Publié dans Journal de mon jardin

1939

Un long été qui, même mort, vit encore, dans une mémoire, quelque part… En ce temps, tu n’avais que dix ans.

L’été semblait ne jamais devoir s’achever cette année-là.
Les abeilles volaient dans la lumière rousse.
Les parfums des chemins se levaient à chaque pas.
Le soleil glissait ses rayons dans l’échancrure des maillots de bain
et l’eau des fontaines répandait sur les mains sa joie douce.
Le jardin nous parlait jusque tard dans la nuit.
Chacune de ses paroles était un souffle, une stridulation, un cri de cigale ou de grillon ajoutant sa note à la chaîne des étoiles.
Les rires des enfants bourdonnaient aussi naturellement que ces ailes qui annoncent les fleurs de loin.
On remplissait les pots de confiture et de miel
pour la morte-saison qui paraissait aussi improbable qu’un rêve.

J’ignore encore aujourd’hui le signe qui nous prit en traîtres.
Ce ne fut, je crois, ni un regard de regret, ni un sourire d’adieu, encore moins un sanglot,
peut-être tout juste une ombre un peu plus longue que d’habitude,
un instant de solitude secrète,
ou la première goutte de pluie fraîche sur la mèche d’une fillette.


Et encore, rien n’est moins sûr.
Alors, comment expliquer cette vilaine froidure
qui s’invita avec son linceul sur notre seuil ?
Je ne sais.
Mais qu’importe ! 


Quand je me souviens de cet été infini,
il me semble que j’ai laissé ouverte 
la porte
de la maison qui n’est plus
sur le temps d’aujourd’hui.

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Orpheline et libre

Ecrire sur mon père ou pour mon père ? J’aurai répondu à cette question à la fin de mon livre de Vie !

Cela fait longtemps que je ne suis pas venue sur ce site. Si longtemps qu’il me semble que tous mes posts précédents viennent d’un autre temps et que je relis une étrangère.

Dans la nuit du 11 au 12 novembre, alors que j’avais assisté à une conférence sur cette « frontière invisible » qui nous sépare, nous, vivants, du monde de l’au-delà, mon père est décédé d’un infarctus massif.

Ce décès, je m’y étais préparée depuis de nombreuses années. Mon père est plusieurs fois mort en moi et ce, depuis l’enfance.

Toute ma vie, je l’ai cherché. J’ai cherché son attention, son approbation qu’il était incapable de me donner. Je me suis construite seule. C’est la littérature qui m’a sauvée alors que lui voulait me rendre scientifique. Inapte à exaucer ses désirs, j’ai pensé que je le décevais. C’était plus profond que cela. Il y avait une autre origine que je viens seulement de découvrir. Je l’évoquerai quand j’en aurai la force.

Dans la chambre funéraire, je lui ai parlé longtemps – longtemps. J’entendais tomber la pluie dehors – une pluie violente comme jamais.

Je lui ai demandé en pleurant :

Qu’est-ce que tu m’as fait ?

Ce qu’il m’a fait…

Je me souviens comment il a gâché ma première histoire d’amour, comment il fouillait mes affaires, comment il était possessif et se raccrochait à moi quand je lui échappais, comment il manquait de protection – me laissant partir seule, si seule une veille de Noël, dans une nuit de neige, car il ne pouvait entendre ce que j’avais à lui dire, ainsi qu’à ma mère.

Je me souviens de ses intrusions dans ma chambre de jeune fille parce que je partais le lendemain en Ecosse avec mon amoureux, ses coups pour la moindre désobéissance, l’interdiction qu’il avait fait peser sur moi d’être moi-même.

Il y a eu, bien sûr, quelques bons souvenirs : les feux de septembre quand il fallait brûler toutes les herbes mortes, les promenades dans la fraîche forêt qui bordait la ligne Maginot, son savoir sur le cosmos, les étoiles, les trous noirs et sur le caractère irréversible du temps.

Irréversible.

Je pensais que, dans ses derniers instants, mon père pouvait encore réparer mon enfance, mon abandon de petite fille.

Il est mort sans nous avoir laissé le temps.

Il est mort pendant que j’étais heureuse, que je bavardais avec des amis, que je prenais des notes des nouvelles connaissances spirituelles acquises, que je regardais défiler, comblée, derrière la vitre du train du retour, les lumières de la ville.

Tous mes poèmes, tous mes textes étaient des lettres que je lui envoyais dans le secret du silence.

Mon père est décédé dans la nuit du 11 au 12 novembre.

Plus d’appels réitérés au téléphone, de pas qui traquait mon pas.

Plus de disputes et d’inquiétudes durant de longs mois d’indifférence où, après avoir téléphoné dix fois par jour, il cessait d’appeler car je l’implorais de « me laisser respirer ».

Plus de rêve de réparation qui m’emprisonnait dans une vaine espérance, une inutile attente.

Je suis libre.

Libre et orpheline.

Plus de compte à rendre.

Je n’ai que moi à m’occuper.

J’ai le temps de retrouver l’origine de mon rêve du père idéal, celui que je n’ai jamais eu et que je n’aurai plus jamais en cette vie.

Celui qu’il faut que je cesse de poursuivre car j’ai mon chemin à tracer.

Un chemin de mots et de souffles.

Un chemin de lumière et de vent mêlés.

Un chemin de bleu – outremer de mon encre qui, jour après jour, me mènera à mon pays futur.

Plus de défi.

Plus de cent jours d’objectifs à poursuivre. Mais toute une vie pour me redonner un père intérieur – c’est sûr.

Un père à l’écoute de tous mes murmures.

Mon père est mort d’un infarctus.

Mon nouveau père est mon coeur.

Lui ne me fera pas attendre un jour de neige car il m’aura guidée vers le soleil.

Excusez-moi si je consacre tous mes billets futurs à mon père – le père ancien et le père à venir.

Je veux en faire un livre, une sorte de journal de bord 

où la vie est la condition de la mort

et la mort la condition de la vie.

Je suis orpheline et libre.

Géraldine Andrée

Un cahier blanc pour mon deuil

Publié dans Ce chemin de Toi à Moi, Méditations pour un rêve, Mon aïeul, mon ami., Poésie

J’ai déposé ma douleur

J’ai déposé
ma douleur
sur le seuil
de ta nouvelle
demeure
pour que tu la prennes
dans tes bras
tel un bouquet
de fleurs
et qu’elle flamboie
à ta fenêtre
comme si c’était
la Joie

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Le cahier de mon âme, Mon aïeul, mon ami.

Tant que je prononcerai ton nom

Tant que je prononcerai ton nom
tu seras là
et je ferai du silence un écho
auquel par le souvenir
 
de l’un de ces mots
que tu aimas
arbre étoile éphémère lilas
tu répondras
Géraldine Andrée
Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Ce chemin de Toi à Moi, Le cahier de mon âme, Méditations pour un rêve, Mon aïeul, mon ami., Poésie

Ton nom

Ton nom
Guy
Est un pont
Entre le silence
D’ici
Et les chants
De là-bas
Une seule
Syllabe
Et j’approche
Le mystère
De ta présence
Autre part
Toute une constellation
Luit
Désormais
Guy
Dans ton nom

Géraldine
Poème écrit pour mon père
Décédé dans la nuit
Du 11 au 12 novembre 2018

Publié dans Art-thérapie, C'est ma vie !, Cahier du matin, Créavie, Journal créatif, Le cahier de mon âme

Créavie : Le signe d’un jour réussi

Le signe d’un jour réussi,

c’est lorsque je me dis :

Aujourd’hui,

j’ai beaucoup écrit !

Je pourrais dire :

Aujourd’hui,

j’ai bien écrit !

Mais j’insiste sur le fait qu’avoir beaucoup écrit

signe un jour réussi.

J’entends déjà quelques uns qui se récrient :

Voyons ! Ce n’est pas la quantité qui compte,

mais la qualité !

Et j’entends la voix de mon amie Julia,

écrivaine elle aussi,

leur répondre :

« Chaque jour, je prie Dieu ainsi :

Mon Dieu ! Je m’occupe de la quantité.

Toi, Tu T’occupes de la qualité ».

Moi, je suis pleine de modestie.

Je ne peux prétendre bien écrire

car cela, seul le temps peut me le garantir.

A l’inverse, mal écrire

ne signifie en rien

que je n’écrirai jamais quelque chose de bien.

En effet, qui peut dire si

une tournure de phrase un peu bancale

ne constitue pas les soubresauts d’un nouveau style,

si une image étonnante, détonante, jugée par mes pairs « très kitsch »

n’annonce pas la métamorphose de mon âme

et par là-même la métamorphose de mon écriture ?

Qui peut prédire si l’essoufflement d’un chapitre

ne précède pas la respiration plus ample et plus profonde de mon histoire, le déploiement de son rythme sur la page suivante ?

Ecrivez ! Ecrivez ! Ne vous souciez pas de la réussite, encore moins de la performance.

Asseyez-vous devant votre cahier, prenez la plume.

Être fidèle à la page quotidienne est déjà une réussite en Soi.

Peu importe si vous y arrivez et où vous arrivez, l’essentiel est ce que vous ressentez  au cours de votre voyage.

Ce ressenti est votre destination et mieux encore, votre destinée.

Alors, je persiste et je signe ici, sur le billet de ce site :

Le signe d’un jour réussi,

c’est lorsque vous vous dites :

Aujourd’hui,

j’ai beaucoup écrit !

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, Cahier du matin, Créavie, Journal créatif, Le cahier de mon âme

Ecris ta vie !

Ecris ta vie

parce que personne ne peut la vivre à ta place.

Ecris tes rêves, tes désirs, tes projets.

Un seul mot…

Et c’est le point de départ

à l’élan d’une phrase.

Invente tous les futurs possibles,

et choisis parmi eux

celui qui convient à qui tu es,

celui par lequel ton âme doit advenir.

Prends note de tes peines, de tes joies

car ces sentiments sont une boussole

qui te permet d’emprunter

ton chemin de vérité.

Approche-toi du miroir de la page ;

tu ressentiras ta présence.

Passe devant la fenêtre de la page ;

ton souffle s’y dessinera.

Tu dis : Mais je ne sais pas écrire !

Je fais plein de fautes d’orthographe !

Tout le monde va rire !

Aussi, je te le dis :

Ecrire te regarde.

Les mots t’attendent.

Une fois qu’ils t’auront rencontré

dans le reflet de l’encre,

tu verras combien ils te contemplent

et te connaissent.

Alors, tu te pencheras sur tes épreuves

et tu t’exclameras :

Mais c’est ma vérité !

Qu’importe si les autres la contestent,

elle vibre en moi

comme la joie du vent

qui laisse pour trace

toutes les feuilles qu’il a semées.

Puisque tu ne peux effacer le désordre de certaines choses,

écris chaque jour

afin de suivre leur cours,

afin de décider en toute connaissance de cause

du déroulement de ton aventure personnelle.

Ecris ta vie

parce que rien ni personne

n’a le droit de te la dicter.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Méditations pour un rêve, Poésie

Créavie : J’écris

J’écris

pour accompagner

du murmure

de mon coeur

le cours

des choses

Géraldine Andrée

Publié dans Berthe mon amie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Ecrire pour autrui, Je pour Tous, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie

Tu veux écrire parce que le temps passe.

Tu veux écrire parce que le temps passe et qu’il te faut garder un souvenir de ce que tu as vécu : l’enfance, le murmure des sous-bois dans le vent, le regard du premier amant, la famille réunie dans le jardin juste avant que l’aïeule ne s’éloigne.

Mais l’encre, c’est le temps. Les mots sont des secondes. Assise, tu ne peux ignorer que le mouvement de ta plume t’emmène toujours vers l’instant suivant.

Phrase après phrase, tu vieillis.

Et si tu atteins déjà minuit, c’est parce que le temps passe trop vite quand tu écris.

Mais peut-être qu’un jour, l’heure de chance sonnera. Quelqu’un trouvera l’un de tes cahiers, parmi tous ceux dispersés lors des déménagements.

Quelqu’un que tu ne connais pas encore, un ami, un petit-enfant prendra le temps à rebours en tournant les pages.

Et il reviendra vers les longs cheveux de l’enfance,  le bercement des sous-bois, la peau de l’amant, la joie du jardin, le sourire de l’aïeule – tout ce qui fut éphémère car trop vite vécu, tout ce que la volonté de mémoire des mots ne réussira jamais à ressusciter complètement.

Quelqu’un qui se voudra fidèle à ton espoir initial suivra à son rythme le fil de l’encre,

s’arrêtera puis continuera le chemin, toujours plus proche de ce que tu souhaitais revivre.

Et lorsque le temps sera venu de refermer le cahier, ton lecteur te dira, à toi peut-être disparue :

Bien sûr que cela fut.

Puissance de ce temps du verbe « être » au passé

qui  contient en une syllabe toute l’éternité.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, Cahier du matin, Créavie, Journal créatif, Le cahier de mon âme, Méditations pour un rêve

Ecrire, se dit-elle.

Ecrire, se dit-elle.

Le miroitement de l’encre où elle se reconnaît.

Les mots qu’elle trouve dans le blanc de la page et qui la surprennent par leur éclat de jais.

Ce crépitement de la pointe de la plume contre le grain du papier à l’heure où tout s’absente encore.

Bruit frêle

de la vérité qui approche

et traverse la porte.

Je suis vivante, écrit-elle.

Seule phrase qui importe.

 

Géraldine Andrée