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Comment écrire ses mémoires quand on perd la mémoire ?

La Vie se souvient de Vous !

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La traversée des chambres de ton existence

Atelier d’écriture créative pour soi

Écris sur toutes les chambres de ta vie !

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Ma pratique des pages du matin

Trois pages, juste trois pages

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Les sandales de l’enfance

J’ai retrouvé dans le placard
de ma maison natale
les anciennes sandales
de la petite fille que j’ai été.

J’ai tellement marché dans le verger
que les lanières sont élimées.
J’ai tellement couru après mes rêves
que des lambeaux de semelle se soulèvent.

J’avais alors le pied alerte
d’une Petite Poucette
qui semait ses cailloux
dans la lumière de la route

et mon pas insouciant
était bien différent
de mon pas d’aujourd’hui,
ralenti par le bagage de la vie.

Sur le cuir s’est inscrit
un récit sans lettre scripte ou cursive,
mais qui raconte
toutes les aventures de mon enfance :

voici, sous la talonnette droite,
un peu de terre de ce sentier effacé ;
accrochée au contrefort gauche,
une brindille du noisetier disparu ;

sur le patin, un brin d’herbe sèche
dont le vert s’est éteint dans l’ombre ;
là, près de la boucle d’argent,
les grains de sable d’un autre temps ;

et je me revois, foulant la plage,
en quête d’algues avec Maman,
à jamais en allée pour un lointain rivage
où il m’est interdit d’accoster pour l’instant.

Il y a bien sûr la ponctuation invisible
de la rosée, du sel et de la pluie ;
un pétale comme mot d’adieu
qui se dissipe sous mes doigts,

soudain redevenu poussière
sur la languette
où subsiste aussi,
telle une tache d’encre,

l’éclaboussure de la myrtille
que ma mère frotta patiemment
avec du savon doux,
sans la faire disparaître.

Pour retrouver mon pas léger,
j’écris un poème vif,
dont les vers contiennent
peu de pieds,

un poème composé seulement
de deux strophes sautillantes
comme ma paire de sandales
d’antan,

et qui traverse ma page,
à la recherche de l’aube.
C’est lui, désormais, la petite fille
en sandales d’été,

réveillée le dimanche
avant tout le monde
par la virgule tremblante
d’une lueur blanche,

puis franchissant le seuil
de la maison natale
car c’est l’heure
de la promenade.

Géraldine Andrée

Publié dans Au fil de ma vie, Histoire d'écriture, Poésie

Les pages séchées

J’aime penser que mes pages sont des draps qui sèchent en se balançant dans la lumière.

Quand la journée de ma vie sera achevée, quelqu’un les détachera du fil, les défroissera, les pliera ensemble et les rangera dans l’armoire de sa mémoire.

Il restera entre elles une fragrance de lavande qu’aura imprimée le temps.

Telle est mon œuvre :

Écrire pour que quelqu’un rentre mes pages, le soir, au cœur de sa chambre.

Géraldine Andrée

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Atelier d’écriture créative 5 : Ce cahier en moi

Il était une fois un cahier, mon premier journal intime, celui de mes quatorze ans.

Je me souviens du moment où je l’ai acheté, par une chaude après-midi d’août, à quelques jours de la rentrée scolaire. J’ai pénétré l’ombre fraîche de la librairie-papeterie qui se situait à l’angle d’une ruelle pavée et qui a disparu aujourd’hui, remplacée par un magasin de smartphones.

J’assimilerai jusqu’à la fin de ma vie le contact du coton entre mes jambes à celui de la première page vierge, douce et satinée sous ma main, une fois le cahier extirpé de son emballage en kraft. Simple coïncidence ou loi de cause à effet ? Lorsque j’ai pris la ferme résolution de commencer un journal, j’avais mes premières règles.

J’ai saisi le cahier sur l’étagère de bois avec le même geste rapide et précis avec lequel j’avais attrapé le chaton sauvage sous les buissons, trois ans auparavant. J’ai adopté mon journal comme un animal qu’il ne fallait pas laisser s’échapper parce que j’étais sûre qu’il me comprendrait.

Je l’ai payé grâce à l’argent de poche que mes parents me donnaient lors de mes brèves escapades. Quand je suis sortie du magasin, éblouie par la lumière estivale, je me suis sentie fière d’avoir enfin quelque chose à moi, pour en faire mon royaume, dans ma chambre de solitude aux rideaux tirés.

Avec sa petite clé dorée, j’ai ouvert sa serrure comme celle d’une porte sur un passage secret.

C’était un cahier à la couverture de tissu fleuri et aux feuilles bordées d’or, un cahier destiné aux interrogations amoureuses d‘une jeune fille en fleur, dédié à n’importe quelle fleur bleue.

Et pourtant, ce n’est pas l’usage que je lui ai attribué. Dans cet espace de tendre rêverie, j’y ai inscrit ma révolte ; j’y ai jeté mes cris d’arrachement et d’injustice. Les mots galopaient en tant que bêtes furieuses. Les lettres se détachaient et franchissaient les lignes, telles des hordes de louves assoiffées et affamées – de compréhension, de reconnaissance par mon entourage indifférent. L’encre coulait comme du sang qui s’épanchait d’une blessure à la fois profonde et invisible.

J’ai terminé mon journal – ce long chapitre d’épreuves de vie de quatre-vingt-seize pages – dans le mot rageur Fin, bien que mes problèmes n’aient pas été résolus, à cette époque où ont, d’ailleurs, débuté mes doutes sur l’efficacité de l’écriture à changer le réel.

Six ans plus tard, à l’occasion d’un cambriolage, j’ai dû remettre de l’ordre dans ma chambre dévastée. J’ai posé la main sur mon journal fleuri qui n’avait pas intéressé les voleurs, évidemment. En le feuilletant, j’ai été ébahie par mon ancienne écriture compulsive, convulsive et qui remplissait le moindre espace de la feuille. Chaque lettre était un spasme, un halètement. Il était clair que je cherchais à respirer. Or, ce ne fut pas cette évidence qui m’apparut de prime abord, mais plutôt le sentiment de honte éprouvé devant une graphie que je qualifiais d’hystérique.

J’ai donc jeté ce journal.

Les années passant, j’ai regretté mon geste. Que se serait-il passé si, surmontant ma honte, je l’avais rangé dans le dernier tiroir pour le retrouver une deuxième fois, dix ans plus tard, à l’occasion d’un déménagement ? Qu’aurais-je alors éprouvé ?

Peut-être de la compassion pour l’adolescente que je fus…
Peut-être de l’intérêt sentimental et intellectuel…
En effet, peut-être serais-je parvenue à surmonter l’obstacle de l’illisibilité de mes textes pour tenter d’éclairer avec mon nouveau Moi la fille qui écrivait…
Peut-être aurais-je pleuré à la lecture de telles lettres adressées par cette adolescente à la femme que j’étais devenue… Chacune aurait été, certes, une autre pour l’autre…
Mais peut-être aurais-je été le témoin de la rencontre de deux sœurs qui, après avoir vécu chacune de leur côté, se seraient donné rendez-vous afin de se partager leurs divers apprentissages, révélations, fulgurances…
Peut-être aurais-je dit à l’écrivaine désespérée de quatorze ans :

– Sors de ce cahier ! Et viens avec moi ! J’ai tant d’autres histoires à te raconter !

Mais peut-être aussi serais-je rentrée dans ce journal, pour m’asseoir face à cette auteure à peine pubère et déjà si tourmentée, et lui répéter patiemment, en souriant :

– Tu sais, ton chagrin passera ! Ta plume l’emportera !

J’aime écrire de temps en temps des scénarios sur mes retrouvailles fantasmées avec le cahier disparu.

Aujourd’hui, ce qui me manque le plus, c’est – je crois – la possibilité de me réconcilier avec cette énergie indomptable de l’écriture, cette force rebelle et transgressive qui consistait à franchir toutes les limites spatiales et graphiques, cette main mue par une colère électrique dès qu’elle prenait le stylo pour crier, cette trace de patte de chaton sauvage sur la feuille délicate.

Aujourd’hui, je traverse chaque jour de ma vie avec ce cahier inscrit en moi.
Je peux même vous dire que je baptise chaque nouveau cahier avec son nom :

Mon Journal.

Et vous ? Avez-vous souvenance d’un cahier, d’une toile, d’une sculpture, d’une composition que vous regrettez d’avoir jeté ? Quelles sensations, émotions éprouvez-vous ? Quelles réminiscences vous habitent ? Comment cette perte vous incite-t-elle à créer davantage aujourd’hui ?

Géraldine Andrée

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Atelier d’écriture thérapeutique 4 : les sept bienfaits de mes pages quotidiennes

Les pages de mon journal intime m’ont toujours été d’un grand soutien. Je vous énonce ici les sept raisons :

  • Quand je me sens incomprise, la page, elle, m’écoute. Elle m’accueille inconditionnellement dans sa blancheur. Son silence n’est qu’une illusion. En ayant recours à elle chaque jour, il me semble que j’entre dans le calme immense d’un paysage de neige. Une voix me parvient plus douce, plus proche, plus feutrée. Cette voix, c’est ma voix de toujours, une voix de sagesse secrète et ancienne que me renvoie la page lorsque j’y chemine. Je deviens une promeneuse accompagnée par mes traces les plus fiables. Et je sais que j’ai été entendue par ce silence bien plus grand que moi quand les rêves que j’y ai inscrits se réalisent, qu’il se produit une parfaite synchronicité entre le mot et l’événement, entre ce que j’ai noté et ce que l’univers me retransmet dans son écho miraculeux.
  • Quand je me sens perdue, la page me remet sur mon chemin, non pas sur « le droit chemin », mais sur le chemin qui est juste pour moi. Je peux alors me retourner en toute confiance, voir la route que mon empreinte a tracée dans l’inconnu et si je m’aperçois que je me suis égarée, marcher à nouveau dans cette empreinte pour voir quand j’ai bifurqué, ceci afin de reprendre le chemin qui est le bon pour moi. C’est bien parce que la page quotidienne m’invite à faire des retours sur moi-même, à revenir régulièrement sur mes pas qu’il m’est impossible de régresser dans mon existence.
  • Quand je sens que mon ego enfle, la page me montre que rien n’est permanent – ni les honneurs, ni les humiliations ; ni les acquisitions, ni les pertes ; ni les joies, ni les peines. J’en veux pour preuve le miroitement de l’encre qui se ternit au fur et à mesure qu’elle sèche. Le chagrin noté hier se présente en tant que consolation aujourd’hui. La peur décrite au petit matin, après une nuit difficile, s’est cicatrisée sous forme de phrase. L’amant dont les lèvres, les mains ont été célébrées dans un si long poème au feuillet 8 est oublié à la fin du cahier car la conscience de la floraison du laurier a désormais envahi tout l’espace. La page témoigne de la permanente évolution de mon être. Et ce qui est extraordinaire, c’est qu’elle est la plus fiable messagère de mon histoire.
  • Quand je sens sous ma main la présence fine et frêle du papier, je me demande si cette simple feuille sera capable de supporter le poids de mes remords, de mes regrets et de mes doutes sans se déchirer. Pourtant, j’ai beau barrer, griffonner, raturer mes pensées d’un trait rageur, la page résiste. Elle ne plie pas. Elle demeure accrochée aux anneaux du cahier. Et si c’est moi qui décide de la détacher, elle s’envole, aussi légère qu’une aile d’oiseau, emportant par la fenêtre ouverte sur le jardin tous les fardeaux de ma condition humaine. En m’incitant à me pencher sur elle chaque jour, dans une posture d’écrivaine qui ressemble fort à une posture de priante, la page m’empêche de ployer sous l’apparente fatalité des événements.
  • Quand je sens que dans une discussion, je fais fuir les gens parce que j’ai trop tendance à parler de moi, je m’en retourne à la page qui, elle, ne me fait jamais défaut. Je peux lui confier inlassablement tous mes problèmes pendant toute la nuit… Il y aura toujours une page suivante afin de m’aider à y voir plus clair. Il suffit d’ailleurs de tourner la page pour renouveler l’attention du papier, m’accorder davantage de force et de concentration, renforcer la puissance de mon intention et de ma foi. Et un beau matin, je m’aperçois que j’ai vraiment tourné la page sur cette trahison, ce deuil, cette déception, cette épreuve… Je suis comme neuve pour aborder le chapitre de ce jour qui s’annonce.
  • Puisque tout au long de mon écriture, j’ai acquis la certitude que mon être est en perpétuelle métamorphose, je sais que la page accompagne cette métamorphose, en se transformant elle aussi. Chacune est le miroir de l’autre. Lorsque mes textes deviennent des poèmes colorés, des calligrammes, des affirmation positives, je sens que la page reflète la santé de ma dimension psychique et elle se fait quasiment enluminure. Les mots m’envoient leurs images. Enfin, je suis l’héroïne d’une aventure palpitante et intéressante : ma vie. Je reviendrai sur ce thème dans un prochain billet !
  • Quand je suis l’indéfectible amie de la page, c’est-à-dire que je suis fidèle envers elle chaque jour, je me sens récompensée au-delà de mes rêves les plus fous et de mes plus ardents désirs. J’oublie, en effet, que je tiens le stylo, que je touche le papier et donc, que j’écris. L’écriture n’est plus que traversée, mouvement. Et je suis la voyageuse de cette écriture. Je laisse derrière moi les contingences du voyage – voici encore quelques feuillets mais le cahier se termine, il faut en prendre un autre, la cartouche d’encre se vide, ai-je pensé à préparer la suivante ? etc – pour m’abandonner complètement à l’écriture comme à une amante. C’est d’ailleurs elle qui décide du trait comme de la caresse – plus prolongé, plus appuyé ou simple effleurement… Parce que je la laisse faire dans une intuition primordiale, un instinct de confiance initial, l’écriture écrit la vie à travers moi. L’écriture m’écrit.

Et vous ? Quels sont les bienfaits que vous apportent vos pages, vos toiles, vos partitions ? Comment vous permettent-elles d’être vous-mêmes (m’aime) de jour en jour ?

Géraldine Andrée

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Au fil de l’encre

Je songe à l’encre qui s’est écoulée depuis les deux premiers mots du journal de mes quatorze ans :
Chère amie...
Je ne savais pas alors que chaque lettre m’éloignait de tout ce qui était encore bien présent :
le chat à la fourrure d’argent, les fleurs rouges du marronnier sous la fenêtre de ma chambre, les mains de ma mère dans la pâte, le visage de mon père éclairé par la lampe tandis qu’il cherchait à résoudre un problème de géométrie, la mésange bleue qui picorait sur le bord de la véranda au début du printemps.
Chaque trait m’annonçait une ride.
Je me demande aujourd’hui si je n’ai pas plus écrit que vécu…

Et pourtant, lorsque je songe à tous ces cahiers traversés,
je m’aperçois que l’écriture est une rivière dont le cours s’inverse naturellement.
Le fil de l’encre me ramène le saut du chat – ce vif-argent – entre les feuilles, le marronnier qui m’envoyait l’un de ses pétales par le rayon de soleil de ma fenêtre, la pâte enfin pétrie et prête à être dorée au four, ma mère qui secouait ses mains pour disperser les grains de farine, le sillon qui creusait le front de mon père quand il approchait de la solution, la mésange envolée qui ne m’aura laissé que le souvenir de son éclair bleu dans une matinée blanche.

Je vois tout cela mieux que jadis dans l’embrasure de mon cahier ouvert.
Je suis désormais sensible à la lumière de toutes ces choses et de tous ces êtres feus.
Et aujourd’hui, je l’affirme :
j’ai beaucoup écrit pour revivre ce que le courant du temps a effacé.
Même les premiers instants où j’ai commencé un journal me sont rendus :
l’instant de chacun de ces mots qui brillent comme si je venais à peine de les tracer,
quand la phrase se poursuit :
Chère amie, je te dois la vérité…

Géraldine Andrée

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What’s your story ?

Et toi ? Quelle est ton histoire ? Je peux t’aider à la choisir et à l’écrire !

« Comment retrouver le fil de sa vie ? Mot après mot, en se confiant à la page, en la considérant comme un miroir qui nous permet de mieux nous connaître. Au fil des exercices proposés, vous parviendrez à devenir l’auteur de la vie que vous souhaitez, autrement dit de votre propre histoire. »

Géraldine Andrée

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Nourrir la page

Chaque jour,
je nourris la page
de la moelle
de mes mots,
du lait bleu
de mon encre,
de la pâte
de mes feutres

qu’elle absorbe
avidement
en y laissant
des traces
qui sèchent
lentement
dans la lumière
de l’instant.

Je l’abreuve
aussi
de mes larmes
dont le sel
brille
sur ses bords
comme sur des lèvres
de nouveau-né.

J’y ajoute
la substance
légère
de mes rêves,
des joies
d’enfance,
des désirs
de toujours.

Et je m’aperçois
qu’à force
de nourrir
la page,
c’est moi
qui éprouve
de plus en plus
le manque,

selon le vieil
adage
« L’appétit
vient
en mangeant ».
Aussi ai-je
envie
de retrouver

cette appétence
insatiable,
comme lorsque
j’étais âgée
de treize ans
et qu’après avoir fini
de sustenter
ma vie

dans mon journal
intime
par des bribes
de pensées,
des éclats
de conscience,
des aventures
quotidiennes,

je jugeais
que ce n’était pas
suffisant
et je revenais
faire offrande
au papier
d’une émotion
adolescente.

Évidemment,
jeune
comme je l’étais
jadis,
j’ignorais
cet instinct
de maternité
envers mon cahier.

Mais je le sais
aujourd’hui :
en nourrissant
la page
de moi-même,
j’ai de plus en plus
faim
de la vie.

Géraldine Andrée