Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Journal créatif, Le cahier de mon âme, Le journal de mes autres vies, musique, Toute petite je

Ma langue

Toute petite, je m’inventais une langue, une langue qui était mienne, compréhensible pour moi seule.

Une langue sans syntaxe ni unité sémantique ; une langue délivrée de toute grammaire et exigence orthographique.

Une langue qui courait telle la rivière au gré de son propre souffle et qui charriait dans la lumière des jours d’étranges mots nés de ma bouche.

J’aimais cette langue. Elle me permettait de me comprendre, d’exister enfin, loin de ma timidité.

J’inventais plusieurs personnages qui, j’en ai conscience aujourd’hui, n’étaient autres que les projections de mon Moi idéalisé.

Je les faisais converser au coeur de ma chambre. Je réalisais ainsi des interviews sur un écran rêvé dont la clarté inondait mon esprit, ou sur une chaîne de radio fantaisiste, diffusée après l’école, heure bénie où j’étais à l’écoute.

Je modulais ma voix, selon une impulsion qui surgissait dans l’instant : tantôt puissante, tantôt douce ; tantôt cri, tantôt murmure ; tragique puis vibrante d’espoir ; mélancolique puis joyeuse.

Je savais d’instinct que c’était le rythme de cette langue qui dictait de telles variations, faisant monter des larmes à mes yeux et courir sur ma peau des frissons délicieux.

Je me prenais très au sérieux. J’étais fière de poser la question et d’apporter la réponse. Quand j’adoptais un ton docte, je me mettais sur la pointe des pieds et j’approchais mes lèvres d’un invisible micro, si brillant pour mon public imaginaire dont la chambre était comble !

Personne ne pouvait m’extraire de ma rêverie sans provoquer en moi une immense frustration d’interrompre ainsi l’intérêt de la conversation.

Quand on me disputait, quel bonheur que de me rebeller dans cette langue dont les gros mots étaient indétectables !

-Qu’est-ce qu’elle dit ? demandait-on.

Et je souriais en silence.

Il me semblait que je détenais la formule magique, la primordiale vérité de l’alchimie.

Langue de la louange, de la quête et de la révolte.

J’ai oublié aujourd’hui comment elle sonne.

Mais je sais qu’elle a existé, langue d’un lointain pays natal dont on garde le souvenir jusqu’à la fin de sa vie,

langue d’une enfant si petite qui, au fil de ses phrases insaisissables comme des flots pour autrui, a grandi.

 

Géraldine Andrée

Toute petite Je (extrait)

Récit autobiographique

Publié dans Art-thérapie, Poésie

Sans titre

Seule

dans la chambre

au coeur

de la maison familiale,

 

j’écoute

une sonate

de Chopin.

Le pétale

 

d’une note,

puis un autre,

et encore

un autre

 

qui tombe

dans l’ombre…

C’est ainsi

que je vieillis.

 

Géraldine Andrée

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J’écris pour attraper…

J’écris

pour attraper

ce papillon

échappé

de l’ancien

Japon

et qui s’enfuit

par les boucles

de mes lettres,

ces fenêtres

toujours

ouvertes,

en laissant

des pointillés

d’or

qui scintillent

dans ma mémoire

jusqu’à la prochaine

aurore

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2018

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Le jour férié

Mon rêve est d’ajouter
un jour férié dans la semaine,
un jour dédié aux fleurs,
aux yeux des animaux,
aux jeux dans l’herbe
et aux rires qui s’égrènent
sur le chemin bleu 
d’un poème.
Un deuxième dimanche
en quelque sorte
où le temps se balance
entre les branches
jusqu’à ce que l’heure rouge
du crépuscule
ramène
les parfums 
des jardins sauvages
à la porte.
Dites-moi,
est-ce pour bientôt ?

Géraldine Andrée

Tous droits réservés@2018

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C’est ici

Ma maison apparaîtra par hasard, comme surgie après un clignement de cil au soleil.

Au fur et à mesure que j’avancerai parmi les feuilles du chemin, elle se révélera à moi, grande et forte, avec toutes ses pierres blanches.

La frêle voix de la grille me saluera.

Les herbes hautes se pencheront sur mes pas.

La sonnette fera courir son rire le long du corridor, telle une facétieuse jeune fille qui rentre de jeux.

Et lorsque je trouverai le coeur du silence qui m’attend,

toutes les fenêtres me reconnaîtront en un seul mouvement de persiennes,

comme si mes peines n’avaient tracé nulle ride,

comme si le temps n’était pas passé sur mon visage d’enfant.

Alors, j’ôterai mes souliers, je laisserai tomber mon manteau, cette noire corolle fanée, sur le sol de bois

et je m’écrierai, en toute sincérité envers moi :

C’est ici que je veux vivre !

Ici que je veux accrocher mon miroir de toujours, les tableaux du jardin de jadis et les planches de mes livres !

Géraldine Andrée

L’Encre au fil des jours

My house will appear by chance, like from after a blink of an eyelash in the sun.

As I walk among the leaves of the path, it will reveal itself to me, big and strong, with all its white stones.

The frail voice of the grid will greet me.

The high grass will look at my steps.

The doorbell will make her laugh along the corridor, like a young girl who comes home from games.

And when I find the heart of silence waiting for me,

All the windows will recognize me in a single mouvement movement,

As if my sorrows had not been tracé,

As if time had not passed on my child’s face.

Then I’ll take my shoes off, I’ll drop my coat, this withered black flower, on the wooden floor.

And I écrierai, in all sincerity to me:

This is where I want to live!

Here I want to hang my mirror forever, the paintings of the garden of yesteryear and the planks of my books!

Geraldine Andrée
Ink over the days

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La destination

J’avais noté cette destination sur un cahier que j’ai ensuite rangé dans la longue nuit d’un tiroir.

Puis tant d’années ont passé !

Tant de saisons ont semé leurs fleurs, feuilles, gouttes et flocons sur le souvenir de ces quelques lettres à l’encre noire !

Et voilà qu’aujourd’hui,

j’y suis !

Je reconnais de ce pays

le nom que j’avais tracé dans une sorte de désir sans raison

comme un enfant qui s’adresse à son rêve

dans un coin obscur de la maison.

Quelle joie !

Je crois que l’écriture prédestine la Vie

car elle est la marque de la Foi.

 

Géraldine Andrée

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Comment être Poète de ta Vie ?

  1. Prends tout ton temps. Regarde la lumière se déplacer de chaise en chaise jusqu’à la tienne.
  2. Respire. Aie conscience que c’est d’abord ton souffle qui chemine.
  3. Ecris dans ton journal, chaque matin. Même si tu n’as rien à dire. Surtout si tu n’as rien à dire car n’oublie pas que le silence contient en germe toutes les créations futures.
  4. Plonge ton regard dans celui de ton chat, ton chien… ou ton poisson rouge. Tu verras…
  5. Chante, danse. Et ne te soucie pas du jugement d’autrui.
  6. Reste debout, bien fort(e) dans ta vérité.
  7. Emprunte les sentiers détournés. Ce sont les meilleurs.
  8. Ouvre un livre sur une page au hasard. Tu t’apercevras que son message te correspond ici et maintenant et qu’il s’adresse… à toi.
  9. Emporte toujours avec toi un carnet de références, d’idées, de croquis… un carnet de fulgurances.
  10. Ne te demande pas à ton lever si tu vas créer et ce que tu vas créer. Songe à comment tu vas créer : par couleurs, notes, jeux de mots, collages ? Quelles sont tes envies, aujourd’hui, simplement aujourd’hui ? Prépare ton matériel sur ta table (stylos, pinceaux, crayons, plumes…)
  11. Recopie une citation qui t’emmène plus loin dans la compréhension du monde et de toi-même et que tu colles à ton miroir ou ton réfrigérateur.
  12. Choisis une nouvelle marque de thé et amuse-toi devant ta fenêtre à lister le nom des senteurs qui le composent.
  13. Utilise tes souvenirs heureux et malheureux pour créer.
  14. Dis-toi que tu as le droit de tout ressentir, que tous tes sentiments sont légitimes, y compris la colère qui peut te guider vers le ravissant rouge phosphorescent qui manquait justement à la toile de ton existence.
  15. Habille-toi en mariant les textures, les tissus, les teintes. Autorise-toi une nouvelle coupe de cheveux.
  16. Fais une salade de fruits en étant conscient(e) du jus, des couleurs, des pépins qui se mêlent dans tes mains.
  17. Colle dans ton cahier feuilles, fétus, brindilles, pétales. Réalise un herbier de ce que tu vis à ta mesure.
  18. Prête attention à toute chose, même insignifiante. Qui sait si le trajet d’une fourmi de grain en grain ne t’inspirera pas demain ?
  19. Va-z-y pas après pas, instant après instant. Sois patient(e). La vie a sa musique parfaite pour toi.
  20. Félicite-toi, y compris si tu as écrit une seule page, affiné un seul accord, trouvé l’équilibre entre deux couleurs en remettant à plus tard la peinture de ton paysage.

L’essentiel est que tu Sois

dans chaque chose que tu Fais.

 

Avec toute ma joie,

 

Géraldine Andrée

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Ecrire comme lorsque j’étais enfant

J’aimerais écrire comme lorsque j’étais enfant, des phrases toutes simples, avec un sujet, un verbe, un complément.

Ainsi,

j’entends l’oiseau, je vois le soleil, je suis mon chemin, je touche les écorces, je goûte le vent, j’apporte mes fleurs.

Ou encore, j’aimerais inscrire sur une vaste page, cette phrase unique :

Je respire.

J’aimerais dire en peu de mots

que chaque instant

est suffisant

pour nous faire grandir.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Mon aïeule, mon amie

Ruth Elias

Rescapée des camps d’Auschwitz, Ruth Elias ne voulait plus vivre. Placée en sanatorium pour soigner sa dépression, elle a suivi le conseil de sa psychothérapeute :

« Ecris ! Ecris des lignes pour survivre ! »

Chaque jour, fidèlement, Ruth écrivit.

Et mot après mot, phrase après phrase, point après point, elle reprit souffle.

Elle se laissa regagner par l’espoir.

L’écriture avait fait plus qu’emmener Ruth au bout de chaque page.

Elle l’avait guidée telle une amie vers sa Vie.

 

Géraldine Andrée

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Il pleut et j’écris

Il pleut et j’écris.

Quelle coïncidence !

Il pleut et j’ai une lampe pour que l’encre brille.

Quelle chance !

Il pleut et mon oreille reçoit autant de mots

que ma fenêtre de gouttes.

Quelle abondance !

Il pleut et je fais des signes à la lumière.

Quel miracle !

Il pleut et je trace un chemin bleu pour les beaux jours.

Quelle bénédiction !

Il pleut et j’écris.

 

Même si ces deux événements

sont indépendants

l’un de l’autre,

voici

que se rencontrent

une goutte d’encre

d’où point un mot

inattendu

et une note de pluie

qui luit

sur la tuile

dans le silence

qui s’ensuit.

Quelle conversation

sur ma page !

Ne l’entendez-vous pas,

vous aussi ?

 

Géraldine Andrée