J’ai déposé
ma douleur
sur le seuil
de ta nouvelle
demeure
pour que tu la prennes
dans tes bras
tel un bouquet
de fleurs
et qu’elle flamboie
à ta fenêtre
comme si c’était
la Joie
Géraldine Andrée
J’ai déposé
ma douleur
sur le seuil
de ta nouvelle
demeure
pour que tu la prennes
dans tes bras
tel un bouquet
de fleurs
et qu’elle flamboie
à ta fenêtre
comme si c’était
la Joie
Géraldine Andrée
Ton nom
Guy
Est un pont
Entre le silence
D’ici
Et les chants
De là-bas
Une seule
Syllabe
Et j’approche
Le mystère
De ta présence
Autre part
Toute une constellation
Luit
Désormais
Guy
Dans ton nom
Géraldine
Poème écrit pour mon père
Décédé dans la nuit
Du 11 au 12 novembre 2018
J’écris
pour accompagner
du murmure
de mon coeur
le cours
des choses
Géraldine Andrée
La langue de mon pays
se fait comprendre avec
la haute voix du vent, l’accent des sources sur la rive, la courbure des blés, les ondulations de l’herbe, les pleins du chemin qui s’élance vers l’azur, ce soupir entre les notes de la pluie, les couleurs accrochées à la gorge des mésanges, les points qui étoilent la page du ciel, le silence de tout ce qui perle, de tout ce qui goutte au bout de l’attente.
La langue de mon pays ne suit aucune grammaire.
J’ai seulement appris
que beaucoup de feuilles se froissent pour la répandre dans le monde,
que beaucoup de flambeaux allument ses majuscules dans la nuit.
Je suis l’interprète de son souffle qui roule jusqu’à mes lèvres
quand j’accélère ma course vers Demain.
Je la respecte
en la transcrivant chaque matin
sous un long délié de lumière
qui tremble puis disparaît
pour renaître
à partir de la virgule
de l’instant suivant.
Géraldine Andrée
En regardant
les grandes
cartouches
d’encre
où tremble
le reflet
de la lampe
du soir,
elle songe
aux mots
qui naîtront
de ce noir
épais
et informe
comme
la nuit.
Elle rêve
à la silencieuse
parole
qu’elle sculptera.
Pendant
toute
son enfance,
on lui a dit
qu’elle était
incapable.
Maintenant,
elle sait
qu’elle s’apprête
à accomplir
une chose
capitale :
rendre
corps
à tout ce qu’on efface,
tout ce qu’on fait disparaître ;
donner
une expression
à l’inaudible
respiration.
Géraldine Andrée
J’ai retrouvé les ciseaux d’une très vieille dame
qui coupaient droit ou en biseau
de la soie du velours du taffetas
et qui allument des éclats d’argent à mes doigts
comme si j’étais celle de jadis
Les ciseaux n’ont pas changé
Ils brillent toujours autant en ce jour où je les manie
La nuit et l’oubli ne les ont pas ternis
Je glisse sous leur tranchant vif du papier d’aujourd’hui
et leur doux cliquetis
ressuscite
deux syllabes
de lumière
le prénom d’une aïeule
qui faisait des robes pour toutes les saisons à venir
Esther
Géraldine Andrée
Les poètes
ne sont pas
morts
Il demeure
de leur voix
que l’on croit
enfuie
loin
dans la nuit
le feu d’or
d’une feuille
qui éclaire
notre pas
jusqu’à la prochaine
aurore
Géraldine Andrée
J’ai un jardin
J’ai un jardin dont j’entends tous les murmures
un jardin qui incline ses feuillages sur ma page
un jardin qui m’envoie une plume en guise de signe quand je vous écris
Voilà ma vérité
De ce jardin je fais un cahier
pour que vous n’ayez nul besoin d’une clé pour l’ouvrir au coeur de vos hivers
et pour que vous retrouviez le beau temps annoncé
depuis l’enfance de la lumière
Géraldine Andrée
Tous droits réservés@2018
Il est des mots qui n’ont nul besoin d’être écrits.
Ils déposent leur trace sur le chemin de l’âme grâce au souffle qui les met au monde.
Ces mots sont
Lumière, Vérité,
Beauté, Foi,
Enfance.
Ils sont à la fois
le message et la lampe.
Il est des mots qui signent un sourire.
A travers eux, tu contemples
ce qui doit advenir
dans l’unique
compréhension du silence.
Géraldine Andrée