Pour moi, pas de jardin encore.
Alors, je vais le créer sur mon cahier quotidien
avec mes propres couleurs
et, tout au milieu,
mon secret chemin bleu
qui me traverse
quand je ferme les yeux.
Géraldine Andrée
Pour moi, pas de jardin encore.
Alors, je vais le créer sur mon cahier quotidien
avec mes propres couleurs
et, tout au milieu,
mon secret chemin bleu
qui me traverse
quand je ferme les yeux.
Géraldine Andrée
Où va le jour à l’heure du crépuscule ?
Sautille-t-il de violette en violette au bord du chemin?
Est-il ce souffle bleu qui s’échappe des rives -ces lèvres toujours ouvertes sur l’infini ?
Danse-t-il avec l’ombre de la fenêtre ?
Est-il ce silence qui se penche sur le jardin, une fois que l’on a rentré les chaises ?
Suit-il l’ultime lueur de l’abeille parmi les menthes ?
Traverse-t-il de son aile notre mémoire, comme un défunt auquel on songe,
pour annoncer la première étoile ?
Où va donc le jour quand il s’en va ?
Peut-être en toi. Peut-être en moi.
Mais peut-être aussi qu’il se dépose sagement sur les joues
de l’enfant qui s’endort
et qu’il y demeure
jusqu’à l’aurore…
Géraldine Andrée
Je porte en moi l’évidence
que le jardin a existé.
J’en ai gardé la réminiscence
sur chaque feuille
de mon cahier.
Géraldine Andrée
Mon vœu ?
Que chaque mot
De mon journal intime
Ressuscite
Les fleurs
Du jardin
Que le temps
A effacé
Que mon cahier
Devienne
Lui-même
Jardin
Géraldine Andrée
La maison s’est effacée
avec ses fenêtres,
son seuil,
son toit de tuiles brunes.
Elle a emporté avec elle
le jardin aux mille soleils
tout étoilé
de cerfeuil
et de feuilles
autour desquelles
les papillons
sèment leurs lueurs.
Pendant un instant
encore,
la treille
m’a montré ses couleurs.
J’ai recueilli
une larme
qui coulait du coeur
fendu d’une prune.
Et le chat
aux profondes
prunelles
m’a regardée
entre les branches
de la haie
comme si je quittais
ce monde.
Et puis, tout
a disparu tel
le reflet
d’une bulle
qu’emporte
un souffle
d’enfant
qui joue.
A la fin,
il n’y avait plus
que moi
seule
avec le temps.
Géraldine Andrée
Sur la page
de mon livre
se déposent
une lueur
ou une brindille
semées par le vent,
un grain de terre
que soulève
le pas du promeneur,
une poussière
– d’étoile
peut-être ? -,
une feuille sèche
qui a bien éclairé
la saison,
une fourmi qui cherche
un mot
à porter sur son dos…
Je demande,
pour tout le temps
qu’il m’est donné
de vivre,
d’être moi aussi
une page
sur laquelle tombent
tous les présents
possibles.
Géraldine Andrée
J’écris chaque jour
en prêtant attention
à l’encre brillante
de mes mots
comme je me penchais
jadis
sur l’éclat
des jeunes pousses…
J’écris chaque jour
pour demeurer
fidèle
au jardin.
Géraldine Andrée

C’était un jardin
si brillant
au soleil
que l’eau
des fontaines
a débordé
de mes yeux
et que ma joie
a fait s’écouler
ma peine
en quelques
mots
C’est beau
Géraldine Andrée
J’ai acheté aujourd’hui
dans une petite
papeterie
un carnet en vélin
pour y noter
toutes
les gouttes
que l’arrosoir
sème
sur la route
d’herbe
à la tombée du soir
Géraldine Andrée
Tu me dis :
« Je sais un jardin magnifique au coeur de la ville.
Le jardin de Beaujour.
Les corolles des fleurs sont tellement ouvertes que tu crois qu’elles te regardent.
Il faut que tu y ailles
en dehors de ton travail. »
Je me suis levée tôt un dimanche de printemps.
J’ai pris le tram.
Et j’ai cherché, cherché longtemps,
à en avoir le vertige,
déambulant dans les ruelles,
de soleil en soleil.
Puis j’ai demandé à un passant
s’il connaissait un tel jardin.
Il m’a répondu :
« Mais Madame ! Ce jardin n’existe pas ici ! »
Alors, je suis revenue sur mes pas.
Je sais un jardin au coeur de ta mémoire,
dont le souvenir tremble comme une corolle
détachée de sa tige
par le souffle du temps
et qui se lève
puis s’envole
vers chacune de tes paroles
qui ravive
son nom.
Géraldine Andrée