Publié dans Berthe mon amie, C'est la Vie !, Ce chemin de Toi à Moi, Mon aïeule, mon amie, Poésie

Silence et souffle

Je sais

pourquoi

il est

ce profond

silence,

 

certains

soirs :

c’est

pour mieux

entendre

 

ton souffle,

aile

frêle

qui passe

de tes lèvres

 

à ma conscience,

preuve

que la vie

existe

dans la mort.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Le poème est une femme, Poésie

Pour écrire un poème

Pour écrire

un poème,

je prends comme

références

 

les méandres

que trace

le chant

de l’eau,

 

le souffle

du vent

qui rassemble

les murmures

 

des feuilles

pour en faire

une frémissante

reliure,

 

le ciel

qui donne

forme

au nuage

 

dont le regard

ignorait

encore

l’existence

 

un instant

auparavant,

et qui semble

 

d’un rêve

de passage

dans l’âme

d’un enfant,

 

la vague

laissant

sur le sable

son alphabet

 

lisible

seulement

pour le promeneur

qui se penche,

 

la couleur

de l’azur

destinée

à s’étendre

 

sur tout ce qui

respire

et tremble,

jusqu’à la moindre

 

corolle

cachée

dans le pli

de la longue

 

robe

de l’ombre,

et quand

le jour

 

se termine,

je signe

mon poème

d’ici-bas

 

avec cette goutte

d’encre

ultime

qu’un autre Poète

 

ajoute

aux lisières

et qui enlumine

le silence…

 

Géraldine Andrée

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Berthe mon amie, C'est la Vie !, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie, Poésie

Depuis ton dernier mot

Depuis ton dernier mot dans le jardin,

il y eut tant de gouttes de pluie au bord des yeux des fleurs,

tant de crépuscules qui ont coulé sur la collerette de la colline,

tant de paysages qui ont défilé derrière la vitre du train Saint-Brice – Saint-Amance,

tant de semailles et d’espérances,

tant de moissons dont les mèches d’or ont couvert à l’heure de la sieste la taie de l’azur,

tant d’abeilles chassées de la main quand suintaient les reines-claudes,

tant de feuilles foulées par les souliers,

tant de flammes qui ont crépité dans le poêle à bois,

tant d’étincelles de givre autour du houx,

tant de murmures de cette source cachée que l’on cherche toujours et qui se fait entendre dans la délivrance succédant au dégel,

tant de bourgeons prêts à enfanter leurs lueurs,

tant de feuilles et de pétales nouveau-nés,

tant de pain béni et coupé,

tant de nourrissons qui ont grandi, tant d’amours quittées, tant de rencontres, de lettres écrites, d’attentes, de réponses – ou d’abandons,

tant de pages pour une vie,

tant d’autres mots aussi,

et puis le nom de ce pays

que seuls ceux en partance purent lire

sur un panneau invisible…

Pourtant, il me suffit de prononcer ton mot unique

parce qu’il fut l’ultime,

il me suffit, oui,

de le porter sur mon souffle qui s’évanouit à l’instant même dans l’air,

pour que je retrouve les ailes de cette phrase qu’il acheva,

et qui vole désormais plus loin que notre jardin

-au-dessus de toute la terre.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

J’écris des poèmes

J’écris

des poèmes

pour porter

leur flamme

jusqu’au silence

où se réfugient

les âmes

en peine

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Cahier du matin, Le journal de mes autres vies, Poésie

Pour oublier mes deuils

Pour oublier

mes deuils

je disparais

 

dans le vert

frais

des feuilles

 

je m’éteins

en cette

lumière

 

et quand

je reviens

j’apporte

 

un bouquet

de souffles

que je dépose

 

un à un

sur mes lèvres

en murmurant

 

le nom

de chacun

de Vous

 

Géraldine Andrée

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Publié dans Berthe mon amie, C'est la Vie !, Ecrire pour autrui, Je pour Tous, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie

La neige de Géorgie

Quelques jours avant l’orée du printemps, en Géorgie, les gens préparent une fête en l’honneur de leurs morts.

Ils disposent dans des assiettes les mets les plus fins, versent dans les verres les vins les plus doux, pétrissent et cuisent le pain dont le coeur de mie sera si tendre au palais de leurs aimés.

Ils prévoient des bougies et des flambeaux pour les danses de la nuit.

Dans l’après-midi, le chef de famille se rend au cimetière.

Et, avec ses gants, il ôte la neige des tombes.

Celle-ci se disperse dans le soleil en mille paillettes.

C’est un bonheur de voir le regard des défunts que l’hiver, de son voile de tristes noces, a caché.

C’est un miracle de contempler les fossettes de l’enfant trop tôt feu, les cheveux longs de l’aïeule, la moustache de l’oncle, l’air mutin de la cadette, les lèvres entrouvertes de la fille éternellement jeune – quelles paroles silencieuses cette dernière murmure-t-elle à vous seul ?

En enlevant à coups patients la neige, ce deuxième suaire qui, pendant les grands froids, a scellé tous ces yeux et condamné tous ces visages à l’oubli, les Géorgiens retrouvent leurs absents.

Les noms et prénoms réapparaissent, les souvenirs aussi.

Quelques jours avant l’orée du printemps, la mort se révèle bien éphémère.

A ma manière, je suis moi aussi Géorgienne quand j’écris des poèmes.

Ma main, à chacun de ses passages, fait fondre avec foi la neige de la page.

Des mots, alors, naissent,

derrière lesquels je m’aperçois que tu me regardes depuis toujours.

Et quand je signe, je reconnais ton nom

dont chaque lettre comme un oeil espiègle

cligne dans le soleil.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Poésie

Toutes les feuilles

Toutes les feuilles
des beaux jours
s’amoncellent
sur le chemin…

Jaunes, brunes, rouges,
elles ressemblent
aux feuilles
des automnes anciens.

Elles se froissent
sous le soulier
avec ce murmure
de soie

de l’année
précédente
et elles reposent,
face tournée

vers le ciel,
quelle que soit
la morte-saison
de la vie.

Des êtres
s’éteignent,
d’autres
viennent.

Louise
s’en est allée,
il y a trois
automnes.

Et Claire
est née.
Les feuilles
tombées,

elles,
n’ont pas changé.
Claire a grandi.
Il se murmure

au fil des ans
que son sourire
a la même
lumière

que celui
qui éclairait
le visage
de Louise.

C’est ainsi.
Telle
est la loi
des jours

qui se détachent
du temps
comme ces feuilles,
filles

des feuilles
feues
de l’automne
d’avant.

Géraldine Andrée

 

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Les fleurs de Grand-Mère

Pour consoler
son coeur,
ma grand-mère
soignait ses fleurs.

Géraniums,
hortensias,
roses trémières,
oeillets, lilas,

ma grand-mère
avait l’oeil
pour s’enquérir
en silence

de la santé
des corolles,
de la vivacité
des tiges.

Les fleurs
lui répondaient
par des lueurs
d’abeilles

et des senteurs
qui montaient
dans l’air
vermeil.

Et quand
ma grand-mère
rentrait
chez elle,

elle avait oublié
le chagrin
qui l’avait fait descendre
dans le jardin.

Géraldine Andrée

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Jeannine Jeandel

J’ai rêvé que je préparais la table dans la cuisine de mon enfance, sous la lampe d’un soir d’hiver. Je disposais les assiettes. Je coupais le pain. J’effeuillais la salade jusqu’à atteindre son coeur jaunâtre. Puis j’attendais que la famille vienne.

Seule Jeannine, la tante de ma mère, décédée, est entrée. Elle s’est assise. Le songe m’a laissé le temps de voir ses jambes nues, roses, épaisses, lisses – sans varice. Des jambes de jeune paysanne redevenue.

Il faudra que j’écrive sur elle, ses drames, sa violence, sur la loi de sa terre, les couleurs et les saisons qui ont rythmé toute une vie de fermiers dans le xaintois lorrain depuis le Moyen-Âge.

Il faudra que je donne à entendre le rideau de perles de la cuisine.

Les longues conversations sur les bancs les soirs d’été. L’accent qui emportait les syllabes dans un roulement enflé de rivière.

Les aboiements des bergers allemands reliés à une chaîne qui martelait la cour.

Il faudra que je donne à voir leurs longs crocs acérés. Ces chiens féroces m’ont toujours effrayée.

Les bottes crottées alignées sur le seuil et que l’on chaussait « quand on y retournait ».

La tarte de mirabelles rousses dans la lumière des dimanches d’août.

Il faudra que je vous donne son goût acide dans la bouche. Et les aigreurs d’estomac qui remontaient jusque dans la gorge, parfois, après avoir mangé deux parts.

Jeannine Jeandel, elle s’appelait.

Elle nous recevait toujours vêtue de robes larges et fleuries censées atténuer la force de ses hanches.

Quand il nous arrivait d’essayer en magasin, ma soeur et moi, des robes de ce style, on éclatait de rire et on les raccrochait aux cintres :

-Pff ! Jamais je mettrai ça ! Ce sont des robes à la Jeannine !

On était narquoises à l’époque.

Jeannine parlait fort. Elle piquait des colères qui faisaient trembler les meubles. Elle menait son mari Roland d’une main de fer. « Elle portait la culotte », comme il se dit à voix basse avec un sourire dans les campagnes.

Elle et son mari n’ont jamais voulu se servir des machines agricoles sophistiquées.

Ils préféraient la bêche, la herse, le râteau, la faux – à la rigueur, un tracteur.

« L’outil prolonge la main » disait Jeannine.

Comme ils ne voulaient pas se moderniser, beaucoup ont cru la ferme perdue, surtout dans les années quatre-vingt-dix où la technologie éloignait la main de la terre.

La ferme a survécu. Jeannine y est morte.

Toute sa vie, elle et son mari ont été fidèles à cette terre à laquelle ils confiaient les graines des moissons futures. Fidèles aux bouses sèches et grises qu’ils ramassaient à la pelle pour les placer sur un tas de compost. Fidèles à ce fumier noir gargouillant d’insectes dont l’odeur m’écoeurait et qui fertilisait le vaste champ blond.

Fidèles au grondement de l’épaisse porte en bois de la grange qu’il fallait tirer en ahanant.

Fidèles au bâton qui menait les vaches au pré.

Jeannine et ses mains rouges, crevassées. Jeannine et son opulente poitrine qui enveloppait les nouveau-nés quand elle les levait du berceau. Jeannine et ses fossettes lorsqu’elle leur disait : « Fais risette ! »

Jeannine est une fermière qui a vécu comme tant d’autres de ce siècle et de tous les siècles passés.

Ce matin, en lavant mon linge, je ne savais pas que j’écrirais cette page sur elle.

En silence, elle attendait que je la nomme dans mon souvenir.

Jeannine Jeandel

qui sème de là où elle est

les mots de sa vie terrestre dans ma mémoire.

 

Géraldine Andrée

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L’été infini

L’enfance passée

chez toi

fut un été infini.

 

Les prunes toujours à point

qui laissaient perler

leur goutte d’ambre,

 

les herbes après la pluie

dont le parfum

faisait tourner la tête,

 

les sentiers qui chantaient

sous l’arrosage

pendant la sieste,

 

la petite robe

échancrée et courte

à cause de laquelle

 

on jouait à la coquette

en coupant le trèfle

sur les assiettes de dînette,

 

les sandales

dont les semelles souples

foulaient les blés,

 

les branches de l’ormeau

qui se balançaient

de bleu en bleu,

 

les guêpes qui entraient

pour se poser

sur les tranches de melon,

 

la tête renversée

dans le galop

d’un rire

 

lorsque sur le nez

passait le chatouillis

d’une brindille,

 

le sablier blond

de la lumière

qui s’écoulait

 

sans que le bon

ne se termine

et dont le grain 

 

ultime

coïncidait

avec la première étoile

 

annonciatrice

d’une nappe

constellée

 

de lumineux

points

de croix

 

Cela fait longtemps

que tu es partie

pour un été infini…

 

Et je traverse

les saisons de ma vie

en portant

 

secrètement

la triste joie

de mon enfance

 

feue

qui cependant

demeure

 

dans ma mémoire,

pour un séjour

qui durera

 

jusqu’à ce que je te retrouve,

un jour ou une nuit,

dans un été infini…

 

Géraldine Andrée