Je vis,
même en hiver,
des matins
de printemps
en cheminant
à travers
les feuilles
de mon cahier blanc.
Géraldine Andrée
Je vis,
même en hiver,
des matins
de printemps
en cheminant
à travers
les feuilles
de mon cahier blanc.
Géraldine Andrée
Ne pas noter les choses importantes
mais celles que j’aime
aussi minimes soient-elles
comme les lueurs des gouttes matinales
sur la rambarde de ma terrasse
Géraldine Andrée
Journal
L’encre
– le sais-tu ?-
t’attend
J’aime
croire
qu’elle a été
uniquement
créée
pour toi
avec ses reflets
bleus
dans la lumière
qui se balance
entre deux
silences
comme la mer
a été inventée
bien avant
ta naissance
pour aller
à la rencontre
des rêves
et merveilles
de l’enfance
du monde
dont les desseins
dessinés
sous forme
de méandres
attendent
l’apparition
du premier
homme
Géraldine Andrée


Sur la page
du ciel
une phrase
infinie
et une seule
virgule
qui se déplace
selon le sens :
l’oiseau
passe.
Ne cherche pas
à en lire
davantage,
l’oiseau
est le seul
message.
Géraldine Andrée

Un jour, je partirai.
Je préparerai mes bagages avec ces menus gestes que seul le silence m’a appris.
Je passerai devant chaque seuil sans réveiller personne.
C’est à peine si mon ombre dérangera la lumière de l’aurore sur le carrelage.
Je confierai à l’armoire mes journaux intimes – mon coeur s’étonnera d’être délivré de toutes ces vieilles histoires -, verserai de l’eau jusqu’au bord de la bouteille, entourerai de bleu ciel dans mon rêve le point de ma destinée puis, lorsque le carillon aura sonné son heure ultime,
je disparaîtrai en ne vous laissant comme signe
que le dessin de mon pas
sur la terre fine de l’allée.
J’ai déposé
ma douleur
sur le seuil
de ta nouvelle
demeure
pour que tu la prennes
dans tes bras
tel un bouquet
de fleurs
et qu’elle flamboie
à ta fenêtre
comme si c’était
la Joie
Géraldine Andrée
Ton nom
Guy
Est un pont
Entre le silence
D’ici
Et les chants
De là-bas
Une seule
Syllabe
Et j’approche
Le mystère
De ta présence
Autre part
Toute une constellation
Luit
Désormais
Guy
Dans ton nom
Géraldine
Poème écrit pour mon père
Décédé dans la nuit
Du 11 au 12 novembre 2018
J’écris
pour accompagner
du murmure
de mon coeur
le cours
des choses
Géraldine Andrée
La langue de mon pays
se fait comprendre avec
la haute voix du vent, l’accent des sources sur la rive, la courbure des blés, les ondulations de l’herbe, les pleins du chemin qui s’élance vers l’azur, ce soupir entre les notes de la pluie, les couleurs accrochées à la gorge des mésanges, les points qui étoilent la page du ciel, le silence de tout ce qui perle, de tout ce qui goutte au bout de l’attente.
La langue de mon pays ne suit aucune grammaire.
J’ai seulement appris
que beaucoup de feuilles se froissent pour la répandre dans le monde,
que beaucoup de flambeaux allument ses majuscules dans la nuit.
Je suis l’interprète de son souffle qui roule jusqu’à mes lèvres
quand j’accélère ma course vers Demain.
Je la respecte
en la transcrivant chaque matin
sous un long délié de lumière
qui tremble puis disparaît
pour renaître
à partir de la virgule
de l’instant suivant.
Géraldine Andrée