Publié dans écritothérapie, Histoire d'écriture, Je pour Tous, Récit de Vie

L’événement intérieur dans une autobiographie

Comment prendre conscience de l’histoire qui se raconte en nous ?

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Avoir son année

Le succès de la Vie consiste à prendre du plaisir !

Je me souviens de cette difficile année 89. Malgré un travail acharné, je ne récoltais que des notes médiocres.

Je ne savais pas pourquoi j’entreprenais des études si difficiles, pourquoi je me maltraitais tant à vouloir prouver à ma famille que j’étais la meilleure, pourquoi je m’efforçais à être excellente pour ma mère.

Incertaine « d’avoir mon année » comme on dit en langue estudiantine, je me suis dit, un soir d’hiver, en allumant la lampe de ma minuscule chambre sur l’un de mes cahiers noircis :

– Faute d’avoir une réponse à mes problèmes, je vais prendre du plaisir, profiter de chaque instant de mon existence et tant pis pour mes échecs !

Je ne me dépêchais plus autant pour rentrer après les cours. Je me donnais le temps de flâner devant les vitrines éclairées de Noël ; j’appréciais le halo blanc du froid que mon souffle déployait comme une corolle autour de mes lèvres, la douce laine de mes gants et de mon écharpe, mon parfum de pêche Eau Jeune offert par mon oncle et dont je déposais du bout de mon index trois gouttes sur mon col chaque matin avant de fermer mon cartable, le croissant chaud aux amandes que je m’achetais en sortant de mon module de dix heures et dont les miettes dorées tombaient sur mon manteau…

En prenant simplement du plaisir, j’ai lâché prise sur l’envie féroce de réussir ; j’ai goûté le chemin en abandonnant toute velléité de contrôle ; j’ai étudié avec plus de légèreté, de détachement et – vous savez quoi ? –

J’ai eu mon année !

C’est ce que je vous souhaite, ce que je me souhaite aujourd’hui alors que toutes nos certitudes s’effondrent et que le monde semble se dérober sous nos pieds, nous plaçant devant des challenges de plus en plus complexes pour notre avancement :

Avoir toutes nos années de vie parce que l’on aura profité de chaque instant où l’on est vivant !

Géraldine Andrée

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Liberté

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Je me détache comme une feuille

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L’écriture ou la traversée de la glace

On se sent très seul quand on écrit.
On n’est jamais certain qu’il y aura, un jour, quelqu’un au bout de la page…
On est le seul pèlerin dans ce voyage.

Écrire, c’est comme traverser une mer de glace.
Aucune main ne saisira la nôtre pour nous aider à atteindre l’autre côté, d’ailleurs invisible,
noyé dans le blanc infini.
On ne peut poser ses pas dans l’empreinte des pas qui nous précèdent.
On est l’auteur exclusif de la trace qu’on laisse pour soi.

Et pourtant, on a un fil à suivre, celui de l’encre sur lequel les mots perlent.
On évolue ainsi doucement dans l’inconnu, en faisant uniquement confiance à la marque de notre passage qui s’annonce.
Et si l’on cède à la tentation de crier tout ce que l’on a retenu jusqu’à présent, toute cette impuissance qui ne demande qu’à éclater comme un météore dans sa fuite, on se mettra à l’écoute de sa voix dont le vent se fera l’écho jusqu’à l’autre rive.
On touchera la certitude de cette vérité qui s’inscrit en nous et qui ne demande qu’à s’énoncer encore.

Au fur et à mesure de notre progression au milieu du ciel que reflète le silence, les mots battront, telles des lueurs ardentes, tandis que la plume saisira fermement notre main pour que l’on glisse toujours plus loin vers ce point scintillant, là-bas…

C’est ainsi quand l’on traverse la page de glace :
elle est tout l’espace
où notre lumière avance.

Géraldine Andrée

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L’instant de l’écriture

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La volonté d’écrire…

Maintenant
cela suffit
d’être abusée

Elle écrit
ces mots
avec la pointe

affûtée
de la mine
quitte

à transpercer
le papier

Géraldine Andrée

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Méditation sur l’écriture

Je n’ai pas besoin d’arriver quelque part.
Je suis là où je dois être, à cet instant précis,
ma main sur la feuille,
ma plume voguant doucement
vers le mot suivant,
dans un mouvement imperceptible
pour celui qui me voit de loin.
Mon seul objectif
est le souffle de la phrase
qui reprend après le point.
Échec ou réussite
du texte ?
Peu importe.
Le fait que j’écrive suffit à prouver,
à mes propres yeux,
que j’existe.
C’est Tout ce que la vie me demande
maintenant.

Géraldine Andrée

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La fontaine de Damas

Bien que nous partions tôt le lendemain
vers l’aéroport,
nous avons voulu revoir
la fontaine de Damas.

Je me souviens
que nous avons pris un taxi dans la nuit
pour nous asseoir sur son bord
une dernière fois.

Et Elle était là, tout entourée
par les pétales d’or du soir.
Pour saisir ses astres sonores,
j’ai trempé ma main dans l’eau de la vasque.

Son chant a constellé ma paume.
J’ai promis de revenir un an plus tard.
La guerre, hélas,
m’a éloignée de ma promesse !

Beaucoup de voix se sont tues
sous les éboulis.
Je n’ai pas pu refaire le voyage.
J’ai déjà écrit des poèmes sur la fontaine de Damas.

J’en écrirai encore au fil de ma vie
car j’ai compris le miracle
qui demande à advenir
dans mon souvenir.

Certains soirs de silence,
tout entourée par les lumières de la lampe,
ma mémoire se fait vasque
d’où jaillit un poème

qui enchante l’ombre.
C’est moi qui suis devenue
la fontaine de Damas
que ma paume

retrouve intacte
dans la nuit,
malgré les astres
évanouis.

Géraldine Andrée

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L’écriture ou la foi en sa solitude