Publié dans écritothérapie, Créavie, Histoire d'écriture, L'espace de l'écriture, Le temps de l'écriture

Réflexions sur l’écriture

L’écriture est un miroir qui possède le merveilleux pouvoir

de refléter toutes les choses, tous les êtres disparus

et de me montrer dans le cadre de la page

combien ils me regardent.

*

Quand j’écris, je me demande toujours :

– Est-ce moi qui revis pour les souvenirs

ou sont-ce les souvenirs qui revivent pour moi ?

C’est un peu des deux, je crois.

*

Quatre lettres

– MOTS –

aussi frêles qu’une patte d’oiseau

posée au bord de la page,

comme si c’était une fenêtre…

L’écriture est la trace

qui précède l’envol.

Géraldine Andrée

Publié dans Histoire d'écriture, Journal de la lumière, Un troublant été

Atelier d’écriture créative 4 : Elle voulait écrire le plus beau poème du monde

Elle voulait écrire le plus beau poème du monde.

Alors, elle partit en quête de tout ce qui l’inspirerait. Elle emprunta à la bibliothèque un livre de métrique et de figures de style. Elle lut beaucoup de poètes mais elle abandonna les ouvrages, découragée. Jamais sa voix ne pourrait parvenir à la hauteur de tout ce que ces noms si célèbres exprimaient !

Elle acheta pourtant un superbe cahier, espérant que sa couverture de luxe lui inspirerait le poème parfait. Elle s’appliquait ; elle descendait loin, dans le puits profond de tout ce qu’elle avait appris à ses cours universitaires d’écriture. Mais elle ne ramenait dans le seau de sa mémoire que des images ternes, sans éclat – telles les piécettes éteintes d’un chimérique trésor.

Alors, elle recommençait sa quête éperdue, parce qu’elle voulait écrire le plus beau poème du monde.

Et le nouveau poème lui déplaisait car il n’était qu’une variation du précédent.

Une nuit, épuisée par l’insomnie, elle arracha de son beau cahier chaque page satinée qu’elle chiffonna de rage puis jeta dans la corbeille d’osier. Il ne restait plus que la reliure à laquelle s’accrochaient quelques lambeaux de papier.

Elle garda les volets clos, ne sortit plus.

Elle voulait se cacher pour attraper tranquillement dans l’ombre de sa chambre (comme un papillon descendu du soleil, croyait-elle) le plus beau poème du monde – ce monde qui, dehors, continuait à vivre, à tourner – sans elle.

Les bateaux remontaient le détroit bleu.
La brise blondissait en ce printemps, comme des cheveux de jeune fille.
Le sable chaud collait aux pieds.
Le vieux port s’animait, avec toutes ses terrasses déployées.

Mais elle ? Son regard se brouillait, sa peau s’asséchait. Elle était hirsute. Malgré son réfrigérateur vide, elle rêvait toujours d’écrire le plus beau poème du monde.

Ses seules promenades consistaient à compter le nombre de pieds dans ses vers ébauchés. Hélas, ceux-ci claudiquaient ! Son oreille en était exaspérée…

Un matin, la sonnette insista. Deux fois, trois fois… Qui cela pouvait-il être ? Elle n’éprouva pas la moindre curiosité, pas le moindre sentiment d’urgence.

Quatre fois, cinq fois… Les notes de la sonnette accéléraient leur course dans le couloir noir.

Que lui voulait donc le monde, puisqu’il n’était pas capable de lui apporter son plus beau poème ? Seul lui importait le fait qu’elle reçoive le premier prix du concours de la Pléiade, une médaille enrubannée de rouge et de mauve, à la fin de l’année.

Elle n’avait pas le temps d’aller ouvrir. Six fois, sept fois… L’écho de la sonnette retentissait dans sa tête, crevait ses tympans, harcelait son esprit. Excédée, elle se précipita vers la porte pour laisser éclater sa colère contre l’importun qui la dérangeait ainsi.

Dans l’embrasure, elle fut saisie. C’était son amie Kate qui paraissait horrifiée par son apparence – sa chemise de nuit tachée, ses cheveux emmêlés…

– Mais enfin, Sophie ! Que t’arrive-t-il ? J’essaie en vain de te joindre sur ton portable. Comme je tombais toujours sur ton répondeur, je me suis dit : Je vais sonner chez elle…

Son portable… Depuis combien de lunes était-il éteint ?

– Depuis combien de temps ne t’es-tu pas lavée et habillée ? Renchérit Kate. Tu sembles souffrir d’une dépression… Il me paraît sage de t’emmener chez le médecin.

– J’essaie… J’essaie d’écrire le plus beau poème du monde… Balbutia Sophie.

Aussitôt, Kate comprit. Artiste dans l’âme et peintre désormais reconnue dans son milieu, elle savait ce que c’était que de chercher à poser sur la toile la sublime touche de couleur – celle qui était la plus riche et la plus nuancée… De telles exigences avaient tari son inspiration. Elle avait mis beaucoup de peine à guérir. Pleine de commisération, Kate dit à son amie, en entourant les épaules de celle-ci :

– Laisse-moi entrer ! Je vais m’occuper de toi !

La silhouette amaigrie de Sophie s’écarta pour laisser passer Kate, son amie de toujours qui lui fit couler un bain où brillaient des bulles de mousse. Les volets furent ouverts ; la chambre fut aérée et un thé préparé avec ce qu’il restait de sucre.

– Allons ensemble au marché ! C’est samedi !

Samedi ? Comment avait-elle pu oublier les jours ?

La place étincelait dans la blanche lumière de l’été. Les rumeurs et les mouvements des gens l’étourdirent.

Tous ces fruits, tous ces légumes sur les étals… Quelle explosion de couleurs ! Les deux amies remplirent le panier. Bouquet de thym, patates douces, pêches rondes, colin beige, carottes pourpres…

Elles cuisinèrent ensemble, bavardant avec complicité comme au temps de leur adolescence. Kate, fiancée, imaginait un amoureux pour Sophie qui osa ouvrir au large les battants de la porte-fenêtre donnant sur la terrasse… Qu’elle était bleue, l’échancrure de la mer entre les rochers, là-bas !

Une fois la table et les chaises de formica nettoyées, le déjeuner fut servi – dehors. Le soleil entourait de son trait d’or les carottes tandis que la sauce au romarin gardait inscrite en son onctueuse épaisseur cette phrase que la douce cuisson dans la casserole lui avait imprimée. Le vin, quant à lui, avait épousé la robe de la lumière. Le poisson se détachait tendrement sous les légumes. Les patates douces fondaient dans la bouche, dépouillées de leur peau brune.

Les cheveux de Sophie flottaient au vent. La chaleur faisait perler quelques gouttes de sueur sur son cou. Kate, elle, riait en renversant la tête, au souvenir de leurs histoires de jeunesse.

C’est alors que Sophie, soudain, comprit :

Elle avait attrapé le plus beau poème du monde !

Celui-ci s’était écrit tout naturellement en elle. Ce poème, c’étaient le déjeuner sur la table de la terrasse, l’amitié, le point incandescent de la cigarette de Kate et ces frêles bouffées qui dansaient dans le silence, entre chaque anecdote que l’une rappelait à l’autre.

Cet instant était assurément le plus beau poème du monde.

Ce soir, Sophie prendrait dans son journal délaissé de simples notes de ce qu’elle avait vécu – sans se soucier d’une quelconque esthétique, d’un quelconque effet stylistique.

Et qui sait ? Chaque instant vécu, la vie faisant, deviendrait peut-être une œuvre…

Et toi ?

N’essaie pas de produire une œuvre parfaite ! Vis ! C’est ton art de vivre qui nourrira ton art – et non l’inverse ! Note dans ton cahier de gratitude ces instants esthétiques dont tu profites pleinement sans te soucier de t’exprimer avec perfection. Ceux-ci alimenteront plus tard ton inspiration. Recherche d’abord l’excellence dans ce que tu vis… L’excellence dans ce que tu crées viendra ensuite !

Géraldine Andrée

Publié dans Atelier d'écriture, écritothérapie, L'espace de l'écriture, Un cahier blanc pour mon deuil

Atelier d’écriture thérapeutique 5 : L’écriture du deuil

L’accompagnement du deuil par l’écriture

Lorsqu’on se retrouve en deuil, on a envie de rester figé, à l’image du défunt. Et pourtant, paradoxalement, cette perte nous incite à nous mettre en mouvement… Démarches administratives, choix de la cérémonie… Les contingences de la réalité de la mort nous obligent à nous mettre en action.

Le parfait exemple est le film Voyage en Chine 1 de Zoltan Mayer, avec Yolande Moreau comme actrice principale.

Lorsqu’elle apprend le décès de son fils en Chine, Liliane – incarnée par Yolande Moreau – initie, dans le but premier de rapatrier la dépouille, ce long voyage au cœur du Sichuan où sera organisée finalement la cérémonie funéraire. Arrivée là-bas, Liliane commence un dialogue avec son feu fils par l’écriture, sur un cahier vierge où elle note tous les regrets qu’elle éprouve envers lui – ne pas être venue en Chine plus tôt, ne pas avoir fait l’effort de mieux le comprendre, ne pas avoir passé ensemble des moments de complicité -, tous ces petits deuils compris dans le grand deuil.

Puis, lors de la crémation du corps selon le rite taoïste, c’est encore une fois l’écriture qui symbolise le mouvement du deuil – par l’intermédiaire de la calligraphie. Une carte du corps du défunt est dessinée sous forme de paysage auquel le daoshi (prêtre taoïste) met le feu. Les flammes, en dansant autour d’elles-mêmes, lèchent les motifs de couleur. Tout ce qui représentait le fils de Liliane disparaît alors dans un tournoiement d’or.

Outre la perte d’un être cher, on est toujours en deuil de ce qui n’évolue plus, de ce qui est destiné à disparaître, faute de pouvoir se transformer ( rêves, projets, métier, activités, possessions, relations…).

C’est ainsi que j’ai réalisé, moi, Un Cahier blanc pour mon deuil 2 où j’ai écrit, sous forme de poèmes, tout ce qu’impliquait le départ définitif de mon père, dont notamment, les atmosphères de mon enfance que je ne retrouverais plus jamais (la cuisine, le soir, quand Il était là et qu’Il lisait son journal, les dimanches où Il bricolait tandis que je faisais mes devoirs, les arrière-saisons dans le jardin, quand Il ramassait les branchages…).

Par le déplacement de la plume sur la page, l’écriture accompagne cet inéluctable mouvement à travers la vie qu’est le deuil.

Pour cela, vous pouvez organiser avec votre stylo, sur du simple papier, une cérémonie funéraire au sujet de tout ce qui n’avance plus dans votre vie et auquel vous devez, par conséquent, dire adieu.

Notez SOUS FORME DE BULLET-JOURNAL ce dont vous devez faire le deuil :
  • Répertoriez tout ce que vous avez tant aimé, tant chéri dans la présence de tel projet, de tel bien, de tel état : « J’aimais tant cette maison. Elle était si spacieuse. Je n’oublierai jamais le matin, quand la lumière entrait par ses larges baies. » « Cet atelier d’art m’a redonné de l’élan quand la dépression me guettait. Grâce à lui, j’ai su que l’existence pouvait redevenir colorée.« 
  • Puis, faites le constat de ce qui n’évolue plus, de ce qui a cessé de croître, voire de ce qui régresse : « Cette maison me coûte si cher que je ne peux plus partir en voyage. Dans ce vaste espace, j’ai l’impression de rester cloîtrée. En vivant dans une maison qui est au-dessus de mes moyens parce qu’elle est bien trop grande, je n’expanse plus mon existence. » « J’ai cessé d’apprendre de nouvelles techniques dans cet atelier. Je tourne en rond autour des mêmes centres d’inspiration. Je répète invariablement les mêmes clichés. Ce n’est pas ainsi que je vais peindre mon propre tableau, celui qui correspond à celle que je suis devenue. »
  • N’hésitez pas à être aussi exhaustif que possible quand vous décrivez les raisons pour lesquelles vous étiez attaché à ce dont vous devez vous détacher aujourd’hui – et souvent, pour les mêmes raisons. Utilisez des phrases explicatives, des tournures comme car, parce que, puisque, ainsi… Détaillez vos ressentis sensoriels et émotionnels par des adjectifs précis, qui correspondent à votre vécu, et développez le vocabulaire de la subjectivité : j’aime/je n’aime plus/j’affectionnais/je déteste/ à mes yeux/cela me semble/je pense que. Vous pouvez même recourir à des questions rhétoriques dont la réponse sous-entendue vous placera face à l’évidence du choix du renoncement : « Est-ce bien raisonnable de dépenser toutes mes économies pour l’entretien de cette maison ? Mon non-épanouissement en est-il le prix ? » « N’y a-t-il vraiment que cet atelier d’art dans cette ville si culturelle ?« 
  • Faites ensuite la liste à l’intérieur de ce deuil de tous les petits deuils qu’il implique, aussi nombreux soient-ils : « les fêtes entre amis sur la terrasse », « la floraison du jardin », « les réunions entre artistes le samedi après-midi », « la compagnie d’Anne-Va, le fait que nous nous copiions mutuellement. C’était si amusant ! » Demandez-vous si ce n’est pas possible de recréer de tels moments dans un autre contexte, bien différent, qui vous permettra d’enrichir l’expérience que vous avez connue initialement et de l’éclairer sous un jour nouveau : « Je peux découvrir le jardin du Montet où je ne suis jamais allée et m’attabler à sa petite guinguette avec mes amis… Je n’aurai plus à m’occuper de rien !« 
    « Pourquoi ne pas inviter Anne-Va à peindre chez moi le jour où les enfants sont à leur club de sport ? »
  • Enfin, rendez grâce à tout ce dont vous devez inexorablement vous séparer. N’oubliez pas : si telle chose, tel être vous cause tant de tristesse maintenant, c’est parce qu’elle/il vous a apporté beaucoup de joie, de plaisir dans le passé. Ainsi est « le deuil éclatant du bonheur« , pour reprendre l’expression de Madame de Staël. Créez votre page de gratitudes et écrivez chaque remerciement avec une couleur particulière : « Merci, maison, de m’avoir apporté tant de soleil et les jours de mauvais temps, de m’avoir protégée des intempéries », « Merci, atelier, de m’avoir enseigné les théories et les techniques nécessaires à la poursuite de mon art ». Adressez-vous directement à la situation, à l’objet par le pronom personnel « tu« . Ne craignez pas d’employer l’apostrophe dont la tonalité emphatique vous permettra d’exorciser votre douleur : « Ô, Maison ! Tu fus un refuge pour mon âme quand elle allait mal ! »

Une fois ce rituel d’adieu accompli, laissez partir ce dont vous devez faire le deuil au-delà du papier, au-delà de vous-même.

En effet, ce que vous ne laissez pas s’en aller loin de vous hantera votre esprit puis votre corps par la somatisation. Tout votre être risque de devenir un sépulcre si vous ne tracez pas le chemin du deuil dont la destination est pourtant un nouvel horizon.

Alors, levez et pliez la page sur laquelle vous avez accompli les cinq exercices précédents comme si vous érigiez une maison en papier (faites de la bordure du haut un toit ; de la marge, un mur porteur ; des carreaux, un assemblage de fenêtres correspondant à vos séparations) et, à la manière du daoshi, brûlez-la en la regardant doucement se consumer.

Si ce n’est pas possible – faute d’endroit et de sécurité adéquats -, posez votre maison en papier dans une boîte – à chaussures, par exemple – et enterrez-la dans un recoin reculé.

Si ce n’est toujours pas possible – vous n’avez pas de jardin ou il vous faut une voiture pour atteindre un coin tranquille, loin de la ville, alors que vous n’êtes pas motorisé, par exemple -, déposez la maison en papier dans un tiroir que vous n’ouvrez jamais, dans une armoire secrète ou en haut d’une étagère.

Puis, vivez
en avançant d’instant en instant
et en écrivant jour après jour
comment vous allez…

Géraldine Andrée

1 Une traversée initiatique du deuil

2 Un Cahier blanc pour mon deuil

Publié dans Poésie, Poésie-thérapie, Un troublant été

Je suis une enfant de l’été

une enfant de la lumière qui danse sur les branches du noisetier

une enfant des glaces à la pêche et à la vanille

une enfant de la vague qui se faufile la maligne entre les lanières des sandales

une enfant de ce baiser partagé au bord de la fontaine tête renversée

une enfant des prunes éclatées

une enfant de cette histoire d’amour derrière les persiennes closes

une enfant du jardin que la chaleur rend muet

une enfant des roses arrosées tôt et dont la constellation de gouttes brille avant d’être éteinte par le soleil d’août

une enfant des herbes folles qui dispersent les paroles

une enfant des ombres entremêlées qui s’attardent sur le sentier bleu ajoutant à l’instant un mot d’adieu

une enfant du premier poème tapé à la machine à écrire Royale

et de sa feuille détachée du rouleau tel l’ultime pétale

C’est la rentrée

Il te faudra exister même quand les jours seront courts

garder dessiné en toi ce sourire d’aujourd’hui

pour que tous les hivers à vivre te soient infiniment doux

Géraldine

Publié dans Atelier d'écriture, écritothérapie, Ecrire pour autrui, Grapho-thérapie, Histoire d'écriture

Je vous écris depuis ce pays

Voyage au pays de la dyslexie

Beaucoup de personnes dyslexiques croient qu’elles n’ont pas le droit d’écrire leur autobiographie parce qu’elles sont dyslexiques.
Je dirais que c’est parce qu’elles sont dyslexiques qu’elles ont le droit – et même le devoir – d’écrire leur autobiographie.

En effet, il n’y a pas de témoignage plus poignant que celui qui consiste à évoquer son mal à dire, pour la bonne raison que c’est de la confrontation avec l’indicible que naissent les ouvrages les plus évocateurs sur le fascinant chemin de la résilience. Je vous renvoie pour cela à mon billet Le cahier de l’indicible.

Je crois profondément que ce mal à dire propre à la dyslexie est provoqué, en vérité, par la société elle-même qui crée des codes d’écriture inhérents à son fonctionnement, somme toute, bien artificiel. Or, n’oublions pas que, dans ce domaine, le maître mot est relativisme. Pourquoi ? Car, tout simplement, d’autres cultures écrivent autrement. Par exemple, nous écrivons, dans notre société occidentale, de gauche à droite, selon notre perception linéaire du temps. Mais d’autres cultures perçoivent, elles, le temps comme étant circulaire (de même que les théories de la physique quantique qui corroborent la thèse selon laquelle le temps se multiplierait à l’infini en anneaux, boucles ou spirales). En outre, les cultures orientales pratiquent, elles, la graphie de droite à gauche. Vous pouvez essayer d’écrire ainsi. Tentez l’expérience ! Vous verrez que votre écriture sera particulièrement riche en réminiscences sensorielles parce qu’une partie de votre cerveau, davantage sollicitée, vous permettra de lâcher prise sur les normes conventionnelles, laissant ainsi s’exprimer votre inconscient sur la page.

Si les personnes dyslexiques se sentent mises sur la touche par notre société, c’est parce que leur façon de dire et de représenter le réel n’entre pas avec les critères traditionnels en vigueur. Elles sont, par conséquent, enfermées dans des préjugés ou des pensées limitantes venus de l’extérieur qu’elles introjectent malgré elles. Or, comme le dit, le docteur Olivier Reval dans son ouvrage La Fabrique à bonheurs :

« Les enfants dys sont des enfants intelligents qui souffrent de ne pouvoir ni le montrer, ni le prouver. Leur capacité d’apprendre est différente, leur volonté d’apprendre est identique. » 

Autrement dit, la société doit changer son regard sur la dyslexie et respecter le fait que d’autres individus empruntent des chemins différents vers la connaissance de soi et du monde. C’est à la société d’entrer dans le pays de la dyslexie et non à la dyslexie de tambouriner aux portes de la société pour faire entendre sa voix unique.

Malheureusement, comme il est dit dans l’ouvrage que nous avons coécrit ensemble, Axel Ménard-Burgun et moi, la dyslexie est

Pourtant, si le pays de la dyslexie existe, il est riche, comme tout pays, de sensations, d’émotions et de sentiments que chacun gagnerait à découvrir. Et ce pays, c’est celui du cœur à partir duquel la personne dyslexique peut écrire, parler, s’adresser à ses frères humains, selon l’expression de l’écrivain Albert Cohen. Or, qu’y a-t-il de plus profondément intime qu’un cœur ? Si l’on n’est pas en contact avec ce cœur, le langage n’est d’aucun secours. Il fonctionne comme un système stérile, dénué de sens, c’est-à-dire de signification et de direction.

L’autobiographie est l’endroit où peut s’exprimer ce cœur.

Comment, concrètement ?

Les recherches en neurosciences prouvent aujourd’hui qu’il existe plusieurs formes d’intelligence – dont une intelligence capitale, celle qui permet de se relier aux autres au-delà de la simple communication, l’intelligence émotionnelle.

Ensemble, nous allons, vous et moi, relater dans votre livre de vie ce voyage à travers cette intelligence émotionnelle dont une personne dyslexique est richement dotée. Nous mettrons donc l’accent sur votre paysage sensoriel et émotionnel. Je vous livre ici quelques pistes d’écritothérapie possibles:

  • Pour que vous puissiez vous sentir en sécurité dans notre processus d’écriture, nous allons partir d’un lieu – imaginaire ou réel ; passé, présent ou futur – où vous percevez votre paix, un lieu-refuge d’où tout jugement et toute auto-critique sont bannis. Nous n’hésiterons pas, pour cela, à convoquer un dessin, une image, un tableau ou à vous permettre de vous relaxer en fermant les yeux, afin que vous puissiez mieux vous représenter ce pays de sérénité absolue.
  • Si la dyslexie est/ a été vécue comme une douleur par les différents types de rejets sociaux qu’elle a engendrés, nous pourrons exorciser cette douleur avec des onomatopées, des comparaisons brutes, jamais censurées, des jeux sur les sonorités : « Le serpent s’enroule autour de ma langue. Langue ligotée. Langue ligaturée. Langue à délierQuand les langues se délient, elles sont libres. Je rêve d’une langue déliée. » 
  • Dans ce cas, nous pouvons délier cette langue en rendant aux émetteurs leurs messages négatifs sous forme de dialogue théâtral ou de lettre fictive que nous intègrerons éventuellement dans votre livre de vie.
  • La dyslexie étant éprouvée de l’intérieur avant d’être perçue par l’extérieur, votre sensibilité aux stimuli négatifs et positifs est supérieure à la moyenne. Nous cheminerons ainsi sur la route de vos émotions en les assimilant à des sensations concrètes : le sel de mon envie de vivre, le picotement de la joie, le rouge abricot de l’espoir, la peau de mon chagrin, la ronde des papillons noirs de la peur, l’alezan de ma colère…
  • Dans le pays de la dyslexie, rien n’est interdit ; tout est autorisé, inconditionnellement accepté, y compris les néologismes les plus fous. Alors, on laisse de côté les règles orthographiques et syntaxiques trop bloquantes ; on oublie le censeur que l’on perçoit dans le regard d’autrui pour laisser libre cours à l’exploration du langage. Aussi, on n’hésitera pas à faire d’une erreur langagière une opportunité de créativité, une ressource poétique inattendue qui a tant à nous révéler sur l’univers de l’esprit. « Deumain a deux mains, les miennes. »

Toutes ces marques originales de votre être peuvent jalonner votre aventure de vie, faite non seulement de défis, mais aussi de victoires.

Je pense que le pays de la dyslexie nous montre à tous le moyen de nous réinventer, de sortir des cadres trop conformes, des marges trop sclérosantes, des lignes trop limitantes pour donner à notre parole un nouvel envol vers autrui. Il développe la générosité inhérente à la curiosité.

Alors, jouons. Débordons des marges. Échappons-nous des cadres. Avançons entre les lignes afin que votre autobiographie évoque la vie de votre voix avant tout.

Les personnes dyslexiques qui nous précèdent dans ce voyage nous tracent la route !

Si vous souhaitez découvrir un itinéraire singulier qui mène au pays d’où l’on écrit, écoutez ce que ce cœur a à vous dire :

Géraldine Andrée

Publié dans Atelier d'écriture, Au fil de ma vie, écritothérapie, Ecrire pour autrui, Histoire d'écriture, L'espace de l'écriture, Le livre de vie, Poésie-thérapie

What’s your story ?

Et toi ? Quelle est ton histoire ? Je peux t’aider à la choisir et à l’écrire !

« Comment retrouver le fil de sa vie ? Mot après mot, en se confiant à la page, en la considérant comme un miroir qui nous permet de mieux nous connaître. Au fil des exercices proposés, vous parviendrez à devenir l’auteur de la vie que vous souhaitez, autrement dit de votre propre histoire. »

Géraldine Andrée

Publié dans Atelier d'écriture, écritothérapie, Histoire d'écriture, Je pour Tous, L'espace de l'écriture, Le temps de l'écriture, Poésie-thérapie

Atelier d’écriture thérapeutique 2 : Écris

Écris avec des lettres frêles comme des pattes de mouche ou en te laissant porter par l’ample vague d’un délié ;
Écris le jour ou la nuit ; sous la lampe de ta chambre ou sous le soleil de midi ;
Écris bien à l’abri ou au milieu des remous du monde ;
Écris sans penser à rien puis capte la sensation qui vient ;
Écris tantôt à gauche, tantôt à droite avant de trouver le juste milieu ;
Écris à l’intérieur de tes limites ; écris en franchissant toutes les lignes de sécurité ;
Écris bien sagement sans envahir les bords de la page puis écris pour faire reculer les marges ;
Écris dans la nuit en avançant vers le blanc ;
Écris en effaçant le mot de trop ; écris en ajoutant un détail oublié ;
Écris jusqu’en bas et remonte vers le haut de la feuille pour trouver la cime invisible ;
Écris penché sur la page comme sur la terre mais écris tout de même à ciel ouvert ;
Écris parce que tu es seul ; écris parce que tu ne veux plus rester seul ; écris parce qu’il est important de tendre un fil entre les autres et toi ;
Écris dans le silence ; écris pour prendre ta revanche sur l’indicible ;
Écris afin de rester centré ; écris afin de te laisser dériver toujours plus loin ;
Écris et rature, comme le promeneur recouvrirait son pas de fétus ; ensuite, réécris ce qui doit subsister malgré tout en tant que trace ;
Écris pour confier tes soucis à la gomme du temps ;
Écris car c’est essentiel, bien que ce soit inutile aux yeux de la majorité des gens ;
Écris pour tous ceux que tu ne rencontreras jamais, ces intimes inconnus ;
Écris car ton cœur se vide par ses fêlures ; écris car chaque trait est une cicatrice ;
Écris jusqu’à ce mot ultime que tu ignores parce que tu n’es pas arrivé au bout ; écris pour qu’au moment de ta disparition, demeure la Vie,
rien que la Vie.

Géraldine Andrée

Publié dans Histoire d'écriture, Le journal des confins

La foi en l’écriture

Elle ne sait pas pour qui ni pour quoi elle écrit.

Toutes ces feuilles envolées vers la profonde nuit d’un tiroir ou qui échappent à la mémoire…

Tous ces cahiers qu’elle ne relira plus, qu’elle a jetés ou perdus ; tous ces mots qu’aucune lampe n’éclairera de sitôt…

Elle se demande si ses phrases s’élancent vers un quelconque avenir…

Et surtout, elle peine à imaginer ce lecteur inconnu – le sien, mais dont elle ne voit pas le regard.

Quels yeux découvriront donc ses émotions, ses sentiments et ses pensées ?

Elle ne sait.

Pourtant, dans le vaste espace de sa solitude, elle continue à écrire, c’est-à-dire à avancer, car elle en éprouve l’intime certitude :

c’est la légèreté de sa plume qui lui donne la force de vivre.

Et qu’importe si personne n’est là pour la lire,

qu’importe si elle-même oublie toutes ses œuvres,

elle persiste à laisser sa frêle trace
sur la neige matinale
de la page
comme ultime
preuve
de son passage
puis signe
avec des lettres
aussi minces
qu’une patte
de colibri

Que celui qui en a l’envie
la suive

jusqu’à la foi.

Géraldine Andrée

Publié dans Au fil de ma vie, écritothérapie, Histoire d'écriture, L'espace de l'écriture, Récit de Vie

Les épreuves d’une biographie