Je dédie ma vie
au Poème
et je dédie mon poème
à la Vie.
Géraldine Andrée
Je dédie ma vie
au Poème
et je dédie mon poème
à la Vie.
Géraldine Andrée
Elle reviendra, la lumière, dans l’ancienne demeure.
Elle sèmera ses pétales d’or sur le fauteuil, la crédence, le tapis
et on croira que la jeune Annie
depuis longtemps partie
sera rentrée de promenade,
chargée de mille fleurs.
On retrouvera le chant de source du silence
à partir duquel la vraie joie commence
et lorsqu’on passera devant le miroir,
on reverra le visage de notre enfance,
celui d’avant la conscience de l’adieu
et du sourire que l’on garde à jamais en mémoire,
au-delà des yeux.
Elle reviendra, la lumière,
aussi inattendue qu’un étincelle qui s’allume
au coeur de ce que nous fûmes.
Il faut juste croire
en la grâce
que cache
la patience.
Géraldine Andrée
Je n’entends plus ton pas
dans l’escalier
Tu ne sonnes plus
pour m’apporter
un panier de présents
Tu entres désormais
avec la lumière
du matin
de manière
si furtive
que j’ignore
si c’est le soleil
qui te fait apparaître
ou si c’est toi
qui fais apparaître
le soleil
Tout ce que je sais
c’est qu’il faut
que je me lève
et que je vive
parce que
ces quelques
gouttes
de rosée
que tu m’as laissées
peut-être
en guise
de présent
sur la fenêtre
me montrent
de façon éclatante
qu’il est temps
Géraldine Andrée
Dans mon petit cahier
il y a les vacances à la mer
les ondulations de la lumière
les rires de la promenade
le temps qui s’invente un air léger
à la crête des vagues
et la brise qui dépose
au seuil de la nuit
sa corbeille de senteurs
pour les étoiles qui se sentent seules
Dans mon petit cahier
il y a l’infini
Géraldine Andrée
La maison s’est effacée
avec ses fenêtres,
son seuil,
son toit de tuiles brunes.
Elle a emporté avec elle
le jardin aux mille soleils
tout étoilé
de cerfeuil
et de feuilles
autour desquelles
les papillons
sèment leurs lueurs.
Pendant un instant
encore,
la treille
m’a montré ses couleurs.
J’ai recueilli
une larme
qui coulait du coeur
fendu d’une prune.
Et le chat
aux profondes
prunelles
m’a regardée
entre les branches
de la haie
comme si je quittais
ce monde.
Et puis, tout
a disparu tel
le reflet
d’une bulle
qu’emporte
un souffle
d’enfant
qui joue.
A la fin,
il n’y avait plus
que moi
seule
avec le temps.
Géraldine Andrée
Sur la page
de mon livre
se déposent
une lueur
ou une brindille
semées par le vent,
un grain de terre
que soulève
le pas du promeneur,
une poussière
– d’étoile
peut-être ? -,
une feuille sèche
qui a bien éclairé
la saison,
une fourmi qui cherche
un mot
à porter sur son dos…
Je demande,
pour tout le temps
qu’il m’est donné
de vivre,
d’être moi aussi
une page
sur laquelle tombent
tous les présents
possibles.
Géraldine Andrée
Ton pays ne figure sur aucune carte d’état-major
Aucune pancarte ne l’indique quelle que soit la route
On ne trouve pas de photo de lui sur Google Earth
Et pourtant je sais
son murmure de feuilles vives
le rire de ses cascades qui courent avec la brise
la couleur de sa terre dans la paume
la lumière que des oiseaux aux étranges plumages
annoncent très tôt
C’est comme si j’avais goûté ses fruits
croisé ses animaux sauvages
caressé son rayon de lune sur mon épaule
Pour ton pays nul besoin
d’un ticket de train
ou d’un numéro de porte d’aéroport au petit matin
Ton pays n’a ni tracé ni nom
mais sa langue déborde du silence
de ma chambre
pour me parler de la joie
de m’y rendre
Ton pays est en moi
Géraldine Andrée
Quand j’écris
la rive s’efface
dans l’océan
Géraldine Andrée
J’entends sonner un très ancien carillon
dont les quelques notes grêles
si je tends bien l’oreille
font rouler leur écho
comme des perles
le long d’un rayon de soleil
un carillon qui sonne ce temps passé
où vivait encore Claire aux cheveux blonds
aux larges colliers
et au sourire secret
Géraldine Andrée
La mer
tourne
doucement
ses pages
et annonce
au monde
à chaque
seconde
une phrase
nouvelle
qui brille
dans le soleil
Géraldine Andrée