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A l’aurore ta parole

J’aime

entendre

à l’aurore

ta parole

qui se mêle

aux premières

voix

dans la ruelle,

au murmure

de l’eau

qui court

sur le cou,

au tintement

des couverts

et au clignement

entre

deux silences

de la lumière

à travers

la fenêtre.

Quand

je t’écoute

au rythme

du temps

qui va

et vient

sur sa balancelle

d’enfant,

il me semble

que je prends

le pouls

du jour

que je confonds

avec le doux

battement

de mon coeur

pendant

ces instants

qui rencontrent

tes mots…

J’aime

entendre

à l’aurore

ta parole.

Géraldine Andrée

                                                                Tous droits réservés@2018

 

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Le petit bistrot

Le petit bistrot est fermé.

Je me souviens des chaises et des tables de bois clair, de la lumière d’une après-midi de printemps dans les reflets de la bière, du robinet d’argent bien lustré d’où coulait la mousse blanche.

J’étais une jeune étudiante alors. Je retrouvais, toujours surprise, ma frêle silhouette dans le miroir, juste avant de m’asseoir devant le regard de mon premier amour.

Du toucher de la paume de nos mains, je me souviens bien.

Et puis ce jeune historien aux lunettes fines, rencontré au hasard des couloirs de la Fac, qui s’inquiétait de l’avenir de l’Afrique dominée par les puissances occidentales…

Je me souviens de son long discours qui ne s’adressait qu’à nous. Je l’ai écouté avec intérêt pendant que tournaient dans leur cadran doré, tout en haut du mur, les heures du jour.

Je songe au dernier verre, au dernier bonsoir, aux battants de la porte qui ont dérangé le rideau rouge pour l’ultime fois.

Sur la vitre par laquelle j’ai si souvent guetté avec une joie inquiète l’arrivée de J.Y, est désormais accrochée la pancarte d’une agence immobilière.

En passant devant le petit bistrot clos qui deviendra peut-être une banque ou une compagnie d’assurances, j’ai pensé à tous ces lieux de ma jeunesse évanouis comme des décors de théâtre successifs.

Fin de la représentation où l’on se voit pourtant encore vivre…

La vérité de ces yeux, de ces voix, de ces mots n’était donc qu’une illusion ?

Le petit bistrot n’existe plus

et l’avenir de l’Afrique demeure inconnu.

 

Géraldine Andrée

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Le foyer D.

Le foyer D. où je logeais pendant mes jeunes années d’étudiante n’existe plus. Il a été transformé en complexe d’appartements.

En passant devant la grille, je n’ai pas reconnu le jardin. La haie de roses a disparu. Qu’est devenu le chat tigré qui observait les reflets du vent sur l’herbe ?

La fenêtre de mon ancienne chambre est cachée par un volet de fer. Je me souviens si bien de la lumière de sa lampe sur mes livres, de la porte grinçante de l’armoire de bois, du lavabo de faïence blanche ! Tout ceci existe encore avec une telle précision dans ma mémoire que je crois que les souvenirs ont l’intense présence des fantômes.

La cabine dans laquelle je téléphonais à ma famille a été enlevée depuis longtemps. Et tous les mots qui furent dits, murmurés, criés à l’écouteur gris, où sont-ils partis ?

J’ai marché jusqu’au seuil où m’attendait mon premier amour. J’ai tressailli quand j’ai vu que la sonnette rouge, elle, avait été conservée. J’entends encore son tintement clair, signe que J.Y s’impatientait. Vite ! Descends ! Nous allons être en retard au cinéma !

J’ai souvenance de tous ces visages, Soeur Mathilde qui m’accueillait à l’entrée, la jeune concierge qui décrochait la clé de ma chambre, Mme L. qui me remettait mon courrier.

Aujourd’hui n’est en rien différent de jadis. Même heure, même ciel, même lumière que lorsque je rentrais de la fac, décachetais l’enveloppe et lisais les lignes inquiètes de ma mère. As-tu assez à manger ? Tu n’es pas malade, au moins ! Surtout, couvre-toi, il fait encore froid !

Pourtant, tout cela s’est évaporé comme si cela n’avait jamais existé, comme si c’eût  été un effet de scène annoncé au moment de sa représentation.

Des paroles, des regards, des rideaux, des assiettes, de la table d’études, des parfums des fleurs quand on sortait lire par beau temps, il ne reste nulle trace,

que ces quelques paragraphes sur une page virtuelle.

Et moi, suis-je la même, suis-je une autre

ou une autre moi-même ?

Par quels sentiments suis-je habitée ? Un bonheur triste, une tristesse heureuse en songeant à ce qui me fut accordé de vivre ?

Je sais seulement que je passe dans le temps, avec cette conscience où se mirent encore les instants en allés à jamais.

 

Géraldine Andrée

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Ecrire comme lorsque j’étais enfant

J’aimerais écrire comme lorsque j’étais enfant, des phrases toutes simples, avec un sujet, un verbe, un complément.

Ainsi,

j’entends l’oiseau, je vois le soleil, je suis mon chemin, je touche les écorces, je goûte le vent, j’apporte mes fleurs.

Ou encore, j’aimerais inscrire sur une vaste page, cette phrase unique :

Je respire.

J’aimerais dire en peu de mots

que chaque instant

est suffisant

pour nous faire grandir.

 

Géraldine Andrée

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Il pleut et j’écris

Il pleut et j’écris.

Quelle coïncidence !

Il pleut et j’ai une lampe pour que l’encre brille.

Quelle chance !

Il pleut et mon oreille reçoit autant de mots

que ma fenêtre de gouttes.

Quelle abondance !

Il pleut et je fais des signes à la lumière.

Quel miracle !

Il pleut et je trace un chemin bleu pour les beaux jours.

Quelle bénédiction !

Il pleut et j’écris.

 

Même si ces deux événements

sont indépendants

l’un de l’autre,

voici

que se rencontrent

une goutte d’encre

d’où point un mot

inattendu

et une note de pluie

qui luit

sur la tuile

dans le silence

qui s’ensuit.

Quelle conversation

sur ma page !

Ne l’entendez-vous pas,

vous aussi ?

 

Géraldine Andrée

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Le temple est mort !

– Le temple est mort !

– Que dis-tu donc ?
Les vieilles pierres
sont éternelles !
Les vieilles pierres
sont immortelles !
Depuis toujours,
elles étincellent
dans le jour !

– Le temple est mort !
Vois comme
les pierres,
jadis sculptées
par les mains
des hommes
sont poussières
devenues.

Et les statues !
Celles qui
de leur regard
et de leur doigt levé
invitaient
nos yeux
à aller plus loin
que notre hauteur !

Les statues ne sont plus.
Brisées, elles jonchent
le sol
et on retrouve parfois
parmi les cailloux
leurs éclats
comme des étoiles
déchues de l’univers.

– C’est à nous
de nous souvenir
du Souvenir,
de faire
de notre mémoire,
un temple du Temps,
un temple de l’Histoire,
un temple de ce Temple,

replacer en nous
chaque dieu disparu
et donner à notre âme
l’élan de ces colonnes
dans le soleil ;
que nos yeux n’oublient pas
l’Essentiel ;
notre ciel intérieur.

– Vois comme
cette porte
qui te menait autrefois
jusqu’au choeur
demeure béante,
debout et seule,
sans mur
ni seuil.

Son chambranle
tremble
au passage
du souffle du vent.
Elle bat tel un coeur
privé de sang.
Là où l’on déposait des fleurs,
s’étend le désert.

– Ce temple
est peut-être
mort ;
le temps
des temples
sûrement n’est plus.
Mais cette porte
est ouverte !

Vois comme,
debout
par elle-même,
elle te laisse voir
pour toujours
l’espace
immense
que touche l’azur

et ce ciel d’or
qui nous restera
fidèle
au début
de chaque jour,
quoi qu’il arrive,
quoi qu’il nous faille
vivre.

Ce temple
où tant d’hommes
se recueillaient
il y a deux mille ans
nous demande
de recueillir
chaque parcelle
de lui

et de l’accrocher,
étoile nouvelle,
à notre nuit
afin qu’à notre manière,
il survive
et prolonge
notre souvenir
dans le Jour

à venir.

 

Géraldine Andrée

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France Gall

Les chansons de France Gall ont bercé mon enfance et mon adolescence. Lors des dimanches après-midi d’hiver passés avec ma grand-mère, je la voyais chanter à la télé.

A l’âge de douze ans, j’entendais de ma chambre sa voix coquine chanter Les Sucettes à l’anis dans la lumière du salon ou de la cuisine.

Plus tard, âgée d’à peine vingt ans, alors que j’étais attirée par l’Afrique et le Maghreb, j’ai dansé à en avoir la fièvre sur le rythme d‘Ella Ella, Babacar et Quand le désert avance.

Un après-midi d’été, sous l’ombre bleue du marronnier, j’ai appris la mort foudroyante de Michel Berger.

En étudiant, j’allumais toujours mon petit transistor argenté et un soir, pendant la rédaction d’une âpre dissertation de philo, j’ai pleuré quand j’ai découvert cette voix subtile, délicate comme une dentelle dans la chanson Cézanne peint. J’aurais voulu poser les couleurs bleues, les couleurs d’or, les touches de pourpre et d’orange à chaque note sur mon cahier.

Mon premier amour m’a révélé ce que signifiait vraiment la chanson Les Sucettes à l’anis créée par Gainsbourg. J’ai beaucoup ri de ma naïveté.

Jeune adulte, j’ai acheté l’album Starmania puis la compilation des chansons de Michel Berger avec France. J’ai passé en boucle ça balance pas mal à Paris pendant que je corrigeais mes premières copies.

Plus tard encore, j’ai été fascinée par sa manière de galvaniser les foules, bras ouverts, mains tendues, visage renversé. Je trouvais cette offrande de soi extraordinaire. J’aurais souhaité être comme elle.

Au cours de mes difficiles épreuves, sa voix déterminée traçait son chemin en moi qui étais toujours si timide et effacée, prête à céder illégitimement ma place : Résiste ! Prouve que tu existes !
Cette simple injonction m’a aidée à m’affirmer face aux prédateurs et prédatrices.

France Gall a toujours fait partie de ma vie. Aujourd’hui, elle est morte.

Pourtant, avec ses cheveux blonds, ses yeux espiègles, son visage poupin d’éternelle jeune fille, je ne pensais pas qu’elle pût mourir. C’est arrivé. Quelques semaines auparavant, alors qu’on enterrait Johnny, j’ai eu cette prémonition, cette question intérieure :

– Mais que devient France Gall ? On n’entend plus parler d’elle !

La réponse est tombée hier.

France Gall est partie. Peut-être a-t-elle rejoint Michel et que les étoiles sont leurs projecteurs…

La voix de France Gall, sans me connaître, s’est adressée à la voix de mon coeur.

C’est ainsi que l’on prouve que l’on existe.

En chantant, elle envoyait des lettres intimes à tant d’anonymes. C’est, je crois, le signe de la plus grande réussite, celle qui consiste à dire chaque jour à chacun ici-bas : Cherche ton bonheur partout…

France, tu as rejoint Le Grand Tout.

 

Géraldine Andrée

 

Cézanne peint

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Le verger

On voit bien la maison sur la photo et là,

juste derrière la grille en fer forgé,

le verger.

 

Regarde

l’incendie vert des feuillages,

les grappes qui s’offrent à la main,

les prunes aigres-douces

autour desquelles

tournent les abeilles,

ces étoiles rousses.

Le soleil

de ce feu mois d’août

fait rouler ses billes

le long des troncs ;

celles-ci chutent

en silence

afin qu’un ancien enfant

à l’affût

du moindre trésor

les ramasse.

 

On pourrait aller plus loin,

bien sûr…

Mais pour que ce songe

se réalise,

que les fruits fondent

dans la gorge

et que le sucre

éclabousse

un peu

l’encolure

de la robe de jadis

après la promenade

dans le papier glacé,

il faut écrire,

écrire encore,

donner un goût

à ce qui n’est plus,

poursuivre en pensée

les senteurs perdues

de la récolte fanée

depuis tant d’années,

porter avec un regard

aigu

les mots à la bouche…

 

Géraldine Andrée

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Les danseuses

Les danseuses

Tu les trouves tôt le matin, après l’éloignement de la marée, déposées ça et là par les vagues sur la vaste marge du sable.

Vois comme elles ondulent, comme elles ondoient. Le souffle du vent allume de nouveaux reflets sur leur corps frémissant.

Elles tombent dans un bruit mou.

Tu portes leur poids léger et il te semble alors que ce sont elles, si frêles, qui te bercent au rythme de tes pas.

Le soir, sous la lampe, elles prennent une forme étrange.

Elles font la pirouette, se déhanchent, enjambent les espaces blancs, se donnent la main lorsque tu les disposes côte à côte.

Si dociles, elles obéissent à ton rêve de ballet, adoptent les postures, les courbes et les contours que tu veux bien dessiner.

Quelques gouttes d’eau suffisent pour rallumer dans leurs mouvements les couleurs de l’océan.

Les voici prêtes.

Tu les places près d’une fenêtre. Et c’est toute une chorégraphie silencieuse qui se déroule là, le lendemain, devant tes yeux ; qui se répète autant que tu le souhaites.

Algues de Bretagne, immobiles danseuses, destinées à la blanche scène rectangulaire d’une carte de vœux et qui brillaient de tous leurs bleus, de tous leurs verts à la pâle lumière d’une lampe de chevet

Bien des années ont passé depuis ces promenades le long de la plage de Douarnenez.

Aujourd’hui, les sylphides font leurs entrechats sur la neige jaunie d’un vieux papier, chez des amis que tu ne vois plus depuis longtemps.

Mais toi, souviens-toi, elles t’attendaient tôt pour danser éternellement sous la grâce de tes mains, les algues, fidèles à ce rendez-vous du matin après avoir roulé toute la nuit dans la houle.

Comme ces marées, désormais, sont loin !

Géraldine Andrée

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On est presque au Nouvel An !

J’avais à peine six ans.

J’avais été comblée de cadeaux.

Je me souviens :

ma grand-mère assise près de la fenêtre, dans le rayon bleu gris d’une fin d’après-midi de Noël.

On n’avait pas encore allumé les lampes.

Ma grand-mère portait son pull fleuri avec lequel elle est partie dans un lointain pays.

Soudain, nos éclats de rire d’enfants se sont éteints, comme si nous savions…

Les mains de ma grand-mère, tout étoilées de fleurs de cimetière, se sont levées à la hauteur de son coeur et je l’ai entendue dire, en joignant à la parole ce même geste vif qu’elle faisait lorsqu’elle cueillait des herbes folles :

-Cela va si vite ! On est presque au Nouvel An !

Que de nouvelles années se sont écoulées depuis ces mots…

Aujourd’hui,

en cette fin d’après-midi de Noël,

il est un rayon bleu gris

qui ressemble à celui de jadis,

tout près de la fenêtre.

Le temps est presque prêt pour que ma grand-mère vienne s’asseoir à la fenêtre

et chuchote en silence ces deux paroles uniques qui enjambent tous les jours de ma vie

depuis le lointain Noël de mon enfance :

– Cela va si vite !

On est presque au Nouvel An !

 

Géraldine Andrée