Je rêve
que mon poème
de ce jour
enjambe
de feuille
en feuille
chaque regard
chaque fenêtre
puis s’élève
tel le lierre
de mon enfance
vers
cet ultime
point de lumière
qui danse
Géraldine Andrée
Je rêve
que mon poème
de ce jour
enjambe
de feuille
en feuille
chaque regard
chaque fenêtre
puis s’élève
tel le lierre
de mon enfance
vers
cet ultime
point de lumière
qui danse
Géraldine Andrée
Ce noyau en moi
C’est lui que je dois toucher
connaître
découvrir
cœur d’or
pépite de lumière
étoile vibrante
pétale d’astre
déposé
par un souffle
inconnu
sur cette terre
ce noyau qui existait
bien avant ma naissance
recouvert ensuite
par les peaux de l’identité
les couches de la persona
les écorces de l’éducation
et qui repartira
vers là où il est venu
roulant parmi les météorites
suivant l’accélération
de l’hélice
de l’univers
ce noyau
d’où viennent
vérités perceptions
intuitions poèmes
ce noyau
que j’ai souvent ignoré
mais qui était toujours
présent
qui est
à cet instant
où j’écris
ce noyau
me préparant
à devenir fruit
au cœur
de la vie
Géraldine Andrée
Je me souviens comment enfants
nous sortions nous amuser dans le jardin après la pluie
Nous soulevions la mousse du muret
pour pêcher des limaces des escargots
que nous posions sur la ligne de départ
marquée par une branche de coudrier
pour une course à travers la pelouse
Nous faisions la toilette de nos peluches
dans les flaques du sentier
puis nous cueillions des brins d’herbe
des pissenlits encore trempés au soleil
qui étoilaient de leurs étincelles
le cœur en osier de nos paniers
Nous nous disions alors
Voilà la salade de notre déjeuner
à la sauce aigre
-douce
Nous ne nous disions jamais avec regret
en regardant la fenêtre
Zut
Il pleut
car nous savions qu’il nous serait promis
de jouer avec quelques
gouttelettes
et nous étions heureux
Géraldine Andrée
Sa mère
sous-entend
Deviens
ce que je veux
que tu sois
Elle commence
à écrire
son autoportrait
qu’elle ne cesse
de barrer
d’effacer
car elle ne se reconnaît pas
Géraldine Andrée
Le huissier
passe
lui remettre
l’assignation
en justice
de la part
de sa sœur
pour la succession
qui selon ses dires
ne se règle pas
assez vite
Alors
elle interrompt
l’écriture
de ce poème
qui devait clore
son livre
efface
dans la dédicace
le nom
de sa sœur
et commence à écrire
une lettre
à son avocat
Géraldine Andrée
Il pleut
des trombes
Elle attend le bus
Treize
Sa sœur passe
devant elle
en voiture
sans s’arrêter
Elle éprouve
le regret
que sa sœur
ne soit pas
une inconnue
pour elle
qu’elle ne soit pas
une inconnue
pour sa sœur
car elle n’aurait pas éprouvé
tant de peine
à attendre
ainsi
le bus Treize
depuis le cimetière
tandis qu’il pleut
à verse
Géraldine Andrée
Elle examine
du doigt
toutes les marques
qu’il a laissées
Il a vraiment
pris
son corps
pour du papier
Géraldine Andrée
Il a prévu
pour eux deux
trois musiciens
une chandelle
une bouteille
de vin
du meilleur cru
Comme
c’est romantique
La soirée
promet
d’être bonne
Mais cet homme
bedonne
Forcément
c’est son oncle
Géraldine Andrée
Il lui écarte
les cheveux
des yeux
et lui dit
son souffle
très près
de sa bouche
Tu es exquise
Elle sourit
bien sûr
bien qu’elle ne soit pas
très sûre
de ressentir
du plaisir
à devenir
ce soir
dans l’ombre
de cette chambre
qui l’entoure
une cerise
Géraldine Andrée
Il claque la porte
Ronronnement
de l’ascenseur
qui descend
Mais elle n’est plus seule
avec la douleur
que son passage
a laissée
au fond d’elle
Géraldine Andrée