Qu’est-ce qui me motive à écrire des billets jour après jour, semaine après semaine ?
Ai-je envie d’être lue ? Peut-être, mais ce n’est pas ma seule motivation, car je n’ai pas tant de lecteurs que cela… Alors, hormis la quête d’un éventuel lectorat, quelle est cette force instinctive qui me pousse à aller sur mon tableau de bord et à cliquer sur le signe + pour rédiger un billet ?
Afin de trouver une réponse parmi d’autres, je remonte au souvenir de la création de mon premier blog en 2007. Celui-ci était alors hébergé par skynet, plateforme qui a, depuis, fermé ses portes pour les blogueurs.
Jusqu’en 2007, j’écrivais en secret. Certes, j’avais participé à quelques concours littéraires qui m’avaient très honorablement primée. Mais mes textes étaient réunis dans différents cahiers, comme pendant mon adolescence. Des cahiers de toutes les couleurs, de tous les formats, de toutes les textures, souvent raturés.
Parfois, il me venait l’envie de dactylographier ces brouillons. Alors, je les tapais sur ma machine à écrire noire de jais avant de faire dupliquer et relier leur version définitive dans un magasin de photocopies. J’en ai retrouvé beaucoup dans des porte-documents datant de plus de vingt ans ou réunis dans une maquette plastifiée, dont la spirale avait quelque peu rouillé ou s’était détachée du papier.
Attendrissement.
Cependant, quelque chose en moi trépignait. Mes textes – nouvelles, poèmes, récits, débuts de roman – avaient beau être classés, le silence de mon secrétaire profond les recouvrait d’oubli.
En 2007, après la lecture du livre d’Eva Arcady, Dépendance affective, oser être soi pour s’en libérer, qui répertoriait en annexes certaines références dont le blog de peinture spirituelle de cette autrice, je suis allée sur la plateforme qui hébergeait son travail.
Je me souviens. C’était un dimanche pluvieux de printemps. Cette simple question m’a saisie :
Et si je créais mon blog, moi aussi ?
C’est ainsi qu’est né https://lavieartistiquedegeraldine.wordpress.com/ (La vie, œuvre poétique), réunissant des poèmes de tous les styles, de tous les genres, de toutes les formes. Certains furent le point de départ de la publication de recueils ultérieurs. À cette époque, j’achetais dans des boutiques d’art des images que je scannais puis téléchargeais. Je passais beaucoup de temps à développer ma créativité. La vie de ce blog « s’épanchait dans la vie réelle » pour reprendre une expression du poète Gérard de Nerval. La vie artistique de Géraldine reflète vraiment l’évolution de mon écriture sur dix-sept années. Quand je relis des billets datant de 2007-2008-2009, je suis surprise par mes trouvailles et mes maladresses. J’ai l’impression que c’est une autre qui a écrit tous ces billets et que je ne suis plus « cette femme-là ».
Ensuite, me projetant déjà inconsciemment dans la publication de livres, je décidai de donner au blog une ligne directrice, un thème, une tonalité.
C’est ainsi que le blog initial La Vie artistique de Géraldine, migré chez WordPress, a tissé de nombreuses ramifications.
Un autre blog est né, consacré, lui, à des textes plus intimistes, sensoriels et nostalgiques : https://sensualitedesmots.wordpress.com/ (Les mots sont sensuellement possibles), alors que le blog précédent était davantage dédié à une inspiration cosmique, artistique et spirituelle.
Puis, j’ai créé un blog de poèmes courts, si brefs que leur concision est à la limite du haïku : https://petitesobservationsdujour.wordpress.com/ (Pensées du jour neuf). Je voulais produire un effet saisissant sur mon lecteur, au moyen de textes proposant une réflexion philosophique et introspective sur l’universalité de la condition humaine.
Enfin, le site https://quevivelavie.wordpress.com/ (Que vive la vie en vous) a vu le jour, dans l’objectif de relier la littérature au développement personnel.
Et ce site https://lencreaufildesjours.com (L’Encre au fil des jours) a professionnellement mis l’écriture au service d’autrui, dans une perspective biographique et thérapeutique.
Le point commun de tous ces sites montre combien les mots nous rendent intemporellement vivants. Chacun de mes blogs converse avec les autres, par la parution de billets appartenant à un site sur la page respective des autres sites, permettant ainsi une promenade littéraire, si le lecteur le désire.
Alors, pourquoi je blogue ?
Autant en identifier les raisons puisque je passe beaucoup de temps à cette activité non lucrative (chaque Newsletter est gratuite et le restera).
Je blogue parce que
J’aime publier autrement.
J’aime créer et développer mon activité avec une visibilité immédiate.
J’aime devenir le témoin de mon écriture, tandis que mon écriture se fait le témoin de ma vie et que le lecteur se fait le témoin de la vie de mon écriture.
J’aime mettre mon identité en ligne (une façon d’exister, d’afficher ma singularité dans une relative discrétion car, après tout, ces sites, il faut les trouver sur l’immense Toile !).
J’aime jouer avec les différents caractères des lettres.
J’aime choisir une image adaptée à la tonalité de mon texte.
J’aime me familiariser avec les techniques de l’informatique et de l’intelligence artificielle (apprendre, toujours apprendre)…
J’aime relire partout ce que j’ai écrit, sans emporter de cahier, de classeur… Un écran de portable suffit pour rentrer en contact avec mon être intérieur, alors que je me languis sur un quai ou dans une salle d’attente.
J’aime considérer que mon blog est un grand cahier qui ne finira pas. Il n’y aura jamais de dernière page (à moins que je ne le décide).
J’aime mesurer tout le chemin parcouru dans mon pays de Poésitanie (clin d’œil à Saravati, ancienne blogueuse. Si jamais tu passes par là, sache que je ne t’ai pas oubliée).
Tu peux m’objecter, cher lecteur, que les textes publiés sur Internet sont virtuels, fragiles. Ils peuvent disparaître comme ils sont apparus, dans le battement d’ailes d’un instant.
C’est vrai. Mais le papier que tu tiens entre tes mains peut se déchirer, brûler, se perdre, lui aussi. De surcroît, ne jaunit-il pas avec le temps ? Les mots ne s’effacent-ils pas au fil des ans ? Je connais des lettres d’amants dont l’encre s’affadit à fleur de blanc… Il ne reste plus que la frêle empreinte de leur passage dans une neige un peu brune…
L’écriture n’est pas indélébile, car la vie est éphémère.
Et toi, pourquoi blogues-tu ? N’hésite pas à me faire part de tes réflexions. Nous pourrons ainsi créer ensemble un petit atelier d’écriture… en ligne !
Je rêve que je retourne à la maison natale. Et le présent est doux, comme autrefois. Rien n’a été emmené par les commissaires-priseurs. Tous ces cartons ouverts n’étaient qu’une illusion, un cauchemar des mauvaises nuits de l’enfance…
Il y a là, comme jadis,
les prunelles des miroirs entourées d’or, les fauteuils si profonds que l’on s’y ensevelit, la table avec les feuilles étoilées d’équations de mon père, le buffet dont je sens sous mon pouce la patine du bois. Il suffit que je tourne la petite clé argentée pour explorer d’un œil neuf le royaume des assiettes et des tasses de porcelaine. On va bientôt préparer un bon dîner… Mais c’est donc moi, l’invitée ! Ma mère me reçoit, souriante. Elle a le visage clair, les cheveux auburn et les yeux bien bleus. Enfin, je peux la regarder en saisissant une étincelle, avoir une conversation avec elle, même si elle paraît banale :
– Tu as fait bon voyage ? Tu n’as pas eu trop froid ? Je trouve que tu n’es pas bien couverte !
Pourtant, c’est plutôt à moi de demander à ma mère si elle a fait bon voyage depuis le pays d’Alzheimer. Et je m’entends m’exclamer :
– Cette fois, tu es revenue pour toujours, dis ?
– Oui ! Viens ! J’ai préparé du bon potage !
Je peux m’asseoir, délier mes jambes. La lampe éclaire l’ambre des légumes.
Une pincée de crème… « Il n’y a plus qu’à tourner avec la petite cuillère », me dit ma mère.
Je vais bien dormir et faire de longs rêves au cours desquels la plante délaissée refleurira – j’en suis certaine. Je suis tout étonnée que la lointaine véranda du passé se recrée autour de la plante aux fleurs roses et qu’elle reflète le jardin que je croyais détruit à jamais. Juste là, je vois la longue allée de cailloux, puis l’éternel marronnier, l’échelle qui monte à la cime du mirabellier, le sapin mauve quand le soleil s’y pose.
Un pas de plus… Et le contact du carrelage me saisit. Un frisson me traverse. La véranda est nimbée d’une fraîche lumière. Je boutonne sur mon cœur le gilet de mes treize ans. Sur la table basse, ma mère a déposé la cagette des dernières prunes. J’ai envie d’en choisir une… Il faut que je me dépêche avant que n’apparaissent sur leur peau des taches brunes, comme sur les mains de ma mère quand elle a vieilli.
Mais pour l’instant, le temps est encore un enfant.
La preuve, dès que je m’approche, le chemin est à la hauteur de mes doigts. Alors, je commence à écrire.
Dans mon cahier achevé une note de bas de page qui me renvoie au texte d’un autre cahier pour compléter ce que j’écris
Cahier rose Oberthur Poème Et si je n’écris pas Page 105
L’écriture comme un jeu de pistes qui me mène toujours plus loin où une trouvaille m’invite à faire une autre trouvaille Écrire c’est aller d’étoile en étoile
Et j’ouvre la malle d’osier blond dans laquelle m’attend Le Cahier rose Oberthur
C’est toute une aventure de le feuilleter jusqu’à la page dite J’accomplis une véritable traversée de mon être
Ce pays fait de sources de souffles qui m’ont laissé leurs méandres que sont mes phrases débordant des marges pour que je puisse suivre jusqu’à ma destination le dessin de mon dessein
Puis lorsque je trouve le morceau choisi mon cœur palpite Je me réjouis
d’avoir répondu à l’appel de cette amie qui a songé au cœur de l’automne 2022 à me confier cette question lorsque j’éprouverais l’immense désir d’y répondre et qui n’est autre que Moi-Même par-delà les jours :
What’s your story ? J’écris ma vie.Tome 1. Petit guide pour être l’auteur de sa vie.
En ces temps troublés, je souhaite évoquer ce petit livre que j’ai écrit pendant la période du confinement.
À cette époque, j’ai éprouvé le besoin intense de mettre à profit les outils d’écriture résiliente que j’expose dans ce petit ouvrage de 86 pages, que l’on peut facilement glisser dans sa valise, entre chapeau et lunettes de soleil.
Parce que depuis 2020, rien n’a changé, que tout a même empiré et qu’il devient de plus en plus urgent d’explorer ce pays souvent inconnu de soi : soi-même avec ses ressources, ses potentialités créatives, ses aptitudes à la résilience.
Au lieu de compter sur l’extérieur pour être heureux, on peut compter sur la richesse que l’on possède au fond de soi. Et si l’on veut bien s’y aventurer, on constatera que ce puits de richesses est un puits sans fond, chaque jour renouvelé.
Avec un simple stylo, extirpons nos trésors.
Comme le déclare Gandhi,
« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. »
L’écriture quotidienne nous aide à nous métamorphoser intérieurement. En changeant la perception de soi, elle change notre regard sur le monde. Et donc, nécessairement, le monde change – devenant le reflet de notre propre regard.
J’enseigne dans ce petit ouvrage des techniques simples qui permettent cette auto-découverte, durable et profonde.
Vous n’avez besoin pour seul matériel d’application que de votre cahier et de votre stylo préférés.
Un prochain livre est en préparation. Il développera les notions d’écriture thérapeutique abordées dans cet ouvrage en articulant plus longuement théorie et pratique.
Je vous livre la Préface de ce premier tome, également disponible, pour la version en e book à la Fnac :
Je suis née – ou plutôt, je me suis incarnée si l’on considère que c’est un choix – dans une famille très difficile, dont les membres étaient liés les uns aux autres par des non-dits, des secrets, des tabous, des disputes sans fin.
Il m’a fallu, pour m’adapter à cette ambiance délétère et pour survivre, faire preuve de ce que Boris Cyrulnik appelle « la résilience » .
Je crois que c’est parce que je ne disais rien, que je demeurais silencieuse et effacée que, paradoxalement, je me suis mise à écrire.
Réduite à me taire, à me faire plus petite qu’une poussière, à disparaître, j’ai tracé un matin, par un poème sur un cahier orange, le début de mon chemin. Celui-ci, depuis, n’a jamais cessé et il m’a conduite à maintes destinations.
L’écriture est devenue mon refuge, mon amie, ma compagne. Je rêvais secrètement de rencontrer un ange dans la page. Je lui confiais mes états d’âme, mes doutes, mes tourments, mes cris intérieurs.
J’ai écrit… J’ai crié… Je me suis écriée… dans la promenade silencieuse du stylo sur le papier.
Au fil de l’encre, au rythme des jours, l’écriture a dessiné mes contours, moi qui me croyais flottante, évanescente comme un nuage.
Grâce aux mots, je suis parvenue à me définir et à tracer une limite saine entre les autres et moi.
J’ai pu établir des frontières qui protégeraient mon intériorité des invasions de l’extérieur.
Puisque j’avais si peu de place dans ma famille, j’ai trouvé une place sur la page.
Et c’est parce que je n’occupais pas de place dans cette famille que je l’ai trouvée sur la page. Les épreuves constituent souvent des présents mal emballés.
L’écriture, l’histoire de ma vie ; une histoire de vie… Votre histoire de vie à vous aussi !
Je crois que la vie n’est pas complètement tracée, que nous pouvons l’écrire comme nous le voulons et trouver des embranchements, des bifurcations, des déviations dans une simple page.
Pourquoi écrire ?
On écrit pour
Apprendre à se connaître
Être soi
Comprendre sa vie à l’éclairage du présent
Profiter en témoignant de chaque jour qui passe
Guérir, faire le deuil, faire acte de résilience
Retrouver le passé et le faire revivre
Avoir des preuves de ce que l’on a vécu
Être l’auteur de son futur
Faire de sa vie un livre vivant
Devenir authentique pour autrui
Dire l’indicible…
On écrit pour donner à sa vie un sens (à la fois signification et direction), l’accomplir comme une œuvre.
Comment utiliser ce livre ?
De la façon qu’il vous plaira.
Vous pouvez choisir un chapitre, une page, un exercice au hasard – ou par synchronicité, comme le dirait Jung, car le chapitre qui se présente à vous répondra à votre humeur, votre besoin ou votre problème à résoudre.
Vous pouvez, de même, suivre les chapitres et faire les exercices dans l’ordre.
Si un exercice ne vous plaît pas, respectez-vous. Ne le faites pas. Remettez-le à plus tard ou trouvez une variante. L’expérience de l’écriture doit être l’exploration d’un vaste champ de liberté et de possibles, non une contrainte. Elle vous invite d’abord à prendre soin de vos envies, de vos désirs, à écouter qui vous êtes.
Ce livre n’a pas vocation à être scolaire. Il ne vous apprend pas à écrire selon les règles inculquées à l’école. Il vous apprend à écrire qui vous êtes, tel que vous êtes. Et ce qu’il peut vous apprendre à mieux écrire, c’est votre vie.
Quoi qu’il en soit, ce livre vous aidera à mieux vous connaître à travers l’écriture, à découvrir des facettes de vous-même depuis longtemps ignorées et qui vous étonneront, vous fascineront.
J’aime penser que la page est un miroir et que l’écriture est le regard qui nous renvoie à ce miroir.
Les textes, techniques et exercices que je vous propose viennent de mes expériences d’écriture et de vie. En effet, l’écriture matérialise la vie comme la vie s’incarne dans l’écriture. C’est pour cette raison que vous trouverez dans cet ouvrage des passages autobiographiques ou des réponses personnelles aux exercices que je vous propose et qui vous laisseront libre de noter les vôtres. J’ai toujours l’habitude de montrer les chemins par lesquels je suis passée avant d’évoquer la destination.
Qu’écrire vous aide à vivre !
Je vous souhaite une belle et longue écriture de vie !
J’écris pour faire dialoguer les parties de moi-même qui sont en désaccord ; J’écris pour être à la fois l’héroïne et la spectatrice de mon histoire ; J’écris pour dire ma vérité par la fiction ; J’écris pour transformer le silence en source ; J’écris pour donner la parole aux fleurs, aux arbres, aux étoiles qui me gardent une place en leur compagnie ; J’écris pour voyager dans ce ciel qui me traverse ; J’écris pour adoucir mes jours ; J’écris pour gratter mes peaux mortes ; J’écris pour partir aux confins de cet univers en moi, qui s’expanse à chaque instant et que je ne connaîtrai jamais entièrement. J’écris pour guérir, sans aucun doute. Mais j’écris surtout pour guérir la Vie.
La page est l’espace où tu peux exercer ta foi. Et, comme toute expérience qui défie ta capacité à faire confiance en l’inconnu, la page te donne souvent le terrible sentiment d’être perdu.
Je compare une page vierge à un paysage de neige. Tu n’oses t’y aventurer, de peur de t’égarer. Comment vas-tu poser tes repères ? Pourras-tu aller très loin quand ta marche se fait si lente, si hésitante ? Et ce silence n’étouffe-t-il pas déjà ton appel ? Comment t’orienter dans toute cette blancheur ? Il n’est rien que tu puisses reconnaître… Pas la moindre racine, la moindre souche, le moindre début de sentier…
Et pourtant, tu n’as pas d’autre choix, si tu veux rentrer chez toi, d’avancer, de t’en remettre à ce paysage muet, cet espace glacé qui te renvoie à l’obligation de te fier à toi-même.
Écrire – commencer un roman, un journal, un témoignage de sa vie -, c’est comme marcher dans la neige. Peu importe ce en quoi tu crois – ton impuissance ou ta puissance, ta créativité ou ton manque d’inspiration -, la neige de la page ne disparaîtra pas. Peu importe comment tu perçois le vide devant toi, le blanc ne se changera pas miraculeusement en terre colorée.
Pour faire fondre ta peur, il te faut initier le premier pas, écrire le premier mot, poser ton empreinte.
As-tu déjà marché dans la neige d’une campagne isolée ? Moi, oui !
Et tout ce que je peux te dire, t’écrire ici, c’est que le fait d’avancer te permet de te repérer. La marque de ton soulier dans la neige diminue, à chaque seconde, la probabilité de te perdre. Pourquoi ? Parce que si jamais tu ne trouves pas ton orientation, tu peux toujours revenir sur la trace de tes pas et cela te donne donc la force d’aller plus loin, l’audace d’explorer. Paradoxalement, marcher au milieu de tout ce blanc t’offre des garanties !
De plus, c’est ton pas qui dissipe la neige. Et beaucoup de surprises sont susceptibles d’apparaître ! Dans la neige que soulève ta semelle, tu vois les prémices du printemps – un brin d’herbe, un caillou brillant, une frêle feuille, une tige minime de primevère – déjà ! Jamais tu n’aurais soupçonné autant de révélations attendant humblement ton regard, sous cette surface si froide !
Enfin, le silence te ramène à l’écoute de ton souffle – et entendre ton souffle, c’est être attentif à l’imperceptible mélodie de chaque instant qui te prouve que tu es vivant.
Alors, écris ! Avance dans la neige de la page ! Que risques-tu, de toute manière ? Revenir sur tes traces, sur la phrase précédente, jusqu’au mot initial pour t’apercevoir que tu peux tout recommencer autrement… L’espace vierge est une chance !
Comme tu le sais, un pas en entraînant un autre, un mot en enfantant un autre, tu peux déceler, là où précisément tu pensais qu’il n’y avait rien, la fleur d’un projet, la graine d’un rêve, la racine d’un souvenir qui te permet d’aller plus loin.
Écoute aussi ce que le silence a à te dire ! C’est lui qui te fait le présent de voix plus amplifiées : le rire de ton enfance, ton prénom murmuré, la conversation d’un ami. Tu peux donc écrire sur cela, sur les voix du passé qui te conseillent et t’inspirent toujours. Ainsi, tu ne trouveras pas un style, mais ton identité dans l’écriture, ce qui n’est pas pareil, car cette identité est ton sceau, ta signature de lumière.
Il y a toujours un sentier pour toi et s’il te semble qu’il n’existe pas, il n’y a pas de meilleure opportunité que la blancheur pour le tracer comme tu le souhaites.
Bien sûr, au milieu de tout ça, tu peux me demander : Quand est-ce que je rentre chez moi ? Quand est-ce que j’atteins mon but ? C’est-à-dire mon livre ?
À cela, je te répondrais : Mais tu es déjà rentré chez toi, c’est-à-dire en ta propre foi.
Alors, continue à avancer… Continue à écrire… La page est vaste !
Tu confies au papier tes peurs, tes peines, tes souhaits. En écrivant, tu demandes à la Vie qui régit l’Univers d’arranger ta vie. La moindre feuille est une Puissance Supérieure à ta portée. Souvent, je lui exprime personnellement ma gratitude :
Merci à Toi pour le bleu de l’encre qui, en s’écoulant sur ta blancheur, me rapproche d’un jour de plus de mon séjour à la mer !
Mon rituel pour écrire ressemble à celui que l’on met en place pour une prière : allumer un bâton d’encens ; poser à côté de mon cahier – telle une offrande – un fruit, du chocolat, une part de gâteau ; me pencher sur mon texte en cours comme on se prosterne devant un autel…
Pourquoi le cahier te met-il en posture d’humilité ? Parce c’est lui qui possède tes réponses ! Celles-ci, bien sûr, ne sont pas gagnées ! Il te faut les conquérir ! Affûte d’abord ton ouïe. N’entends-tu pas, au moment de tourner la page du jour précédent pour aborder celle du jour à vivre, le battement frêle de l’aile d’un ange ? Puis trace la première lettre et avance. On découvre ses propres réponses par la foi, c’est-à-dire en écrivant un mot de plus, en allant un mot plus loin. Comme ta marche éclaire chaque portion de route, c’est en faisant confiance à la ligne – à la ligne présente et pas à la suivante – que celle-ci te guide.
La page est une divinité qui t’écoute et t’accueille dans son silence. Elle te paraît si blanche, si muette que tu la crois indifférente à tes demandes. Et pourtant, il n’est rien de plus présent et de plus compatissant qu’une page vierge car, quelle que soit l’heure, elle est là. Tu peux venir à elle au cœur de la nuit. Son silence te fera entendre les paroles de ton cœur.
Qu’importe, d’ailleurs, son format ! A5, A4, A3… Qu’importe qu’il soit étroit ! Cette marge, les limites de ces bordures ne sont qu’apparence car la page est vaste comme un océan entre ses rivages, une mer entre les terres… Pourquoi ? Parce qu’elle contient l’immensité de ton Être ! Elle condense devant toi la grandeur de l’Univers qui est aussi le tien.
Alors, écris comme tu pries. Prie comme tu écris !
Et tu découvriras le miracle :
la réponse divine en toi qui te fait signe à la manière d’une étoile familière.