J’écris
pour faire de mon cahier
une maison en papier
dans laquelle conversent
autour de la lampe
toujours allumée
d’un poème
les amis
réunis
de toutes mes vies
Géraldine Andrée
J’écris
pour faire de mon cahier
une maison en papier
dans laquelle conversent
autour de la lampe
toujours allumée
d’un poème
les amis
réunis
de toutes mes vies
Géraldine Andrée
Géraldine Andrée
Tu attends l’appel de l’amant. Tu te l’avoues : il ne t’appellera plus, ce soir. Et tu as envie de disparaître dans ce profond silence qui te noie.
Reste, reste dans l’instant présent, à fleur de ce monde qui bruit. Passe de ta chambre à ton bureau d’où tu entends la circulation des voitures, assez dense à l’approche de la nuit. Allume la lampe et l’ordinateur. Ou alors, enroule une feuille dans ta machine Remington. Éteins le téléphone, assieds-toi et commence un nouveau chapitre sur ce roman d’amour qu’en fréquentant l’amant, tu as délaissé depuis des mois.
Géraldine Andrée

-Nul besoin d’acheter une formation exorbitante en développement personnel…
-Mais je ne sais rien ! Absolument rien ! Comment aurai-je accès à la Vérité ?
-Prends un stylo Bic ou un crayon de papier
et une page de cahier, sans ligne, de préférence.
Tu verras que cette simple page blanche
aura beaucoup à t’apprendre
sur ta vérité.
Géraldine Andrée

Les mots
te regardent
dans les yeux
pour te dire
de suivre
avec confiance
le fil bleu
de cette phrase
qui se balance
sur le blanc
Géraldine Andrée
Tant pis si je n’y suis pas encore arrivée :
au moins ai-je posé le premier mot sur la page, le premier pas sur le chemin…
Et tant pis si ce chemin est encore long :
au moins ai-je connaissance de la destination…
Et tant pis si la destination me paraît bien lointaine :
au moins puis-je préparer un bagage pour savourer mon voyage…
Et tant pis si le temps de ce voyage dure une vie :
au moins sais-je profiter de chaque instant présent qui le compose…
Et tant pis si toute ma vie est dirigée par ce désir :
au moins aurai-je appris à déployer la voilure nécessaire à ma réussite…
Au pire, tant pis si je n’ai toujours pas réussi
car je me donne l’opportunité de rêver encore plus haut !
Alors, tant mieux
que ce soit tant pis :
ce qui me semble inaccessible aujourd’hui
possède l’éclat de l’astre
qui guide mes yeux
quand il fait trop nuit…
Géraldine Andrée
J’ai longtemps vécu en me définissant par le regard qu’autrui posait sur moi ; en croyant que le jugement que l’autre donnait de moi me décrivait de manière existentielle.
Et pourtant, il est possible de se détacher de cette image que la société, nos proches, nos dits amis nous renvoient et ainsi, d’être libre.
Comment ?
En écrivant.
En écrivant,
j’ai suivi le fil de ma vie avec mon propre regard et j’ai compris qu’il me menait dans le sens de ma résilience ;
j’ai franchi la frontière qui me séparait de mes rêves et de mes désirs les plus pérennes ; je suis allée de l’autre côté, où m’attendait ma vérité ;
j’ai compris les épreuves qui m’ont guidée là où j’en suis et j’ai ainsi pu triompher du silence ;
je me suis donné le droit de crier sur la page en couleurs et en majuscules ;
j’ai appris à souligner ce qui m’était essentiel et à le privilégier dans ma vie de tous les jours ;
j’ai distingué en deux colonnes le passé du présent, ce qui doit être jeté de ce qui doit être gardé – objets, bien sûr, mais aussi valeurs, loyautés, habitudes, relations ;
j’ai tracé les grandes lignes de mon futur en laissant au crayon du hasard ou de la destinée des intervalles blancs suffisamment larges ;
j’ai pris ma place dans mon propre espace qui est celui de la page ;
j’ai découvert des comparaisons pertinentes, des métaphores insolites, des associations d’idées originales et je me suis exclamée, émerveillée comme une enfant qui trouve de splendides jouets dans l’ombre d’un grenier :
– C’est moi, ça,
« ce chemin qui file dans le vent comme de la soie, cette rose d’avril en robe élégante, l’ongle d’or de cette étoile qui s’accroche à l’angle d’une fenêtre, cette rivière de ciel qui se jette à l’embouchure du matin, la lampe de mon âme » ;
j’ai reconnu mon Moi profond avec lequel j’ai conversé ; je n’ai plus jamais eu peur du monde ou honte d’être là car le fidèle miroir de la feuille m’a apaisée.
En écrivant,
je me suis réconciliée avec celle que j’ai toujours été
depuis que je suis née.
Alors, faites de même pour vous ;
écrivez pour vous-même !
Géraldine Andrée

J’aime
la page blanche
car je me demande
ce qu’elle s’apprête
à me révéler
si j’avance
en toute
confiance
et si je disperse
par ma trace
sa vierge
présence :
quelle pervenche,
quelle souche
quelle racine
peuvent apparaître ?
Peut-être
qu’elle cache
quelques
graines
pour les futures
semences…
Alors,
je prends note
des possibles
de la page
blanche
et j’en fais un poème
pour le jour
où je sentirai
que l’inspiration
est absente.
Géraldine Andrée
Depuis le temps que je le désirais, ce silence au coeur de la nuit, le voici !
J’allume la lampe nouvelle.
La maison est calme.
Dans sa paix se mire mon âme.
C’est un instant précieux que celui de voir luire l’encre bleue sous l’ombre de ma plume qui s’allonge pendant que ma main avance dans le blanc.
J’écrirai chaque soir où le noir de cendre tente de recouvrir le feu.
J’irai à la poursuite du mot Rêve qui me fait signe
et dont le point d’or cligne devant mes yeux.
Je déposerai mon souffle sur la feuille qui, déjà, me porte
et m’emporte
vers ce message qui m’attend.
Géraldine Andrée
Quand le livre de votre vie est fini,
laissez quelques pages blanches.
Quand le livre de votre vie est fini,
votre vie, elle, continue.
Aussi, gardez prête votre encre future.
Vous avez écrit toutes vos peines ?
Alors, laissez quelques pages blanches
pour vos joies à venir.
Vous avez raconté toutes vos joies d’autrefois ?
Alors, laissez quelques pages libres
pour celles qui s’annoncent
à la seconde suivante.
Il vous semble que vous êtes parvenu
au bout du récit
de votre existence,
qu’il n’y a plus rien à dire,
que vous avez accompli
tout votre voyage
sur cette terre ?
Laissez quelques pages blanches
pour que quelqu’un y prolonge
votre trace.
Et qui sait ?
Peut-être
la reconnaîtrez-vous
et la suivrez-vous
avec confiance
à votre prochaine
naissance…
Combien de pages blanches,
me direz-vous,
faut-il laisser
en héritage
à vos myriades
de mots ?
Autant que vous voulez !
Et pourquoi pas,
un autre cahier
sur lequel vous inscrirez
votre nom
en guise
de signature
de l’aurore
qui se cache
encore
avant d’apparaître…
Le livre de votre vie s’achève
mais gardez ouverte
la fenêtre
sur le chemin…
Laissez quelques pages blanches
pour les présents
de Demain.
Géraldine Andrée
