Publié dans Actualité, Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Journal créatif, Le cahier de mon âme, Le journal de mes autres vies

La destination

J’avais noté cette destination sur un cahier que j’ai ensuite rangé dans la longue nuit d’un tiroir.

Puis tant d’années ont passé !

Tant de saisons ont semé leurs fleurs, feuilles, gouttes et flocons sur le souvenir de ces quelques lettres à l’encre noire !

Et voilà qu’aujourd’hui,

j’y suis !

Je reconnais de ce pays

le nom que j’avais tracé dans une sorte de désir sans raison

comme un enfant qui s’adresse à son rêve

dans un coin obscur de la maison.

Quelle joie !

Je crois que l’écriture prédestine la Vie

car elle est la marque de la Foi.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, Art-thérapie, C'est la Vie !, Cahier du matin, Journal créatif, Le cahier de mon âme

Comment être Poète de ta Vie ?

  1. Prends tout ton temps. Regarde la lumière se déplacer de chaise en chaise jusqu’à la tienne.
  2. Respire. Aie conscience que c’est d’abord ton souffle qui chemine.
  3. Ecris dans ton journal, chaque matin. Même si tu n’as rien à dire. Surtout si tu n’as rien à dire car n’oublie pas que le silence contient en germe toutes les créations futures.
  4. Plonge ton regard dans celui de ton chat, ton chien… ou ton poisson rouge. Tu verras…
  5. Chante, danse. Et ne te soucie pas du jugement d’autrui.
  6. Reste debout, bien fort(e) dans ta vérité.
  7. Emprunte les sentiers détournés. Ce sont les meilleurs.
  8. Ouvre un livre sur une page au hasard. Tu t’apercevras que son message te correspond ici et maintenant et qu’il s’adresse… à toi.
  9. Emporte toujours avec toi un carnet de références, d’idées, de croquis… un carnet de fulgurances.
  10. Ne te demande pas à ton lever si tu vas créer et ce que tu vas créer. Songe à comment tu vas créer : par couleurs, notes, jeux de mots, collages ? Quelles sont tes envies, aujourd’hui, simplement aujourd’hui ? Prépare ton matériel sur ta table (stylos, pinceaux, crayons, plumes…)
  11. Recopie une citation qui t’emmène plus loin dans la compréhension du monde et de toi-même et que tu colles à ton miroir ou ton réfrigérateur.
  12. Choisis une nouvelle marque de thé et amuse-toi devant ta fenêtre à lister le nom des senteurs qui le composent.
  13. Utilise tes souvenirs heureux et malheureux pour créer.
  14. Dis-toi que tu as le droit de tout ressentir, que tous tes sentiments sont légitimes, y compris la colère qui peut te guider vers le ravissant rouge phosphorescent qui manquait justement à la toile de ton existence.
  15. Habille-toi en mariant les textures, les tissus, les teintes. Autorise-toi une nouvelle coupe de cheveux.
  16. Fais une salade de fruits en étant conscient(e) du jus, des couleurs, des pépins qui se mêlent dans tes mains.
  17. Colle dans ton cahier feuilles, fétus, brindilles, pétales. Réalise un herbier de ce que tu vis à ta mesure.
  18. Prête attention à toute chose, même insignifiante. Qui sait si le trajet d’une fourmi de grain en grain ne t’inspirera pas demain ?
  19. Va-z-y pas après pas, instant après instant. Sois patient(e). La vie a sa musique parfaite pour toi.
  20. Félicite-toi, y compris si tu as écrit une seule page, affiné un seul accord, trouvé l’équilibre entre deux couleurs en remettant à plus tard la peinture de ton paysage.

L’essentiel est que tu Sois

dans chaque chose que tu Fais.

 

Avec toute ma joie,

 

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, Journal créatif, Le cahier de mon âme, Le journal de mes autres vies, Poésie, Toute petite je

Ecrire comme lorsque j’étais enfant

J’aimerais écrire comme lorsque j’étais enfant, des phrases toutes simples, avec un sujet, un verbe, un complément.

Ainsi,

j’entends l’oiseau, je vois le soleil, je suis mon chemin, je touche les écorces, je goûte le vent, j’apporte mes fleurs.

Ou encore, j’aimerais inscrire sur une vaste page, cette phrase unique :

Je respire.

J’aimerais dire en peu de mots

que chaque instant

est suffisant

pour nous faire grandir.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, Ecrire pour autrui, Je pour Tous, Mon aïeule, mon amie

Le carnet 1944

Entre tes mains, un petit carnet noir, celui de ton feu mari, portant l’étiquette 1944.

Tu le feuillettes et tu cites les chiffres implacables de tous ceux qui ont été emportés par les innombrables convois pour Pitchipoï* à partir de la ville de Cluj**.

Tu donnes la liste des noms qui désignent des visages à jamais disparus.

Puis, tu égrènes les chiffres et les noms de tous les privilégiés qui ont pris le convoi spécial pour la Suisse, tous ces êtres humains sauvés par Kastner, au prix de la vie d’autres êtres humains.

Sur les feuillets, une écriture fine et maîtrisée, à l’encre noire et qui retrace la marche inexorable du Destin.

« Mon mari était fataliste » dis-tu.

Dans ce journal intime de 1944, pas de sentiment. Aucune exclamation d’angoisse, aucune interrogation d’espoir.

Aucune phrase descriptive dont l’ampleur s’abandonnerait à une quelconque subjectivité.

Seulement des faits, une chronologie implacable des événements, le compte précis des jours et des heures menant le futur lecteur à la mort d’autrui.

Un journal universel où se succèdent les noms des décédés comme autant de signatures posthumes.

Ensuite, tu fermes le carnet.

Dans tes yeux, tremblent les lueurs des larmes.

Ce que tu viens de lire nous regarde.

Les mots et les chiffres prononcés sont des yeux qui nous suivent à travers le temps pour que nous retenions à jamais ce qui fut,

car le petit carnet noir de 1944 qu’a tenu fidèlement ton mari feu

est devenu notre Mémoire.

 

Géraldine Andrée

 

*Pitchipoï : le pays lointain,  de nulle part, « vers l’Est », en yiddish.

**Aujourd’hui, Cluj est en Transylvanie roumaine. En 1944, elle était hongroise.

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Mon aïeule, mon amie

Ruth Elias

Rescapée des camps d’Auschwitz, Ruth Elias ne voulait plus vivre. Placée en sanatorium pour soigner sa dépression, elle a suivi le conseil de sa psychothérapeute :

« Ecris ! Ecris des lignes pour survivre ! »

Chaque jour, fidèlement, Ruth écrivit.

Et mot après mot, phrase après phrase, point après point, elle reprit souffle.

Elle se laissa regagner par l’espoir.

L’écriture avait fait plus qu’emmener Ruth au bout de chaque page.

Elle l’avait guidée telle une amie vers sa Vie.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Chanson, Journal créatif, Le cahier de mon âme, Poésie

Il pleut et j’écris

Il pleut et j’écris.

Quelle coïncidence !

Il pleut et j’ai une lampe pour que l’encre brille.

Quelle chance !

Il pleut et mon oreille reçoit autant de mots

que ma fenêtre de gouttes.

Quelle abondance !

Il pleut et je fais des signes à la lumière.

Quel miracle !

Il pleut et je trace un chemin bleu pour les beaux jours.

Quelle bénédiction !

Il pleut et j’écris.

 

Même si ces deux événements

sont indépendants

l’un de l’autre,

voici

que se rencontrent

une goutte d’encre

d’où point un mot

inattendu

et une note de pluie

qui luit

sur la tuile

dans le silence

qui s’ensuit.

Quelle conversation

sur ma page !

Ne l’entendez-vous pas,

vous aussi ?

 

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, Je pour Tous, Poésie

Le temple est mort !

– Le temple est mort !

– Que dis-tu donc ?
Les vieilles pierres
sont éternelles !
Les vieilles pierres
sont immortelles !
Depuis toujours,
elles étincellent
dans le jour !

– Le temple est mort !
Vois comme
les pierres,
jadis sculptées
par les mains
des hommes
sont poussières
devenues.

Et les statues !
Celles qui
de leur regard
et de leur doigt levé
invitaient
nos yeux
à aller plus loin
que notre hauteur !

Les statues ne sont plus.
Brisées, elles jonchent
le sol
et on retrouve parfois
parmi les cailloux
leurs éclats
comme des étoiles
déchues de l’univers.

– C’est à nous
de nous souvenir
du Souvenir,
de faire
de notre mémoire,
un temple du Temps,
un temple de l’Histoire,
un temple de ce Temple,

replacer en nous
chaque dieu disparu
et donner à notre âme
l’élan de ces colonnes
dans le soleil ;
que nos yeux n’oublient pas
l’Essentiel ;
notre ciel intérieur.

– Vois comme
cette porte
qui te menait autrefois
jusqu’au choeur
demeure béante,
debout et seule,
sans mur
ni seuil.

Son chambranle
tremble
au passage
du souffle du vent.
Elle bat tel un coeur
privé de sang.
Là où l’on déposait des fleurs,
s’étend le désert.

– Ce temple
est peut-être
mort ;
le temps
des temples
sûrement n’est plus.
Mais cette porte
est ouverte !

Vois comme,
debout
par elle-même,
elle te laisse voir
pour toujours
l’espace
immense
que touche l’azur

et ce ciel d’or
qui nous restera
fidèle
au début
de chaque jour,
quoi qu’il arrive,
quoi qu’il nous faille
vivre.

Ce temple
où tant d’hommes
se recueillaient
il y a deux mille ans
nous demande
de recueillir
chaque parcelle
de lui

et de l’accrocher,
étoile nouvelle,
à notre nuit
afin qu’à notre manière,
il survive
et prolonge
notre souvenir
dans le Jour

à venir.

 

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Journal créatif, Le cahier de mon âme, Le journal de mes autres vies, Mon aïeule, mon amie

La charrette

J’ai maudit la charrette qui était brusquement apparue sur ma route et qui allait si lentement.

J’ai maudit la charrette qui me forçait à adapter mon temps au sien.

Je me suis dit que c’était la main tyrannique du destin qui l’avait mise comme par un fait exprès sur mon chemin.

Par conséquent, j’ai maudit le destin.

Je voyais au loin tout le trajet qu’il me restait à accomplir ; la longue route serpentait dans le soleil.

Je me suis maudite de ne pouvoir aller assez vite.

Puis, soudain, la charrette a pris un virage.

La voie était libre.

Mais à peine avait-elle disparu que je me suis aperçue qu’elle avait laissé dans son sillage cette bonne odeur d’herbe coupée qui me rappelait les moissons de mon enfance.

Je me suis dit alors qu’il n’y avait pas tant d’urgence.

Celui qui m’avait donné rendez-vous pouvait bien attendre.

Et j’ai pris le temps de savourer les senteurs des mille pailles d’or de jadis qui embrasaient l’air sous la fourche magique de Jeannine.

J’ai même regretté d’avoir eu une réaction aussi vive face à ce présent inespéré qui avait embelli ma journée par la généreuse réminiscence qu’il m’offrait.

Dans chaque événement d’apparence négative se cache du positif.

Mais la patience est nécessaire pour qu’en soit révélé le trésor.

 

Géraldine Andrée

Journal

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Ce chemin de Toi à Moi, Chanson, Je pour Tous, Le cahier de mon âme, Le journal de mes autres vies

France Gall

Les chansons de France Gall ont bercé mon enfance et mon adolescence. Lors des dimanches après-midi d’hiver passés avec ma grand-mère, je la voyais chanter à la télé.

A l’âge de douze ans, j’entendais de ma chambre sa voix coquine chanter Les Sucettes à l’anis dans la lumière du salon ou de la cuisine.

Plus tard, âgée d’à peine vingt ans, alors que j’étais attirée par l’Afrique et le Maghreb, j’ai dansé à en avoir la fièvre sur le rythme d‘Ella Ella, Babacar et Quand le désert avance.

Un après-midi d’été, sous l’ombre bleue du marronnier, j’ai appris la mort foudroyante de Michel Berger.

En étudiant, j’allumais toujours mon petit transistor argenté et un soir, pendant la rédaction d’une âpre dissertation de philo, j’ai pleuré quand j’ai découvert cette voix subtile, délicate comme une dentelle dans la chanson Cézanne peint. J’aurais voulu poser les couleurs bleues, les couleurs d’or, les touches de pourpre et d’orange à chaque note sur mon cahier.

Mon premier amour m’a révélé ce que signifiait vraiment la chanson Les Sucettes à l’anis créée par Gainsbourg. J’ai beaucoup ri de ma naïveté.

Jeune adulte, j’ai acheté l’album Starmania puis la compilation des chansons de Michel Berger avec France. J’ai passé en boucle ça balance pas mal à Paris pendant que je corrigeais mes premières copies.

Plus tard encore, j’ai été fascinée par sa manière de galvaniser les foules, bras ouverts, mains tendues, visage renversé. Je trouvais cette offrande de soi extraordinaire. J’aurais souhaité être comme elle.

Au cours de mes difficiles épreuves, sa voix déterminée traçait son chemin en moi qui étais toujours si timide et effacée, prête à céder illégitimement ma place : Résiste ! Prouve que tu existes !
Cette simple injonction m’a aidée à m’affirmer face aux prédateurs et prédatrices.

France Gall a toujours fait partie de ma vie. Aujourd’hui, elle est morte.

Pourtant, avec ses cheveux blonds, ses yeux espiègles, son visage poupin d’éternelle jeune fille, je ne pensais pas qu’elle pût mourir. C’est arrivé. Quelques semaines auparavant, alors qu’on enterrait Johnny, j’ai eu cette prémonition, cette question intérieure :

– Mais que devient France Gall ? On n’entend plus parler d’elle !

La réponse est tombée hier.

France Gall est partie. Peut-être a-t-elle rejoint Michel et que les étoiles sont leurs projecteurs…

La voix de France Gall, sans me connaître, s’est adressée à la voix de mon coeur.

C’est ainsi que l’on prouve que l’on existe.

En chantant, elle envoyait des lettres intimes à tant d’anonymes. C’est, je crois, le signe de la plus grande réussite, celle qui consiste à dire chaque jour à chacun ici-bas : Cherche ton bonheur partout…

France, tu as rejoint Le Grand Tout.

 

Géraldine Andrée

 

Cézanne peint

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Journal créatif, Le cahier de mon âme, Le journal de mes autres vies, Poésie, Toute petite je

Le verger

On voit bien la maison sur la photo et là,

juste derrière la grille en fer forgé,

le verger.

 

Regarde

l’incendie vert des feuillages,

les grappes qui s’offrent à la main,

les prunes aigres-douces

autour desquelles

tournent les abeilles,

ces étoiles rousses.

Le soleil

de ce feu mois d’août

fait rouler ses billes

le long des troncs ;

celles-ci chutent

en silence

afin qu’un ancien enfant

à l’affût

du moindre trésor

les ramasse.

 

On pourrait aller plus loin,

bien sûr…

Mais pour que ce songe

se réalise,

que les fruits fondent

dans la gorge

et que le sucre

éclabousse

un peu

l’encolure

de la robe de jadis

après la promenade

dans le papier glacé,

il faut écrire,

écrire encore,

donner un goût

à ce qui n’est plus,

poursuivre en pensée

les senteurs perdues

de la récolte fanée

depuis tant d’années,

porter avec un regard

aigu

les mots à la bouche…

 

Géraldine Andrée