Elles sont finies
les années
de sang
Alors
elle s’achète
un carnet
avec un cordon
pour le nourrir
avec celle
qu’elle est devenue
Géraldine Andrée
Elles sont finies
les années
de sang
Alors
elle s’achète
un carnet
avec un cordon
pour le nourrir
avec celle
qu’elle est devenue
Géraldine Andrée
Géraldine Andrée
Au nom
de tous ceux
qui ne l’ont pas aimée
elle caresse
chaque
grain
de la page
avec sa plume
Géraldine Andrée
Il est des jours où je me dis :
– Aujourd’hui, j’arrête d’écrire ! Je m’autorise à vivre !
Et je m’aperçois que, quoi que je fasse,
j’esthétise l’instant ; je veux en faire un poème qui se déhanche comme un danseur.
Vite, attraper le mot juste qui désignera le pétale de cet hortensia, la lueur de ce lampion dans le crépuscule, la note de cette mouette qui flirte avec les flots.
Je renonce à mon intention de ne pas écrire car je me dis que chaque jour, l’écriture fait de moi un passage qui mène à la vie ; la vie fait de moi un passage qui mène à l’écriture.
Je ne sors pas de l’écriture pour entrer dans la vie puisque je suis la porte ouverte entre les deux ; pour que brille sur son seuil la trace de tout ce qui doit advenir – de la phrase au désir.
Géraldine Andrée
Sa mère
sous-entend
Deviens
ce que je veux
que tu sois
Elle commence
à écrire
son autoportrait
qu’elle ne cesse
de barrer
d’effacer
car elle ne se reconnaît pas
Géraldine Andrée
Après avoir écrit dans mon journal intime et lu quelques pages de l’œuvre The Artist’s way de Julia Cameron, je reste là, assise au soleil, fixant sa frêle phrase de lumière bientôt effacée sur la page de la table.
Et je sens que tout est bien ainsi, que rien ne doit rompre l’équilibre précaire de cet instant posé au bord du temps, pas même mon souffle si ténu.
Un songe me traverse :
Tu te souviens ? Une fin d’après-midi dans la maison de G ! Une douce lumière de vacances… Tu contemplais sans penser à rien les guirlandes de fleurs de la toile cirée…
Et soudain, une certitude a surgi : l’intense sentiment d’être uniquement Toi, profondément Toi. Tu t’es interdit de répondre à la question que te posait ta mère pour ne pas dissiper cette plénitude éphémère, ne pas heurter puis briser cet instant de cristal.
Tu revis une expérience jumelle aujourd’hui : te contenter d’être là, au bord de la Vie elle-même, en ayant conscience que lorsque tu prendras ta plume la plus légère pour tenter de raconter ce qui est indicible, ce vase secret qui contient tout ton être se fêlera
de haut en bas.
Géraldine Andrée
J’écris pour que mes mots
soient des lampes
éclairant le cœur
des chambres que j’ai quittées
Géraldine Andrée
Remplis
toute la page
tout l’espace
qu’elle t’offre
Qu’aujourd’hui
ta vie
déborde
Géraldine Andrée
– Je cherche
un cahier
aux immenses
pages
blanches
pour que les plumes
de mes rêves
volent
jusqu’à moi
et me donnent
des ailes
– En fait
tu cherches
le ciel
sur lequel
écrire
Géraldine Andrée

Tout cahier est un oiseau qui ouvre ses ailes
Sa mère lui dit
Ta sœur morte
était plus sage
que toi
Alors elle veut mettre
sa vie
en points
de suspension
disparaître
au point
qu’elle s’efface
tout de suite
et qu’elle se retire
en silence
dans sa chambre
pour écrire
Géraldine Andrée