Lorsqu’il n’y a plus personne, je m’entoure de mots tels que « jardin », « lumière », « beauté », « source », « enfance », des mots qui éclairent mon regard quand ils voyagent de la page à mes lèvres, des mots dont le murmure précède le poème et qui deviennent enluminure du silence.
Je veux disparaître dans un poème de Claude Roy où bat à bas bruit à fleur d’herbe et de limon juste à l’instant où apparaît la première note de la source le cœur inaltérable du monde
pourquoi chaque note de pluie quand elle se brise laisse sur la rambarde de la terrasse une étincelle unique pourquoi je me souviens si bien du jardin de jadis les nuits de pleine lune où va le chemin tôt le matin si le bleu de la mer se prépare à me rencontrer lorsque je trempe ma plume dans l’encrier quand viendra l’Ami s’il voit déjà de sa fenêtre la flamme de ma bougie en quoi me réincarnerai-je dans ma prochaine vie : un chat un lys ou peut-être même l’éclat du lapis-lazuli pourquoi je vis en rêve dans un village que je n’ai jamais visité en vérité pourquoi j’entends si précisément le hennissement des chevaux sur sa place et le tintement des seaux à sa source d’où viennent les poèmes qui affleurent le silence et surtout je me demande pour qui j’écris tout cela pour aviver quelle joie et apaiser quelle peine que je ne connais pas
GéraldineAndrée
Je me demande qui a déposé la lueur de cette voix dans mon coeur…