous ces yeux et condamné tous ces visages à l’oubli, les Géorgiens retrouvent leurs absents.
Les noms et prénoms réapparaissent, les souvenirs aussi.
Quelques jours avant l’orée du printemps, la mort se révèle bien éphémère.
A ma manière, je suis moi aussi Géorgienne quand j’écris des poèmes.
Ma main, à chacun de ses passages, fait fondre avec foi la neige de la page.
Des mots, alors, naissent,
derrière lesquels je m’aperçois que tu me regardes depuis toujours.
Et quand je signe, je reconnais ton nom
dont chaque lettre comme un oeil espiègle
cligne dans le soleil.
Géraldine Andrée