Je retrouve le même frottement
lorsque ma plume avance sur le papier
que lorsque je marche sur un sentier.
Je prends alors conscience
que je traverse
ma propre présence.
L’écriture ?
Un passage.
Géraldine Andrée
Je retrouve le même frottement
lorsque ma plume avance sur le papier
que lorsque je marche sur un sentier.
Je prends alors conscience
que je traverse
ma propre présence.
L’écriture ?
Un passage.
Géraldine Andrée
On me dit que, de là où tu es, tu ne lis pas les mots écrits à l’encre.
Alors, je t’écris ma lettre
avec les reflets du soleil dans les verres remplis,
l’herbe sur laquelle l’on s’allonge les dimanches,
les scintillements du lac,
la terre du chemin caché,
l’ardoise rouge des demeures à fleur de colline,
les grains de sable qui s’accrochent aux chevilles,
ces filaments de lumière rendant le ciel captif des branches,
le tremblement de la lune,
les éclats de la chaînette quand s’ouvrent les persiennes,
le souffle d’une vague qui se rapproche de la dentelle…
Je sème, j’égrène, je constelle,
je laisse sur ma page tout ce qui peut être une trace,
y compris un chuchotement qui soulève quelques pétales
dans cet intervalle entre deux pas
pour que, de là où tu es, tu te dises
sans que tu me lises :
Voilà toute
la Vie écrite !
Géraldine Andrée
Je suis attirée par la page comme par l’infini.
Lorsque j’ai joué, ri et dansé sous les étoiles d’été, je reviens à l’encre.
Je profite de la moindre lueur pour noter tout ce que j’aime.
Et lorsque j’ai de la peine,
lorsque je cherche un astre dans la nuit noire,
je trace le chemin d’une phrase sans savoir où il me mène,
quitte à oublier qui je suis,
petit point gris dans la blanche lumière de l’espace
à partir duquel commence l’infini.
Géraldine Andrée
L’écriture est là, même quand je m’en éloigne.
L’écriture m’est fidèle, même quand les obligations, les contraintes, les vicissitudes m’exilent de la page.
L’écriture irrigue mes silences, aussi sûre que le murmure de mon sang sous ma peau.
Elle obéit à son propre courant dont la loi est de couler vers moi, embouchure devenue depuis ma naissance.
Et lorsque le calme revient, que j’entre enfin déchaussée dans ma chambre douce,
je m’en retourne à mes cahiers comme à une source.
Géraldine Andrée
Chaque
mot
est une île
au large
de la page
où je me repose,
je me retrouve,
j’ai tant
de choses
à m’annoncer !
Géraldine Andrée
Je suis riche de tous mes cahiers, qu’ils se présentent sous les titres de Cahiers du matin, Cahiers de l’âme, Carnets de gratitude, Journaux à bulles.
Il y en a de tous les formats – de celui que je glisse discrètement en promenade dans ma poche ou dans mon échancrure à fleur de coeur à celui qui, déployé comme une corolle, recouvre la moitié de ma table.
Cahiers de moleskine à la couverture noire entourée d’une lanière extensible, cahiers souples Clairefontaine, cahiers fleuris de midinettes qui se ferment avec une petite clé dorée… Pages surlignées, quadrillées, piquetées, ou blanches telle une belle matinée de printemps…
Papier de texture épaisse, voire cartonnée, pour mes plus intimes secrets ou si fine que l’encre de mes mots y transparaît au verso comme si je me regardais dans un lointain miroir…
Quand je feuillette tous ces cahiers remplis, je prends à rebours les chemins de ma vie et je m’aperçois qu’ils sont bien souvent détournés.
Je voyage d’une humeur à l’autre. Mon écriture se fait douce, lente et régulière comme la rivière de mon enfance, puis soudain elle s’accélère, tourne sur elle-même, se perd dans ses méandres et je reconnais à ses saccades et à mes taches d’encre mon halètement, mes trébuchements. Une virgule, un point ont été perdus en cours de route, la syntaxe de la phrase est en suspens, ouverte encore, bien que le paragraphe soit achevé, sur tous les possibles.
Je découvre parfois dans la reliure des miettes égarées de pain ou de gâteau sec ou encore le cercle d’une goutte de thé versée à côté…
A la fin de ma vie sonnera l’heure où je me dirai peut-être que j’ai tout écrit.
Alors, je prendrai un fil quasi infini et je relierai ensemble tous ces cahiers que je ne peux relire dans leur totalité. Ce sera, pour ceux qui voudront découvrir l’inconnue que je fus, l’Anthologie de mon Âme.
Géraldine Andrée
Ecrire, c’est mettre en mouvement
de son coeur vers le monde
le sang bleu de la vie.
Géraldine Andrée
J’écris parce que l’écriture est un chemin spirituel qui va de soi vers le monde.
Géraldine Andrée
En pleine guerre mondiale,
sous les salves de la mitraille
à Dunkerque,
mon grand-père maternel
a écrit dans son Journal :
C’est pour mon jardin
que je résiste.
C’est pour les jeunes pousses
qui existent
déjà dans un futur proche
que je survis.
J’ai un jardin à faire fleurir.
C’est pour cela que je me dis :
Ne meurs pas.
Mon grand-père m’a inculqué
la valeur
de croire en un jardin qui dépend uniquement de soi.
Pour moi, c’est le cahier de ce journal
que je tiens comme lui chaque jour
et dans lequel je réécris
ces paroles de foi.
***
Mon grand-père avait une vie très ordinaire :
arrosage des plantes, observation des semis, attente de l’éclosion des tomates.
Dans chaque case du calendrier, il prenait des notes sur la santé du jardin. C’était son journal de vie, en quelque sorte.
Pas d’héroïsme ostensible chez mon grand-père, mais une patience qui se voulait légère, une abnégation joyeuse, une force quotidienne.
Et c’est cet héroïsme anodin, respectant le rythme des fleurs, que je retiens.
Géraldine Andrée