Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal d'instants

Les instants observés

On vit souvent avec pour seuls objectifs « faire », « accomplir ».

Aussi, lorsque l’on écrit son journal intime, on raconte davantage ce que l’on a « fait » dans sa journée que ce que l’on y a vécu.

Et quand on referme le cahier, on peut éprouver du regret, voire de l’amertume : notre récit est plat, « trop quotidien ». Assurément, il manque quelque chose à sa vie. Mais quoi ? Sans doute la Vie elle-même.

Alors, on cherche un événement qui ajouterait du piquant à l’existence. En vain. Il est difficile d’en trouver d’intéressant à relater chaque jour. Et si l’on se met à en inventer, on n’écrit plus sa vie…

Et si, pour mieux vivre, on commençait à écrire sa vie autrement ?

Si, pour mieux écrire sa vie, on commençait à vivre autrement ?

Au lieu de « faire », puis de « raconter », il suffit parfois d’observer, c’est-à-dire prendre le temps de s’arrêter puis de capter à travers ses cinq sens ce qui se passe à cet instant : un rayon de soleil est apparu à l’angle de la pièce, un chat bâille, il flotte une odeur de café dans l’air, on entend tomber une petite goutte dans l’évier, le tissu du nouveau chemisier est doux à porter…

Il y les coups réguliers du marteau dans l’appartement du dessus, la poussière luit sur les meubles, la voisine doit cuisiner une sauce béchamel, une mouche se pose régulièrement sur mon bras, elle s’annonce avec des étincelles bleues, juste avant de bourdonner…

Ensuite, il convient de noter dans son cahier le jour, l’heure et d’élaborer sa petite liste « d’instants observés », sans jugement, sans émotion.

On peut même jouer le jeu de s’acheter un agenda et, au lieu d’y inscrire les rendez-vous, les tâches à achever, noter dans chaque case ce que l’on a « perçu » aujourd’hui.

On devient ainsi le témoin d’un instant, le spectateur du cours du temps, le contemplateur du rythme de ses jours, ces jours qui ne reviendront plus jamais et qu’il faut saisir, vite, avec la pointe de sa plume pour les accrocher au papier.

On aimera, plus tard, relire ces recueils d’instants observés, se dire

« j’étais assis(e) à cette table que j’ai donnée depuis longtemps, le 12 juillet 2020 à 17 heures et mon coude touchait son vieux bois », « au moment où j’écrivais ceci, le thé infusait dans la théière argentée », « j’ai vécu hier comme aujourd’hui », « c’était au temps où j’habitais la maison de la rue Bouchot »…

Dans ce cahier, il ne se passe rien en apparence. Non. Rien n’arrive car tout est inscrit dans cette évidence qui nous rend présents à ce qui est là, bien loin de toute attente.

Géraldine Andrée

Être, c’est observer tout ce qui est présent.
Pour compléter le sujet de ce billet, vous pouvez visionner ma vidéo L’écriture et le temps.

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal d'instants

Une page puis une autre

Écrire à mon rythme. De page en page, le temps passe.

Écrire une page puis une autre
Se lever pour préparer un café
Commencer à écrire une autre page
S’interrompre au milieu d’une phrase
Laisser un espace blanc entre deux mots
Comme un peu de ciel entre deux bourgeons
Pour boire une gorgée de café
Puis reprendre le fil du temps le fil de l’encre
Après avoir observé pendant quelques secondes
Un petit nuage de beau temps
Au-dessus de ce point du monde

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, L'alphabet de l'herbe, Le journal des confins, Poésie, Poésie-thérapie

Ma destinée

Et si ma trace,
ce n’étaient pas
des pas
mais des feuilles ?

J’écris pour retrouver la trace
du sentier de l’enfance
qui mène à la lueur blanche
de l’aube
qui danse
comme un point de silence
entre les feuilles hautes

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Journal créatif, Méditations pour un rêve, Poésie-thérapie

Pour écrire

Débranche
le téléphone
éloigne-toi
de toutes
les agitations
de cette époque
de tout
ce qui te demande
d’avoir un avis
de prendre parti
dans d’inutiles
dialogues

Puis ouvre
la porte
de ta chambre
où luit
le point
d’or
de la lampe
et entre
dans l’espace
-temps
d’une page
blanche

Pour écrire
c’est-à-dire
converser
avec ton coeur
demeure
au coeur
du silence

Géraldine Andrée

Espace-temps de la page blanche

Publié dans Créavie, Ecrire pour autrui, Grapho-thérapie, Je pour Tous, Parlez ! Je vous écoute !

Pourquoi écrire ?

On écrit pour

*Apprendre à se connaître afin d’être Soi
* Comprendre sa vie, en tirer le fil directeur dans les événements qui nous sont arrivés
* Profiter du présent en témoignant de chaque jour qui s’écoule
* Retrouver le passé et le faire revivre
* Guérir des traumatismes, faire le deuil de ce que l’on a perdu ou de ce que l’on n’a pas vécu, devenir un(e) résilient(e)
* Être l’auteur (e) du futur que l’on souhaite voir advenir
* Avoir des preuves de ce que l’on a vécu dans le but d’une démarche spécifique, une réhabilitation, une demande de pardon ou, tout simplement, pour garder trace de tous ces instants qui rendent l’âme riche à la fin d’une existence
* Faire de sa vie ou de la vie d’un proche un livre vivant pour les descendants
* Devenir authentique pour autrui ; rendre ses actes compréhensibles, d’une certaine manière, lisibles
* Dire l’indicible afin qu’une expérience personnelle devienne universelle

Quoi que l’on accomplisse, quelle que soit la place que l’on tient dans la société, quel que soit le rôle que l’on y joue, on écrit pour donner à sa vie un sens.

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Journal de ma résilience, Le cahier de mon âme

Elle avait arrêté d’écrire

Elle avait arrêté d’écrire. Elle avait abandonné son journal intime très loin dans l’obscurité de l’armoire. Elle l’avait chassé de sa mémoire.

Elle avait arrêté d’écrire pour ne pas perdre son temps, pour ne pas se retarder car elle avait son histoire d’amour à vivre. Alors, elle s’est précipitée dans ses sensations. Elle a connu l’ardent, le vif, les fleurs puis les larmes, le temps coupant de l’attente, la fièvre sans espoir d’apaisement, la colère aux tempes battantes, l’entaille indicible de l’âme. Elle s’est jetée à corps perdu dans le nom de l’Amour. Elle s’est abîmée dans ses émotions.

Un matin où elle s’est réveillée seule dans le silence aux mille portes closes, elle s’est acharnée à comprendre. Et elle s’est souvenue de son journal. Elle l’a délivré de la nuit, honteuse comme si elle avait trahi un ami.

Elle a fixé la page blanche qui succédait à son ancienne vie. Elle aurait voulu y voir notées les différentes étapes de sa douloureuse traversée. Elle aurait souhaité retrouver les mots du beau temps qui précède la tempête. Elle aurait beaucoup donné au passé pour pouvoir se relire avec ses connaissances du présent. Il lui paraissait si urgent de se comprendre.

Mais il était trop tard. Rien de ce qu’elle avait vécu n’était écrit. Comment pourrait-elle guérir de cet abandon ?

Alors, elle écrivit cette phrase qui résumait toute son expérience :

« Si l’on n’écrit pas pour vivre, on écrit pour revivre. »

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Créavie, Grapho-thérapie, Le cahier de mon âme, Poésie-thérapie

On écrit

On écrit non pas pour mesurer le temps qui passe
en contant ses regrets,
mais pour se voir passer à travers le temps
et, au fil de l’encre qui sèche,
se sentir toujours plus vivant.

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie

Retrouvailles

Toute la journée, tu t’es senti(e) en marge. Tu n’as pas pu avancer. On ne t’a pas laissé(e) placer un mot. Tu t’es reproché d’avoir été trop effacé(e) face à ceux qui ne t’accordaient aucun espace.

Qu’importe.
Ici et maintenant, assis dans le silence, à ta table,
tu existes
car la page
te regarde.

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Poésie-thérapie

Sans titre

Voici l’aube
avec sa première corolle
si blanche
quand elle s’ouvre :

Mon cahier.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Ecrire pour autrui, Grapho-thérapie, Je pour Tous

Écrivez votre vie

J’entends souvent des gens dire :

– Oh ! Moi ! Je suis incapable d’écrire ! Je n’ai aucune imagination !

Il n’y a nul besoin d’avoir une imagination débordante et une inventivité merveilleuse pour écrire.

Écrivez votre vie. Écrivez avec le matériau de votre quotidien. Écrivez vos histoires vraies.

Comment ? Racontez vos humeurs, vos joies, vos mésaventures. Posez sur le papier le problème de votre machine à laver qui n’essore plus bien, les miaulements du chat qui vous réveille à l’aube parce qu’il veut sortir, l’avancée de votre projet que vous espériez plus rapide, ce rendez-vous tant attendu et redouté à la fois. Ne méprisez pas l’humilité de ce que vous avez à écrire. Après tout, c’est votre vie ; elle vous appartient. Devenez le biographe de votre présent.

Julia Cameron insiste sur l’importance des pages du matin. Je consacrerai un billet à ce sujet. J’écris moi aussi trois pages quotidiennes, trois pages dans lesquelles je n’ai rien à prouver, où je n’ai pas à faire du style, à créer des effets littéraires. Trois pages où je me sens libérée du jugement d’autrui et du regard social que je pourrais poser sur moi-même.

Écrivez avec ce qui est et non avec ce qui devrait être.

La meilleure façon est de prendre de la distance avec votre vie, de manière à vous séparer du désir de l’embellir, l’enjoliver. Soyez ce témoin qui s’assoit à côté de vous et qui vous parle de vous, comme d’un ami qu’il connaît bien.

Utilisez pour cela la troisième ou la deuxième personne du singulier :

-Elle habite le grand boulevard où défilent dans un flot incessant les voitures. Le soir, le bruit des moteurs s’interrompt. Elle aime alors se servir un cognac qu’elle boit debout, devant sa fenêtre, en regardant les lumières du boulevard. C’est le moment de la journée le plus agréable, cette pure détente. Enfin !

Ou encore :

-Tu es né dans ce petit bourg de quelques habitants. A vrai dire, tu t’y es toujours ennuyé. Souviens-toi comme, enfant, tu t’amusais avec un simple bout de ficelle. Mais ce coin perdu est une chance car il t’a permis d’avoir un jardin…

Relatez votre vie avec objectivité, avec ses côtés positifs et ses côtés négatifs – sa modeste grandeur.

Écrivez que vous vivez, que vous respirez tout simplement. Écrivez qui vous êtes. Aucun détail anodin n’est insignifiant. Qui sait s’il ne fera pas partie de vos souvenirs?

Vous n’avez rien à inventer. Vous êtes l’auteur de vos jours et votre héroïsme peut se mesurer à la seule manière avec laquelle vous réagissez aux circonstances.

Et puis, lorsque vous relirez ces pages plus tard, peut-être aurez-vous envie d’écrire une fiction – un conte ou une nouvelle – sur cette machine à laver qui ne fonctionne plus, ce miaulement qui vous manque dans la nuit.

Parce que vous aurez vécu ce que vous écrivez, vous pourrez le métamorphoser en poésie du récit.

Géraldine Andrée