Publié dans Ce chemin de Toi à Moi, Méditations pour un rêve, Mon aïeul, mon ami., Poésie

J’ai déposé ma douleur

J’ai déposé
ma douleur
sur le seuil
de ta nouvelle
demeure
pour que tu la prennes
dans tes bras
tel un bouquet
de fleurs
et qu’elle flamboie
à ta fenêtre
comme si c’était
la Joie

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Le cahier de mon âme, Mon aïeul, mon ami.

Tant que je prononcerai ton nom

Tant que je prononcerai ton nom
tu seras là
et je ferai du silence un écho
auquel par le souvenir
 
de l’un de ces mots
que tu aimas
arbre étoile éphémère lilas
tu répondras
Géraldine Andrée
Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Ce chemin de Toi à Moi, Le cahier de mon âme, Méditations pour un rêve, Mon aïeul, mon ami., Poésie

Ton nom

Ton nom
Guy
Est un pont
Entre le silence
D’ici
Et les chants
De là-bas
Une seule
Syllabe
Et j’approche
Le mystère
De ta présence
Autre part
Toute une constellation
Luit
Désormais
Guy
Dans ton nom

Géraldine
Poème écrit pour mon père
Décédé dans la nuit
Du 11 au 12 novembre 2018

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Je pour Tous, Mon aïeule, mon amie, Psychogénéalogie

Où es-tu partie ?

Ma tante, qui souffrait de la maladie de l’oubli, est décédée.

Ma tante, présente bien qu’absente ou absente dans sa présence, est décédée l’avant-veille de la fameuse victoire de la Coupe du Monde.

Je n’ai jamais aimé ces manifestations de liesse populaire mais là, vivre un deuil quand on entend à l’extérieur les klaxons, les pétards, les vociférations fut pour moi une expérience saisissante de par son contraste indécent.

Ma tante, emmurée pendant près de trois années, a pris son envol.

Ce n’est pas triste quand on croit en la vie de l’âme car la mort, c’est la Vie.

J’aime penser que là où elle est, elle a retrouvé cette mémoire des jours mystérieusement confisquée.

J’avais commencé à écrire un recueil de textes sur l’expérience de la maladie d’Alzheimer intitulé Où es-tu partie ?

Puis j’ai abandonné. Plus le courage. Plus la force. Plus la lucidité peut-être. La volonté d’oublier pour moi aussi.

Paralysée également par ce fameux « à quoi bon, ça n’intéresse personne et ça fait peur, de toute façon, ce genre de situation… »

Oui, tout fait peur dans notre société, surtout ce qui suscite une réflexion profonde sur la faiblesse, la maladie, la mort. Seul le superficiel avec ses feux éphémères rassure.

Alors, ce soir, alors qu’un beau crépuscule rose éclate au-dessus de la ville qui a retrouvé sa tranquillité, la décision est prise. Je vais continuer et achever ce recueil puis le publier,

sans doute pour trouver une réponse possible parmi une myriade d’hypothèses à cette énigmatique question :

Où étais-tu partie, avant que de nous quitter ?

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, Je pour Tous

Comment vous dire

Comment vous dire ce que j’ai ressenti quand j’ai appris que cet auteur qui évoquait avec tant de force et d’éclat

le chant du vent dans les bambous, sa fenêtre illuminée à l’est, les frémissements d’ailes des abeilles, les reflets blonds du miel, l’alphabet écrit par le temps dans la roche, les senteurs des roses-thé qui vous suivent jusque dans votre rêve, le ruissellement du vert des arbres après l’averse, le bercement de l’éternité dans sa demeure

 – toute cette vie plus que vivante, oui, ardente, irradiante de ce lointain coin de monde

jusqu’à mon coeur -,

n’était plus de ce monde ?

Géraldine Andrée

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Pourquoi faire écrire une biographie ?

A l’heure où tout va vite, où l’on vit dans l’instantanéité, voire dans un constant sentiment d’urgence, entreprendre une biographie avec un écrivain privé biographe, c’est prendre le temps de se souvenir et d’éprouver ces souvenirs ; c’est entrer dans l’éternité de la mémoire.

A l’heure où il est difficile de communiquer les uns avec les autres malgré tous les moyens modernes de communication mis à notre disposition, contacter un écrivain privé biographe pour mettre au monde son récit de vie ou une vraie fresque familiale, c’est retrouver le moment de l’écoute, de la compréhension, première étape vers une écriture fidèle au souvenir.

A l’heure où les noyaux familiaux se sont éclatés au gré des mutations, des licenciements, des deuils, des divorces, se constituer un projet biographique permet de renouer avec ses racines pour mieux s’épanouir ensuite. Saisir les clés du passé, c’est ouvrir la porte du meilleur futur possible.

A l’heure où le monde moderne nous prive des véritables couleurs, saveurs, senteurs, redécouvrir, au détour d’un mot, le jardin savamment entretenu d’une grand-mère, le mordoré d’une confiture faite maison, les brindilles de paille qui constellent l’air au temps des moissons, l’ondulation d’une fumée au coeur des hivers d’autrefois, est un inestimable trésor.

A l’heure où la jeunesse est en quête parfois désespérée d’une origine et d’une identité, écrire une biographie, c’est lui léguer les visages et les noms de ses ancêtres, la noblesse d’une demeure familiale, le chant d’un pays. Savoir d’où l’on vient permet de tracer sa route plus loin.

Prendre rendez-vous avec un écrivain biographe,

c’est s’asseoir, se faire écouter, être témoin du tracé de la vie sur le papier ;

c’est entendre comment le souffle d’une phrase redonne souffle au cher aïeul disparu ;

c’est renouer le dialogue avec l’indicible –  ce que l’on croyait condamné à jamais au secret, à l’enfouissement dans la mémoire ;

c’est contempler dans les mots la grâce d’un regard aimé ;

c’est continuer la conversation avec ses aïeux dont le silence n’est en vérité qu’une illusion.

Faire écrire une biographie coûte cher (2000 à 2500 euros en moyenne), le prix d’une armoire familiale ou d’un beau voyage.

Mais une fois le travail réalisé, on repart avec son comptant – de sensations, d’émotions, de compréhension.

On est comblé car on a transformé un patrimoine jusque là matériel en patrimoine immatériel, sentimental et peut-être même spirituel.

On a accompli le plus beau des voyages – à travers soi et les siens.

On se sent devenir racine de cet arbre généalogique.

On repart avec le livre de sa vie, certes, mais aussi un livre vivant.

Faire écrire une biographie, c’est s’engager avec toute sa famille, présente ou absente, existante ou décédée, en faveur de la Vie !

 

Géraldine Andrée

 

 

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Le carnet 1944

Entre tes mains, un petit carnet noir, celui de ton feu mari, portant l’étiquette 1944.

Tu le feuillettes et tu cites les chiffres implacables de tous ceux qui ont été emportés par les innombrables convois pour Pitchipoï* à partir de la ville de Cluj**.

Tu donnes la liste des noms qui désignent des visages à jamais disparus.

Puis, tu égrènes les chiffres et les noms de tous les privilégiés qui ont pris le convoi spécial pour la Suisse, tous ces êtres humains sauvés par Kastner, au prix de la vie d’autres êtres humains.

Sur les feuillets, une écriture fine et maîtrisée, à l’encre noire et qui retrace la marche inexorable du Destin.

« Mon mari était fataliste » dis-tu.

Dans ce journal intime de 1944, pas de sentiment. Aucune exclamation d’angoisse, aucune interrogation d’espoir.

Aucune phrase descriptive dont l’ampleur s’abandonnerait à une quelconque subjectivité.

Seulement des faits, une chronologie implacable des événements, le compte précis des jours et des heures menant le futur lecteur à la mort d’autrui.

Un journal universel où se succèdent les noms des décédés comme autant de signatures posthumes.

Ensuite, tu fermes le carnet.

Dans tes yeux, tremblent les lueurs des larmes.

Ce que tu viens de lire nous regarde.

Les mots et les chiffres prononcés sont des yeux qui nous suivent à travers le temps pour que nous retenions à jamais ce qui fut,

car le petit carnet noir de 1944 qu’a tenu fidèlement ton mari feu

est devenu notre Mémoire.

 

Géraldine Andrée

 

*Pitchipoï : le pays lointain,  de nulle part, « vers l’Est », en yiddish.

**Aujourd’hui, Cluj est en Transylvanie roumaine. En 1944, elle était hongroise.

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France Gall

Les chansons de France Gall ont bercé mon enfance et mon adolescence. Lors des dimanches après-midi d’hiver passés avec ma grand-mère, je la voyais chanter à la télé.

A l’âge de douze ans, j’entendais de ma chambre sa voix coquine chanter Les Sucettes à l’anis dans la lumière du salon ou de la cuisine.

Plus tard, âgée d’à peine vingt ans, alors que j’étais attirée par l’Afrique et le Maghreb, j’ai dansé à en avoir la fièvre sur le rythme d‘Ella Ella, Babacar et Quand le désert avance.

Un après-midi d’été, sous l’ombre bleue du marronnier, j’ai appris la mort foudroyante de Michel Berger.

En étudiant, j’allumais toujours mon petit transistor argenté et un soir, pendant la rédaction d’une âpre dissertation de philo, j’ai pleuré quand j’ai découvert cette voix subtile, délicate comme une dentelle dans la chanson Cézanne peint. J’aurais voulu poser les couleurs bleues, les couleurs d’or, les touches de pourpre et d’orange à chaque note sur mon cahier.

Mon premier amour m’a révélé ce que signifiait vraiment la chanson Les Sucettes à l’anis créée par Gainsbourg. J’ai beaucoup ri de ma naïveté.

Jeune adulte, j’ai acheté l’album Starmania puis la compilation des chansons de Michel Berger avec France. J’ai passé en boucle ça balance pas mal à Paris pendant que je corrigeais mes premières copies.

Plus tard encore, j’ai été fascinée par sa manière de galvaniser les foules, bras ouverts, mains tendues, visage renversé. Je trouvais cette offrande de soi extraordinaire. J’aurais souhaité être comme elle.

Au cours de mes difficiles épreuves, sa voix déterminée traçait son chemin en moi qui étais toujours si timide et effacée, prête à céder illégitimement ma place : Résiste ! Prouve que tu existes !
Cette simple injonction m’a aidée à m’affirmer face aux prédateurs et prédatrices.

France Gall a toujours fait partie de ma vie. Aujourd’hui, elle est morte.

Pourtant, avec ses cheveux blonds, ses yeux espiègles, son visage poupin d’éternelle jeune fille, je ne pensais pas qu’elle pût mourir. C’est arrivé. Quelques semaines auparavant, alors qu’on enterrait Johnny, j’ai eu cette prémonition, cette question intérieure :

– Mais que devient France Gall ? On n’entend plus parler d’elle !

La réponse est tombée hier.

France Gall est partie. Peut-être a-t-elle rejoint Michel et que les étoiles sont leurs projecteurs…

La voix de France Gall, sans me connaître, s’est adressée à la voix de mon coeur.

C’est ainsi que l’on prouve que l’on existe.

En chantant, elle envoyait des lettres intimes à tant d’anonymes. C’est, je crois, le signe de la plus grande réussite, celle qui consiste à dire chaque jour à chacun ici-bas : Cherche ton bonheur partout…

France, tu as rejoint Le Grand Tout.

 

Géraldine Andrée

 

Cézanne peint

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On est presque au Nouvel An !

J’avais à peine six ans.

J’avais été comblée de cadeaux.

Je me souviens :

ma grand-mère assise près de la fenêtre, dans le rayon bleu gris d’une fin d’après-midi de Noël.

On n’avait pas encore allumé les lampes.

Ma grand-mère portait son pull fleuri avec lequel elle est partie dans un lointain pays.

Soudain, nos éclats de rire d’enfants se sont éteints, comme si nous savions…

Les mains de ma grand-mère, tout étoilées de fleurs de cimetière, se sont levées à la hauteur de son coeur et je l’ai entendue dire, en joignant à la parole ce même geste vif qu’elle faisait lorsqu’elle cueillait des herbes folles :

-Cela va si vite ! On est presque au Nouvel An !

Que de nouvelles années se sont écoulées depuis ces mots…

Aujourd’hui,

en cette fin d’après-midi de Noël,

il est un rayon bleu gris

qui ressemble à celui de jadis,

tout près de la fenêtre.

Le temps est presque prêt pour que ma grand-mère vienne s’asseoir à la fenêtre

et chuchote en silence ces deux paroles uniques qui enjambent tous les jours de ma vie

depuis le lointain Noël de mon enfance :

– Cela va si vite !

On est presque au Nouvel An !

 

Géraldine Andrée

 

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Silence et souffle

Je sais

pourquoi

il est

ce profond

silence,

 

certains

soirs :

c’est

pour mieux

entendre

 

ton souffle,

aile

frêle

qui passe

de tes lèvres

 

à ma conscience,

preuve

que la vie

existe

dans la mort.

 

Géraldine Andrée