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Sans titre

Comment
te sentir
aimée
inconditionnellement

quand
tu es délaissée
par le monde
entier

famille
amis
amant
Écris

dans la case
Demain
de ton agenda
à l’heure

où le jour
point
Rendez-vous
avec mon journal

Géraldine Andrée

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Visualisation d’écriture

Visualise en fermant les yeux ce que tu veux écrire
– le jardin de ton enfance, une ancienne chambre, une mèche des cheveux de ta nièce…

Choisis une sensation, celle qui s’impose le plus à ta mémoire – un parfum d’herbe coupée, la couleur orange de tes rideaux, la texture de la fine et délicate mèche entre tes doigts…

Transporte cette sensation jusqu’à ton cahier et dépose-la avec ta plume.

Écris sur ce souvenir sans t’arrêter. Ne te soucie ni de la syntaxe, ni de l’orthographe. Ne te préoccupe pas de la ponctuation. Si elle disparaît, c’est qu’il doit en être ainsi, que ton écriture est destinée à devenir souffle ininterrompu.

Laisse-toi bercer par le rythme qui actualise cette sensation ancienne, la ravive et la prolonge dans le présent. Lâche prise sur toute forme d’attente esthétique ou littéraire. On ne détourne pas le flot d’une rivière. Peu importe où ce flux te mène. Éprouve le temps qui glisse sous ta plume, mot après mot. Chaque lettre est une seconde. Écris selon la durée que tu désires… Dix minutes, vingt minutes, une demi-heure, une heure… Seul compte le mouvement de ta main, barque sur la page…

Quand le temps s’est écoulé, ferme le cahier puis consacre-toi à autre chose. Vis.
Laisse passer trois jours.

Ouvre alors le cahier sur la page de ton souvenir.
Relis-la en soulignant les phrases qui te marquent, t’interpellent, te touchent, t’interrogent ou te répondent :

« Tiens ! C’est intéressant ! Je ne me pensais pas capable d’avoir écrit ça ! Ainsi, je cachais tout cela en moi !« 

Médite sur ces phrases et écris un ou plusieurs poèmes sur ce que tu as ressenti en les relisant.

« La mèche de cheveux
de ma nièce en allée
me rappelle

dans le soleil
d’une strophe
que je dois bien tenir
le fil de ma vie.
« 

Recopie ensuite sur un cahier de bonne tenue les phrases que tu as sélectionnées avec, à côté, les poèmes, fragments, autres textes qu’elles t’ont inspirés et que tu as rédigés à leur relecture.

Écris à partir de ce que tu as écrit. À l’infini. Car c’est ainsi que va la vie d’un écrivain. Fais de chaque page achevée une nouvelle embouchure pour continuer la traversée plus loin, toujours plus loin, au large de Toi.

Géraldine Andrée

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Le temps d’un poème

Alors que le monde est happé par le tourbillon de sa propre folie, prends le temps d’écrire un poème. Prends le temps, oui, vraiment, c’est-à-dire saisis ce temps comme une plume légère et laisse-toi guider par lui.

Donne-toi de longues heures pour trouver le rythme qui s’accorde avec celui de ton cœur ; pars en quête de la rime qui sonne comme la cloche de ton temple intérieur ; savoure l’équilibre d’un vers ; suspends-toi tel un funambule ; cueille la métaphore vraie et laisse de côté les images faciles, attirantes comme de fausses fleurs ; enjambe l’espace entre deux strophes en te souvenant comment tu enjambais la rivière de ton enfance – prudemment – pour pouvoir continuer la promenade.

Rature, barre, griffonne, efface… Écris et réécris le poème sur plusieurs feuillets… Adolescente, je possédais trois cahiers dédiés au même poème : le cahier rouge pour la fulgurance de la première idée ; le cahier bleu pour la version améliorée et le cahier vert pour la version presque parfaite. Entre ces cahiers, il n’y avait parfois qu’une virgule ou qu’une majuscule qui changeait. Mais peu importait… Seul le désir d’accomplissement de la plus belle œuvre à mes yeux comptait.

Puis, lorsque tu considères que ton poème est réussi, c’est-à-dire qu’il te plaît parce qu’il correspond à qui tu es, ouvre le cahier fleuri avec la clé d’or et recopie lentement le poème ; berce-le comme un enfant nouveau-né ; contemple les étincelles qui s’éteignent une à une lorsque l’encre sèche ; penche-toi sur chaque mot pour entendre son crépitement d’aile sous la plume et délecte-toi du miracle de le voir bien posé sur la page.

Transforme sous la lampe l’écriture d’un poème en calligraphie

tandis que le monde, sourd à toute poésie, continue à bruire loin de Toi.

Surtout, ne lui présente pas ce poème. Pas la peine. Son indifférence briserait ton envol.

Donc, personne n’en saura jamais rien de toutes ces heures passées à écrire quatorze lignes.

Et pourtant, quel délice, de savoir que ce poème si frêle

en secret existe

et que demain, quand tu rentreras le soir,

las du vertige du monde, tu le verras te faire signe pour te rappeler que puisqu’Il est là désormais, toi aussi tu existes !

Tu as pris le temps de le savoir…

Géraldine Andrée

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Sans titre

J’écris parce que je suis attendue quelque part
au bord d’un quai noir qui longe le paysage de neige
au détour d’un chemin qu’enjambent des broussailles
dans un jardin de roses en Chine
dans le dédale de ruelles provençales qui s’entrelacent comme des danseuses devant la fontaine de marbre
à fleur de mer cette corolle ouverte sur le soleil
à l’hôtel de la Plage pour une nuit ardente chambre 44
à travers le reflet tremblant d’un lac de Norvège
sur un tapis de mousses si rousses sous l’averse
au coin du feu bien à l’abri des autres
dans un regard qui s’attarde sur mon épaule dénudée

J’écris parce que je suis attendue quelque part

à un certain épisode de mon histoire quand je laisse le temps courir
dans la rencontre entre deux étoiles prévue par l’univers depuis des millénaires
le plus près possible du point scintillant de l’azur à l’approche de midi
au lever de la lune sur la page
lors d’une chaude après-midi d’été que constellent les gouttes de l’arrosoir
dans les zébrures du soleil que dessinent les fentes des persiennes et c’est toute une savane de lumière qui m’est offerte
à l’aube quand l’ombre flâne au creux d’une hanche
sous le souffle suspendu de l’amant
lorsque le crépuscule de cinq heures dore les franges de l’abat-jour
de virgule en virgule pour atteindre la crête de la phrase qui s’élance plus loin

Qui peut donc bien m’attendre dans cet espace-temps débordant de toute marge surlignée

Un ami de toujours
Un aimé durant tant de vies passées
Une mère de cœur
Une sœur d’âme
Un frère mon flambeau jumeau
Une tige d’allégresse
Le visage d’un aïeul qui s’anime au rythme du battement de ma bougie
Le rire d’une jeune nièce
Un pas derrière la cloison
Les mots devenus paupières entrouvertes sur l’infini

Une voix qui me dit

Te voilà Je n’y croyais plus Je t’ai attendue si longtemps en quête d’un signe que je confondais avec la lueur d’un phare ou un clignotement de guirlande
J’ignorais que tu représentais autant pour moi
Quelle majuscule tu es

Je le sais maintenant

La vie est une phrase qui se poursuit de l’autre côté

J’écris pour que quelqu’un m’espère quelque part
lorsqu’il n’y a plus personne
ou plus rien à attendre
ici

Géraldine Andrée

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L’événement intérieur dans une autobiographie

Comment prendre conscience de l’histoire qui se raconte en nous ?

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Liberté

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Je me détache comme une feuille

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L’écriture ou la traversée de la glace

On se sent très seul quand on écrit.
On n’est jamais certain qu’il y aura, un jour, quelqu’un au bout de la page…
On est le seul pèlerin dans ce voyage.

Écrire, c’est comme traverser une mer de glace.
Aucune main ne saisira la nôtre pour nous aider à atteindre l’autre côté, d’ailleurs invisible,
noyé dans le blanc infini.
On ne peut poser ses pas dans l’empreinte des pas qui nous précèdent.
On est l’auteur exclusif de la trace qu’on laisse pour soi.

Et pourtant, on a un fil à suivre, celui de l’encre sur lequel les mots perlent.
On évolue ainsi doucement dans l’inconnu, en faisant uniquement confiance à la marque de notre passage qui s’annonce.
Et si l’on cède à la tentation de crier tout ce que l’on a retenu jusqu’à présent, toute cette impuissance qui ne demande qu’à éclater comme un météore dans sa fuite, on se mettra à l’écoute de sa voix dont le vent se fera l’écho jusqu’à l’autre rive.
On touchera la certitude de cette vérité qui s’inscrit en nous et qui ne demande qu’à s’énoncer encore.

Au fur et à mesure de notre progression au milieu du ciel que reflète le silence, les mots battront, telles des lueurs ardentes, tandis que la plume saisira fermement notre main pour que l’on glisse toujours plus loin vers ce point scintillant, là-bas…

C’est ainsi quand l’on traverse la page de glace :
elle est tout l’espace
où notre lumière avance.

Géraldine Andrée

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L’instant de l’écriture

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La volonté d’écrire…

Maintenant
cela suffit
d’être abusée

Elle écrit
ces mots
avec la pointe

affûtée
de la mine
quitte

à transpercer
le papier

Géraldine Andrée