J’écris
pour accompagner
du murmure
de mon coeur
le cours
des choses
Géraldine Andrée
J’écris
pour accompagner
du murmure
de mon coeur
le cours
des choses
Géraldine Andrée
Ecrire, se dit-elle.
Le miroitement de l’encre où elle se reconnaît.
Les mots qu’elle trouve dans le blanc de la page et qui la surprennent par leur éclat de jais.
Ce crépitement de la pointe de la plume contre le grain du papier à l’heure où tout s’absente encore.
Bruit frêle
de la vérité qui approche
et traverse la porte.
Je suis vivante, écrit-elle.
Seule phrase qui importe.
Géraldine Andrée
La langue de mon pays
se fait comprendre avec
la haute voix du vent, l’accent des sources sur la rive, la courbure des blés, les ondulations de l’herbe, les pleins du chemin qui s’élance vers l’azur, ce soupir entre les notes de la pluie, les couleurs accrochées à la gorge des mésanges, les points qui étoilent la page du ciel, le silence de tout ce qui perle, de tout ce qui goutte au bout de l’attente.
La langue de mon pays ne suit aucune grammaire.
J’ai seulement appris
que beaucoup de feuilles se froissent pour la répandre dans le monde,
que beaucoup de flambeaux allument ses majuscules dans la nuit.
Je suis l’interprète de son souffle qui roule jusqu’à mes lèvres
quand j’accélère ma course vers Demain.
Je la respecte
en la transcrivant chaque matin
sous un long délié de lumière
qui tremble puis disparaît
pour renaître
à partir de la virgule
de l’instant suivant.
Géraldine Andrée
Ne demeure pas immobile devant la page blanche.
Si tu ne peux rien écrire, va te promener.
Trace ton chemin d’une autre façon.
Géraldine Andrée
C’est ma vie. Je veux en faire une oeuvre de Beauté, de Bonté, de Vérité.
Noble tâche !
Mais il y a les aléas, les tracas, les embûches, les obstacles. Les velléités. De moi et des autres. Parfois la boue, les sanglots, les larmes, le découragement.
Alors, il me faut franchir les obstacles, continuer la route, contourner les pièges – avancer, même si mes pieds se sont blessés dans les ornières. Qu’importe la trace de mes pas. Seul compte le prochain pas que je vais faire.
C’est ma vie. Je l’écris chaque jour.
Mes choix, mes acceptations, mes refus, mon libre arbitre lui donnent une ligne directrice que j’essaie de suivre aussi sur mes pages du matin.
Je fais signe à l’Univers au milieu de l’océan blanc de mon cahier :
Je suis là ! Tu me vois ?
C’est ma vie.
Et je suppose que, vus d’en haut, mes mots sont de minuscules points bleus, de frêles feux que je lance pour être reconnue par Dieu.
C’est ma vie.
Beaucoup m’ont dit dans mon enfance :
C’est ta vie. T’en fais ce que t’en veux.
Ce n’est pas vrai.
On ne fait pas ce qu’on veut de sa vie. Croire le contraire est une illusion dangereuse.
Il y a les déviations, les ralentissements, les accélérations, les bifurcations, les priorités, les croisées de chemin sans aucune indication.
Les rencontres que je n’aurais pas dû faire, les aveuglements, les fausses amours, les trahisons, les erreurs d’étourderie – ou plutôt d’insouciance.
J’apprends, j’hésite, je trébuche, je tâtonne, je rectifie.
Certes, je suis l’auteure de ma vie mais il y a beaucoup de ratures, de changements, de brouillons, de recommencements.
Autant de signes que le manuscrit est bon, me dit l’éditeur.
C’est ma vie de Vérité. C’est la Vérité de ma vie, cette trouvaille que, plus on ajuste, plus on est dans le Juste pour soi.
Tant pis si je ne connais pas toutes les vérités.
L’essentiel est que je vive comme j’écris : avec sincérité.
Et que tous mes ratés en soient la preuve.
C’est ma vie, à chaque jour un peu plus neuve.
Géraldine Andrée
J’ai un jardin
J’ai un jardin dont j’entends tous les murmures
un jardin qui incline ses feuillages sur ma page
un jardin qui m’envoie une plume en guise de signe quand je vous écris
Voilà ma vérité
De ce jardin je fais un cahier
pour que vous n’ayez nul besoin d’une clé pour l’ouvrir au coeur de vos hivers
et pour que vous retrouviez le beau temps annoncé
depuis l’enfance de la lumière
Géraldine Andrée
Tous droits réservés@2018
On se dit souvent qu’on a une mission de vie singulière qu’il nous faut absolument dire, écrire, formuler pour trouver qui l’on est vraiment.
Et si ? Et si l’on n’avait pas de mission de vie ?
Si notre mission consistait uniquement à être là, dans l’instant que l’on apprécie pleinement ?
Aimer ; respirer ; sourire ; écouter ; s’allonger dans l’herbe ; être conscient de la terre qui nous porte ; s’aventurer en rêve dans les couleurs des lisières qui se mêlent sous un pinceau invisible…
Et si notre mission consistait à être en vie pour nous sentir tout simplement vivant ?
Prenez un carnet et écrivez à chaque ligne ce que vous aimez dans l’instant présent ; ce qui vous donne confiance en cette seconde-ci et pas en une autre.
N’est-ce pas cela notre mission de vie à tous, laisser s’exprimer notre vie
dans un humble merci
à Maintenant et Ici ?
Géraldine Andrée
Sur le chemin du matin,
j’ai demandé au Divin
sinon une réponse,
un signe au moins
que j’étais sur le bon chemin.
C’est alors que j’ai rencontré
un hortensia
tout flamboyant
de blanc
et dont les pétales
étoilant
l’herbe
étaient légèrement
picorés
par un merle noir
voletant
ça et là,
selon le pétale
de son choix.
Je voulais prendre
en photo
l’hortensia
mais j’ai renoncé
de crainte
d’effrayer l’oiseau.
Et j’ai repris
mon chemin,
gardant en mémoire
la splendide rencontre
du noir et du blanc
dans la lumière de juin.
J’ai su
de source sûre
que j’avais eu plus
qu’un signe : une réponse.
Mais hier,
j’ai voulu obtenir confirmation
de ce que m’avait montré
le Divin
– c’est ainsi que sont les humains –
et j’ai décidé
de revoir l’hortensia.
Hélas !
J’ai eu beau
repasser par tous
les chemins
possibles
de ma promenade,
je n’ai pas retrouvé
ses fleurs.
Quant aux merles noirs,
ils voletaient
sous les nuages.
Dieu ne redonne
jamais
le même message.
Cette singulière image
de l’hortensia blanc
et de l’oiseau noir
n’exista qu’un seul
instant
et j’en garde
l’unique rêve
à présent.
N’est-ce pas
le signe
que j’ai eu ma réponse
au bon moment
et au bon endroit
de mon destin
et qu’il faut
maintenant
que j’avance
un pas,
un regard
plus loin,
même si je ne sais rien
de ce qui se trouvera
ça et là
sur mon chemin ?
Je le crois
comme en ma vision
de l’hortensia blanc
dont les pétales
étoilent
mon âme
pour y attirer
un matin
les ailes
de ma foi.
Géraldine Andrée
Qui étais-je avant d’être Moi ?
Une fleur, une pierre, un lézard, un cours d’eau ?
Avais-je conscience à chaque fois
de tous ces Moi ?
Eprouvais-je
la présence légère
des pétales de mon être
dans le soleil ?
Ressentais-je
mon coeur
ô combien pesant
de silence et d’immobilité ?
Avais-je connaissance
de la lenteur
des heures d’été
qui me faisait sommeiller,
caché à l’ombre
de la pierre,
non loin de l’éclat
de la fleur ?
Me sentais-je fier
de jeter mon chant
dans l’embouchure
de l’immensité
tout en sachant
que j’étais emporté
par l’éblouissement
de ma mort ?
Qui ou quoi
que j’aie été
avant d’être Là
n’importe
peut-être
pas autant
que cela.
L’important
est que j’aie conscience
que ce Moi
d’aujourd’hui
est une porte
ouverte
sur d’autres portes…
Géraldine Andrée
On a coutume de penser que la biographie est réservée aux gens célèbres, aux grands hommes, aux stars.
Quand le désir de faire une biographie se fait jour, on le chasse, ce désir, en disant :
-Une biographie, moi ? Mais je n’ai rien d’intéressant à raconter ! Je n’ai pas vécu de grands événements dans ma vie !
Détrompez-vous. La biographie s’adresse à tous, à toutes les voix.
Nul besoin d’avoir vécu des événements prodigieux pour confier à un biographe l’écriture d’une biographie.
Le livre de votre vie peut, bien sûr, contenir des étapes cruciales : vous pouvez y raconter vos périodes marquantes, les virages que vous avez pris, vos choix ultimes, vos échecs, vos réussites.
C’est important. Mais est-ce essentiel ?
L’essentiel est que la biographie contienne ce qui est important pour vous ou pour la personne à qui vous offrez ce présent : le souvenir de la grosse horloge d’or dans le salon de votre enfance ; les bruits du quartier au matin ; les senteurs et les couleurs du jardin ouvrier ; le lapin-nain que vous apportiez dans vos bras au dîner ; les cavalcades dans les sombres couloirs quand s’annonçait la veille des vacances ; le visage de l’aïeule qui coud encore, assise à la fenêtre de votre mémoire ; les longs rouleaux de réglisse qui noircissaient vos lèvres ; une journée à l’océan ; les tambours du vent dans vos oreilles et qui vous donnaient envie de courir…
Ainsi, nous réalisons bien plus qu’une biographie – un recueil d’instants de vie où tout futur lecteur saura d’emblée se reconnaître car la biographie, dans sa dimension intime, demeure à jamais universelle.
Chaque être humain de ce monde se retrouve davantage dans l’évocation d’un bouquet de cerfeuil mouillé, cueilli au cours d’une promenade, que dans une apparition sous les feux des projecteurs.
La biographie est un livre de vie où chaque mot invite autrui à écouter son battement de coeur.
Géraldine Andrée
L’Encre au fil des jours
It’s customary to think that the biography is reserved for famous people, great men, stars.
When the desire to make a biography comes day, we hunt this desire by saying:
– a biography? But I have nothing interesting to tell! I haven’t lived any great events in my life!
You’re mistaken. The biography is addressed to everyone, all voices.
No need to have experienced prodigious events to make a biography.
The book of your life can, of course, contain crucial steps: you can tell your memorable moments, the corners you have taken, your ultimate choices, your failures, your achievements.
It’s important. But is it essential?
The main thing is that the biography contains what is important for you or for the person to whom you offer this gift: the memory of the big golden clock in the living room of your childhood; the noises of the neighbourhood in the morning; the scents and the Colours of the worker garden; the dwarf rabbit you brought in your arms to dinner; the bruits sounds in the dark corridors when it was announced the day before the holidays; the face of the crone who still coud, sitting in the window of your memory ; the long rolls of liquorice that noircissaient your lips; a day in the ocean; the drums of wind in your ears and which made you want to run…
Thus, we will achieve far more than a biography – a collection of moments of life where any future reader can recognize itself because the biography, in its intimate dimension, remains forever universal.
Every human being in this world is more recognized in the évocation of a bouquet of wet cerfeuil picked during a walk than in an apparition under the spotlight.
The biography is a book of life where every word invites the other to listen to her heartbeat.
Geraldine Andrée
Ink over the days