J’écris
pour accompagner
du murmure
de mon coeur
le cours
des choses
Géraldine Andrée
J’écris
pour accompagner
du murmure
de mon coeur
le cours
des choses
Géraldine Andrée
La langue de mon pays
se fait comprendre avec
la haute voix du vent, l’accent des sources sur la rive, la courbure des blés, les ondulations de l’herbe, les pleins du chemin qui s’élance vers l’azur, ce soupir entre les notes de la pluie, les couleurs accrochées à la gorge des mésanges, les points qui étoilent la page du ciel, le silence de tout ce qui perle, de tout ce qui goutte au bout de l’attente.
La langue de mon pays ne suit aucune grammaire.
J’ai seulement appris
que beaucoup de feuilles se froissent pour la répandre dans le monde,
que beaucoup de flambeaux allument ses majuscules dans la nuit.
Je suis l’interprète de son souffle qui roule jusqu’à mes lèvres
quand j’accélère ma course vers Demain.
Je la respecte
en la transcrivant chaque matin
sous un long délié de lumière
qui tremble puis disparaît
pour renaître
à partir de la virgule
de l’instant suivant.
Géraldine Andrée
Ne demeure pas immobile devant la page blanche.
Si tu ne peux rien écrire, va te promener.
Trace ton chemin d’une autre façon.
Géraldine Andrée
Prends soin de ta Vie comme d’une jeune plante. Surveille la germination, la pousse, l’éclosion.
Il existe de nombreux moyens de faire fleurir ta Vie : la méditation, la gymnastique, la marche, le yoga, la peinture, la musique.
Toutes ces pratiques appartiennent à un seul domaine : la botanique de l’âme.
Moi, ma botanique, c’est l’écriture.
Je tiens un petit carnet et je note au jour le jour comment ma Vie s’épanouit : je veille à l’arroser à des heures précises, je surveille la santé des graines, l’apparition du bouton d’or, puis l’éclat de la corolle.
Je suis vigilante en ce qui concerne la moindre tache, la moindre menace de fenaison précoce, le moindre signe d’assèchement.
Mes mots accompagnent ma Vie. Aussi vifs que les rayons du soleil, ils l’encouragent.
Je veux que ma Vie soit haute et vigoureuse car je l’ai définie ainsi.
Tu peux, toi aussi, écrire ta botanique de l’âme.
Prends, si cela te plaît, un petit carnet ; note tout ce qui fait du bien à ta fleur intérieure : quelle musique, quelle couleur, quelle ambiance de qualité ?
Les plantes – c’est connu – poussent mieux dans le calme et la paix. Offre par conséquent à la tienne le présent du silence à fleur d’eau.
Ainsi, la page sur laquelle tu te pencheras au jour le jour sera la fenêtre qui te montrera ton infinie éclosion, quelle que soit la saison.
Géraldine Andrée
Les poètes
ne sont pas
morts
Il demeure
de leur voix
que l’on croit
enfuie
loin
dans la nuit
le feu d’or
d’une feuille
qui éclaire
notre pas
jusqu’à la prochaine
aurore
Géraldine Andrée
Dans le très beau film Quelques heures de printemps, lorsqu’il est demandé à Madame Evrard si elle a eu une belle vie, celle-ci répond :
« C’est ma vie. »
Une vie entièrement vécue avec ses malheurs (un mari difficile, un fils distant) et ses bonheurs (les beautés et bontés du jardin, un voisinage agréable).
Une vie en apparence banale.
Mais une vie unique.
Déclarer ainsi
« C’est ma vie »,
c’est l’accepter telle qu’elle est, sans vouloir rien changer et ce n’est surtout pas se lamenter sur cette pseudo vie rêvée que l’on n’a pas eue.
Peu importent les événements (mariage, naissance, baptême, deuil, chômage, divorce).
L’essentiel est ce que l’on retient des moments avec lesquels on a traversé ces événements : l’éclat des pivoines qui revient à chaque printemps, la botte de radis que la voisine dépose sur le bord de votre fenêtre, la chanson préférée de vos dix-sept ans, les yeux d’émeraude de la chatte dans l’ancienne maison, l’eau de parfum qui fleure bon le muguet les matins…
Faites vous-même votre liste.
Vous pouvez tracer une frise du temps ; y poser des points tout petits – ce sont les événements – et de gros points de couleurs – ce sont les moments que vous nommez un par un, que vous effeuillez sur la vaste rose du temps.
Vous voyez ? La vie, c’est Cela.
Ecrire sa vie, c’est accorder beaucoup plus d’importance au relief de ces moments qu’aux événements.
Ce n’est pas se mentir en proclamant en épais caractères sur la couverture de son livre : « Voici ma belle vie ! »
C’est écrire tout simplement :
« C’est ma vie »,
où d’autres vies se retrouvent, s’entremêlent, se réunissent
dans l’écho d’une page
qui trouvera un rêve pour le porter
plus loin,
vers d’autres témoignages.
Géraldine Andrée
Tu me dis :
« J’attendais que la mer se retire.
Puis, j’allais jusqu’à la presqu’île.
J’entendais crisser le sable mouillé sous mes pieds.
J’étais guidée par chaque étincelle d’écume au soleil. En chemin, je ramassais des algues ondoyantes, de toutes les couleurs, et qui tombaient mollement dans mon seau.
Arrivée jusqu’à la presqu’île, je m’oubliais dans le bleu qui bordait la rive. Je perdais la mesure du temps. Dans cette éternité conquise, je me laissais vivre.
Lorsque la mer m’envoyait de loin ses vagues, je savais qu’il était temps de rentrer.
Je retrouvais la trace de mes pas.
Quand j’avais enfin franchi la frontière invisible qui séparait mon hôtel de la presqu’île, j’ouvrais la porte de la petite cabane.
Là, avec une éponge et du buvard, je posais mes algues recueillies dans leur danse immobile sur du carton blanc.
Puis je les laissais sécher à la lumière de la grande véranda jusqu’au lendemain.
Retrouve-moi sur Internet la pension Saint-Luc tenue par les religieuses, la presqu’île, la cabane et la véranda. »
Longtemps, j’ai parcouru les sites et les photographies. Saint-Luc désigne désormais un complexe hôtelier anonyme. La cabane et la véranda ont disparu. La presqu’île a gardé le même bleu qui tremble comme une algue posée sur la page blanche de l’azur. Mais l’éternité n’est plus.
Je ne sais aujourd’hui qu’une trace : celle des mots menant au souvenir
qui cherche lui-même l’empreinte de ses pas dans un soupir.
Géraldine Andrée
J’ai un jardin
J’ai un jardin dont j’entends tous les murmures
un jardin qui incline ses feuillages sur ma page
un jardin qui m’envoie une plume en guise de signe quand je vous écris
Voilà ma vérité
De ce jardin je fais un cahier
pour que vous n’ayez nul besoin d’une clé pour l’ouvrir au coeur de vos hivers
et pour que vous retrouviez le beau temps annoncé
depuis l’enfance de la lumière
Géraldine Andrée
Tous droits réservés@2018
On se dit souvent qu’on a une mission de vie singulière qu’il nous faut absolument dire, écrire, formuler pour trouver qui l’on est vraiment.
Et si ? Et si l’on n’avait pas de mission de vie ?
Si notre mission consistait uniquement à être là, dans l’instant que l’on apprécie pleinement ?
Aimer ; respirer ; sourire ; écouter ; s’allonger dans l’herbe ; être conscient de la terre qui nous porte ; s’aventurer en rêve dans les couleurs des lisières qui se mêlent sous un pinceau invisible…
Et si notre mission consistait à être en vie pour nous sentir tout simplement vivant ?
Prenez un carnet et écrivez à chaque ligne ce que vous aimez dans l’instant présent ; ce qui vous donne confiance en cette seconde-ci et pas en une autre.
N’est-ce pas cela notre mission de vie à tous, laisser s’exprimer notre vie
dans un humble merci
à Maintenant et Ici ?
Géraldine Andrée