J’ai déposé
ma douleur
sur le seuil
de ta nouvelle
demeure
pour que tu la prennes
dans tes bras
tel un bouquet
de fleurs
et qu’elle flamboie
à ta fenêtre
comme si c’était
la Joie
Géraldine Andrée
J’ai déposé
ma douleur
sur le seuil
de ta nouvelle
demeure
pour que tu la prennes
dans tes bras
tel un bouquet
de fleurs
et qu’elle flamboie
à ta fenêtre
comme si c’était
la Joie
Géraldine Andrée
Ton nom
Guy
Est un pont
Entre le silence
D’ici
Et les chants
De là-bas
Une seule
Syllabe
Et j’approche
Le mystère
De ta présence
Autre part
Toute une constellation
Luit
Désormais
Guy
Dans ton nom
Géraldine
Poème écrit pour mon père
Décédé dans la nuit
Du 11 au 12 novembre 2018
Ecrire, se dit-elle.
Le miroitement de l’encre où elle se reconnaît.
Les mots qu’elle trouve dans le blanc de la page et qui la surprennent par leur éclat de jais.
Ce crépitement de la pointe de la plume contre le grain du papier à l’heure où tout s’absente encore.
Bruit frêle
de la vérité qui approche
et traverse la porte.
Je suis vivante, écrit-elle.
Seule phrase qui importe.
Géraldine Andrée
Lire, écrire, aimer, rire.
Quatre verbes qui me donnent la vie
à chaque instant.
Tant qu’il restera la musique et la poésie consolatrices,
la Vie renaîtra, lueur surgie des cendres.
Garder foi en la Beauté.
Géraldine Andrée
Journal
Ma tante, qui souffrait de la maladie de l’oubli, est décédée.
Ma tante, présente bien qu’absente ou absente dans sa présence, est décédée l’avant-veille de la fameuse victoire de la Coupe du Monde.
Je n’ai jamais aimé ces manifestations de liesse populaire mais là, vivre un deuil quand on entend à l’extérieur les klaxons, les pétards, les vociférations fut pour moi une expérience saisissante de par son contraste indécent.
Ma tante, emmurée pendant près de trois années, a pris son envol.
Ce n’est pas triste quand on croit en la vie de l’âme car la mort, c’est la Vie.
J’aime penser que là où elle est, elle a retrouvé cette mémoire des jours mystérieusement confisquée.
J’avais commencé à écrire un recueil de textes sur l’expérience de la maladie d’Alzheimer intitulé Où es-tu partie ?
Puis j’ai abandonné. Plus le courage. Plus la force. Plus la lucidité peut-être. La volonté d’oublier pour moi aussi.
Paralysée également par ce fameux « à quoi bon, ça n’intéresse personne et ça fait peur, de toute façon, ce genre de situation… »
Oui, tout fait peur dans notre société, surtout ce qui suscite une réflexion profonde sur la faiblesse, la maladie, la mort. Seul le superficiel avec ses feux éphémères rassure.
Alors, ce soir, alors qu’un beau crépuscule rose éclate au-dessus de la ville qui a retrouvé sa tranquillité, la décision est prise. Je vais continuer et achever ce recueil puis le publier,
sans doute pour trouver une réponse possible parmi une myriade d’hypothèses à cette énigmatique question :
Où étais-tu partie, avant que de nous quitter ?
Géraldine Andrée
Comment vous dire ce que j’ai ressenti quand j’ai appris que cet auteur qui évoquait avec tant de force et d’éclat
le chant du vent dans les bambous, sa fenêtre illuminée à l’est, les frémissements d’ailes des abeilles, les reflets blonds du miel, l’alphabet écrit par le temps dans la roche, les senteurs des roses-thé qui vous suivent jusque dans votre rêve, le ruissellement du vert des arbres après l’averse, le bercement de l’éternité dans sa demeure
– toute cette vie plus que vivante, oui, ardente, irradiante de ce lointain coin de monde
jusqu’à mon coeur -,
n’était plus de ce monde ?
Géraldine Andrée
Qui étais-je avant d’être Moi ?
Une fleur, une pierre, un lézard, un cours d’eau ?
Avais-je conscience à chaque fois
de tous ces Moi ?
Eprouvais-je
la présence légère
des pétales de mon être
dans le soleil ?
Ressentais-je
mon coeur
ô combien pesant
de silence et d’immobilité ?
Avais-je connaissance
de la lenteur
des heures d’été
qui me faisait sommeiller,
caché à l’ombre
de la pierre,
non loin de l’éclat
de la fleur ?
Me sentais-je fier
de jeter mon chant
dans l’embouchure
de l’immensité
tout en sachant
que j’étais emporté
par l’éblouissement
de ma mort ?
Qui ou quoi
que j’aie été
avant d’être Là
n’importe
peut-être
pas autant
que cela.
L’important
est que j’aie conscience
que ce Moi
d’aujourd’hui
est une porte
ouverte
sur d’autres portes…
Géraldine Andrée
Quand tout sera cendre,
il demeurera
la souvenance
des mots
qui bruissent
à l’aube
sur la feuille
blanche.
Quand tout sera sable,
il demeurera
le frêle fil
d’un poème
qui mène
en dehors
du cahier
vers le jardin
de l’enfance
renouvelée.
De ces traces
je suis certaine.
Géraldine Andrée
On a coutume de penser que la biographie est réservée aux gens célèbres, aux grands hommes, aux stars.
Quand le désir de faire une biographie se fait jour, on le chasse, ce désir, en disant :
-Une biographie, moi ? Mais je n’ai rien d’intéressant à raconter ! Je n’ai pas vécu de grands événements dans ma vie !
Détrompez-vous. La biographie s’adresse à tous, à toutes les voix.
Nul besoin d’avoir vécu des événements prodigieux pour confier à un biographe l’écriture d’une biographie.
Le livre de votre vie peut, bien sûr, contenir des étapes cruciales : vous pouvez y raconter vos périodes marquantes, les virages que vous avez pris, vos choix ultimes, vos échecs, vos réussites.
C’est important. Mais est-ce essentiel ?
L’essentiel est que la biographie contienne ce qui est important pour vous ou pour la personne à qui vous offrez ce présent : le souvenir de la grosse horloge d’or dans le salon de votre enfance ; les bruits du quartier au matin ; les senteurs et les couleurs du jardin ouvrier ; le lapin-nain que vous apportiez dans vos bras au dîner ; les cavalcades dans les sombres couloirs quand s’annonçait la veille des vacances ; le visage de l’aïeule qui coud encore, assise à la fenêtre de votre mémoire ; les longs rouleaux de réglisse qui noircissaient vos lèvres ; une journée à l’océan ; les tambours du vent dans vos oreilles et qui vous donnaient envie de courir…
Ainsi, nous réalisons bien plus qu’une biographie – un recueil d’instants de vie où tout futur lecteur saura d’emblée se reconnaître car la biographie, dans sa dimension intime, demeure à jamais universelle.
Chaque être humain de ce monde se retrouve davantage dans l’évocation d’un bouquet de cerfeuil mouillé, cueilli au cours d’une promenade, que dans une apparition sous les feux des projecteurs.
La biographie est un livre de vie où chaque mot invite autrui à écouter son battement de coeur.
Géraldine Andrée
L’Encre au fil des jours
It’s customary to think that the biography is reserved for famous people, great men, stars.
When the desire to make a biography comes day, we hunt this desire by saying:
– a biography? But I have nothing interesting to tell! I haven’t lived any great events in my life!
You’re mistaken. The biography is addressed to everyone, all voices.
No need to have experienced prodigious events to make a biography.
The book of your life can, of course, contain crucial steps: you can tell your memorable moments, the corners you have taken, your ultimate choices, your failures, your achievements.
It’s important. But is it essential?
The main thing is that the biography contains what is important for you or for the person to whom you offer this gift: the memory of the big golden clock in the living room of your childhood; the noises of the neighbourhood in the morning; the scents and the Colours of the worker garden; the dwarf rabbit you brought in your arms to dinner; the bruits sounds in the dark corridors when it was announced the day before the holidays; the face of the crone who still coud, sitting in the window of your memory ; the long rolls of liquorice that noircissaient your lips; a day in the ocean; the drums of wind in your ears and which made you want to run…
Thus, we will achieve far more than a biography – a collection of moments of life where any future reader can recognize itself because the biography, in its intimate dimension, remains forever universal.
Every human being in this world is more recognized in the évocation of a bouquet of wet cerfeuil picked during a walk than in an apparition under the spotlight.
The biography is a book of life where every word invites the other to listen to her heartbeat.
Geraldine Andrée
Ink over the days