Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie

Le cahier à clé

Je souhaite réserver ce post à un support unique : le cahier à clé. On le juge désuet et, pourtant, c’est ainsi que l’on représente dans l’imaginaire collectif le journal intime. Démodé et éternel, le cahier à clé est un refuge efficace, un asile rassurant pour la découverte de soi. Dans ce cahier, tout ce que vous écrivez vous est exclusivement réservé et interdit au regard extérieur ; d’où l’importance de l’adjectif intime qui caractérise le journal. Vos pages ne s’adressent qu’à vous-même. La clé donne à vos écrits ce côté secret qui préserve votre territoire psychologique et émotionnel de l’intrusion d’autrui. 

Je me souviens avoir acheté mon premier journal intime à l’âge de quatorze ans. Je revois sa reliure fleurie, sa petite serrure et sa fine clé dorée. J’étais fière de posséder un espace enfin à moi. Je me réappropriais mon pouvoir. J’excluais de ma chambre toute intrusion parentale et familiale. Mon cahier était devenu une autre chambre, “une chambre à soi” comme le dit Virginia Woolf. Je le fermais dès le dernier mot et je cachais la clé dans le tiroir de ma table de nuit. Je n’appartenais plus aux autres. Je ne me sentais plus si effacée, inutile, transparente. J’avais la force d’une voix pour moi – la mienne. Je possédais une richesse que nul ne pouvait me dérober et qui consistait en la faculté de me confier quotidiennement à la page.  

Grâce à cette clé, je commençais à cerner mes limites, à distinguer ce qui m’appartenait et ce qui ne m’appartenait pas dans les jugements que les autres portaient sur moi. Un seul mot et je dessinais les contours de mon identité dont je n’avais eu jusqu’à cette découverte qu’une conscience flottante. Je parlais pour moi ; je m’adressais à moi sans témoin. Je devenais l’auteur de ma vie d’adolescente puisque je pouvais me délester de mes peines et parler de mes rêves pour les concrétiser un peu plus chaque jour. Je partais à la conquête de moi-même. 

Pourquoi ce petit récit ? Pour vous montrer que, peu importe le regard des autres, c’est le vôtre qui compte. 

Aussi, choisissez votre cahier non pas parce vous voulez bien y écrire mais parce que vous vous sentirez bien en y écrivant – et surtout en sécurité, inconditionnellement accepté par la page et donc par vous-même. 

Le cahier à clé est particulièrement indiqué si votre entourage est constamment présent, vous sollicite beaucoup et si vous avez peu d’espace à vous. Il est alors nécessaire de protéger ce que vous écrivez car le but de votre voyage est l’exploration d’une contrée singulière, unique : votre être. 

Et même si vous vivez seul, la clé de votre cahier peut être riche symboliquement pour votre inconscient. Elle peut représenter le seuil à franchir de l’extérieur à l’intérieur de votre être, du monde à votre âme. Le cliquetis de la clé qui fait céder la serrure, le balancement de la chaînette vous rappelleront peut-être une porte qui s’ouvre. 

Alors, posez chez vous – dans votre journal – vos bagages trop lourds, vos jugements, vos croyances, les faux habits qui vous empêchent d’avancer librement parce qu’ils vous serrent trop. Vos pas se font légers. Vous pouvez maintenant avancer ! 

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Poésie

Perce-silence

Cela fait si longtemps que j’écris.
Et soudain, à un instant
que le temps
a choisi,

une réponse
apparaît
dans la neige
de la page,

comme
une première
fleur
qui a persévéré

avec patience
cachée sous
le silence
et voici

que je suis fière
d’intituler
ma feuille
d’aujourd’hui

Perce-silence.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Journal créatif, Méditations pour un rêve, Poésie-thérapie

Pour écrire

Débranche
le téléphone
éloigne-toi
de toutes
les agitations
de cette époque
de tout
ce qui te demande
d’avoir un avis
de prendre parti
dans d’inutiles
dialogues

Puis ouvre
la porte
de ta chambre
où luit
le point
d’or
de la lampe
et entre
dans l’espace
-temps
d’une page
blanche

Pour écrire
c’est-à-dire
converser
avec ton coeur
demeure
au coeur
du silence

Géraldine Andrée

Espace-temps de la page blanche

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Le cahier de mon âme, Poésie

Sans titre

Se pencher devant la page
pour lui confier des peines, des doutes,
des projets, des souhaits,
toutes les interrogations possibles,

puis attendre
une réponse
dans sa blanche lumière.
L’écriture est prière.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Le journal des confins

Voyage

Qu’importe
que je sois seule
dans cette chambre
close

J’écris
J’avance
un mot
après l’autre

en emportant
le murmure
de chaque feuille
avec moi

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie

Le pouvoir des pages

Je crois que ce sont les pages qui m’écrivent,
Qui me font devenir,
Cahier après cahier,
Celle que je suis.

Géraldine Andrée

Publié dans Dialogue avec ma page, Journal de ma résilience, Le cahier de mon âme

Si je n’avais pas écrit

Si je n’avais pas écrit, que serais-je devenue ?
Je ne sais.
Peut-être quelqu’un d’autre.

Mais en écrivant,
je sais une seule chose :
je suis celle qui écrit

sur la valeur
de ce qui passe,
de ce qui traverse

la page
comme cette fourmi
portant un grain de riz,

et chacun de mes cahiers
criblé de questions
sans réponse,

étoilé de poèmes
sans regard,
est un Journal

de mille grâces
dont je suis l’auteur
car j’ai su

lui transmettre
mon signe
de reconnaissance.

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie

Je reviens à la page

Lorsque je ne peux tout contrôler,
que le destin a ses échéances,
lorsque je ne peux rien changer au comportement d’autrui,
que la maladie et la mort ont le dernier mot,

je reviens à la page.
J’y crée des chemins, des jardins,
des poèmes qui annoncent l’aurore
dans le mot Demain.

Je redécouvre mon pouvoir,
ma faculté de détachement
pour suivre, telle la feuille,
l’élan du souffle qui la mène un peu plus loin.

Je cesse de dépendre
des circonstances
pour être heureuse
et, dans le blanc de neige

du papier,
je trouve une rose
en sa floraison
qu’aucune bourrasque n’abrège.

Je sais que le temps de l’encre
m’apporte tous les possibles
et que cet espace
me permet de vivre.

Je puise
dans ce face à face
avec moi-même
de la force,

de l’audace
et je me vois mieux
que dans un miroir,
car j’ai enfin la certitude

que mon âme
accompagne
ma solitude
et elles peuvent bien creuser leur trace,

les rides sur mon visage !
Lorsque je reviens à la page,
que je puise
dans son silence

qui m’accueille
un murmure d’eau vive,
je me sens devenir grande
comme la majuscule

d’une phrase qui commence.

Géraldine Andrée

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Sans titre

Souvent, je me dis :
Il faut que j’écrive
ce que je veux vivre,
donner avec ma plume
de l’élan à ma vérité.
C’est alors
qu’une petite voix
d’enfant
m’interrompt
et me murmure
comme si c’était
un secret
dont je devais
absolument
me rappeler :
Tout est déjà
écrit dans ton coeur !

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Journal créatif

Un signet pour la page la plus belle

Je veux placer un signet pour la page la plus belle de mon journal intime,
celle qui recueille toutes les joies, même les plus minimes,
comme le murmure du vent, le clignement de l’étoile infime
que je reçois comme un signe,
au moment où je cherche à être
comprise,
pour que je retrouve malgré les instants qui se brisent
telle les notes d’une cloche ultime,
les mots de ma mémoire
qui me font croire
à la joie d’un autre chapitre
annonçant déjà son titre
en haut d’une page blanche.

Géraldine Andrée