En hiver, je roule deux fois par semaine le linge en boule dans le tambour de la machine à laver et j’allume sur le bouton rouge On qui clignote avant que le programme ne démarre.
En été, il y a beaucoup moins de linge à laver.
Et pourtant, en été, je fais la lessive tous les jours. Non par corvée, mais par plaisir. Pour laisser libre cours aux souvenirs.
Descendre dans l’ombre de la buanderie.
Le délice de tremper mes mains dans l’eau fraîche de la vasque de pierre, en y plongeant ma robe imprégnée de la sueur de la veille.
Le frottement du savon de lavande sur les manches, autour de l’échancrure. Le crépitement des bulles entre mes doigts. Le bruissement du rinçage.
Secouer la robe qui étoile mon visage de gouttes. Celles-ci, j’en suis sûre, luisent dans ma chevelure.
Chaque pli exhale la senteur de la lavande, comme si l’on avait délié un bouquet dans mon cou.
Puis, la bassine sur le cœur, emprunter le sentier scintillant de chaleur qui va jusqu’au fond du jardin. La chatte qui faisait la sieste sur la pierre ouvre son œil d’émeraude et me suit.
Accrocher les bretelles avec deux pinces à linge en bois sur le fil de chanvre. Dans le chuchotement de la brise, l’étoffe suspendue se plie et se déplie en de brefs froissements. Les rayons du soleil de midi traversent ses motifs fleuris.
Dans deux heures, la robe sera sèche.
M’en retourner vers la maison pour lire un peu, en attendant.
La terre sous mes sandales craque comme un sablé à peine sorti du four.
Cette fois-ci, la chatte me précède.
Je sais aujourd’hui pourquoi je décore la page de chaque jour avec des touches rose groseille, vert menthe,
Par quel mystère Opal affirme-t-elle qu’elle vient de France ?
Ses origines françaises sont-elles réelles ou rêvées ?
Je reconnais à son écriture ses origines nobles : connaissance de noms latins, grecs, d’écrivains, d’artistes, de personnages historiques dont elle célèbre dans la forêt les anniversaires de naissance et de mort (comme Saint Louis).
Ne seraient-ce pas des réminiscences d’une vie antérieure en France où Opal était la fille de parents gentils, aimables, aimants ? Ce qui n’est pas le cas dans sa vie américaine.
Le milieu dans lequel la fillette vit se confronte à l’univers de ses rêves. Et, pourtant, elle sait dépasser cette contradiction pour faire du milieu brutal des bûcherons un espace de magie, de féérie, de poésie où tous les miracles sont possibles. Opal vit davantage sa vie rêvée que sa vie réelle et il me vient cette expression du poète Gérard de Nerval, que j’ai toujours aimée :
« l’épanchement du songe dans la vie réelle ».
J’aime suivre la promenade d’Opal qui part en quête des fées cachées parmi les fleurs et les fougères.
La rêverie d’Opal m’est tellement familière !
Le jardin de mon enfance m’offrait, à moi aussi, des réminiscences de vie antérieure.
Que devenait ma bicyclette rouge ? Une calèche.
Ses roues ? Des chevaux.
Le sentier bleu qui menait jusqu’à la corde à linge ? Mille lieues que je traversais pour me rendre d’un château à l’autre.
J’étais une comtesse en voyage et pourquoi pas, s’il vous plaît, la Comtesse de Ségur qui partait en villégiature pour écrire Les Petites Filles modèles… Il n’y avait rien de présomptueux dans mon imagination ! Je transgressais enfin les limites de ma petitesse.
Mais, avant d’atteindre cette destination suprême, que de distance à parcourir !
Je m’élançais dans les allées, tournais autour du vieux chêne, m’écartais des taillis d’où je craignais que ne surgissent les voleurs de grand chemin, passais de l’ombre au soleil, du soleil à l’ombre et frôlais les rosiers en criant à ma bicyclette :
« Allez ! Mon cheval Tremblecour ! Tu es fort ! Les épines ne te font rien ! »
Quand le soleil basculait derrière la lisière du Crève-Cœur, je faisais halte pour le gîte et le couvert à L’Auberge du chat qui ronfle, la maison de mes parents qui avaient recueilli Félix, le chat gris.
J’élargissais le temps et l’espace, dans ce jardin qui cohabitait difficilement avec la zone industrielle l’encerclant avec l’incessant vrombissement de ses voitures, le roulement métallique de ses caddies de supermarché et les odeurs de la station-essence, tout près du grand sapin qui, j’en suis certaine,
Le vrai luxe, c’est de “créer” sans se soucier de “produire”, de “montrer”. Écrire, dessiner, peindre, chanter gratuitement, sans intention autre que celle d’écrire, de dessiner, de peindre, de chanter. Faire de la création un processus, un chemin le long duquel la destination n’importe pas.
Pour moi, c’est
Écrire dans mon journal en ignorant l’enjeu littéraire ; me raconter, épancher mes émotions et mes problématiques du moment, tout simplement.
Colorier un mandala tout le dimanche après-midi ; poser une touche de peinture sur chaque pétale.
Calligraphier un titre avec mes feutres de couleur.
Tracer un alphabet de lignes, puis me demander quelle est l’histoire racontée. Quelle myriade de possibles !
Arranger un bouquet de fleurs,
pour le plaisir, juste pour le plaisir d’”être” en “créant”. Je crois qu’à ce moment-là, c’est moi qui deviens l’œuvre accomplie et que tout ce que je crée me regarde exister.
C’est parce que Géraldine Andrée était effacée qu’elle a commencé à écrire. Elle sentait qu’elle avait des choses à dire, mais qui les écoutait ? En grandissant, elle a trouvé une amie dans son journal intime : Miss Blue. Dans le silence de la page, elle se sentait entendue. Dans la blancheur du papier, elle était certaine d’être soutenue. Elle laissait une trace. Donc, elle existait. Il était évident qu’elle avait trouvé sa place. L’écriture a toujours habité sa vie, comme elle a toujours habité l’écriture. Elle en a fait un espace-temps intime et sacré qui fait partie de son quotidien. Au fil des jours, elle a affiné sa pratique et peu à peu, celle-ci lui a prodigué des outils de guérison, pour elle-même, déjà, et pour autrui. Elle a en effet mis ses mots au service de l’accouchement des âmes dans des livres pour autrui, en devenant écrivaine et biographe familiale. Puis, des études en art thérapie lui ont permis de développer des ressources spécifiques d’écriture pour autrui.
L’écriture biographique : une véritable métamorphose de Soi
L’écriture d’une biographie possède un puissant pouvoir de métamorphose. En effet, vous ne serez plus le même, une fois le livre de votre vie achevé. Le Moi d’après votre projet biographique sera bien différent du Moi qui a initié le projet. Je vais vous montrer en sept points pourquoi l’écriture biographique déclenche la magie d’une transformation psychique.
L’écriture biographique initie un mouvement de l’intérieur vers l’extérieur. Ainsi, tous les secrets – voire les tabous – que vous aviez gardés enfouis en vous pendant très longtemps ne vous hantent plus puisqu’ils sont déposés sur le papier. Comme le dit le psychanalyste Jung, «ce qui est remonté à la conscience» ne réapparaîtra plus «sous la forme d’un déterminisme surnommé fatalité». C’est en cela que la biographie comporte une dimension thérapeutique. Vous prenez conscience du caractère répétitif de certains patterns, qui trouvent parfois leur origine dans des blessures transgénérationnelles, et vous êtes désormais capable de lever vos blocages existentiels.
Une fois votre livre achevé, vous tiendrez entre vos mains une œuvre qui est autant le contenu que le contenant de votre vie. J’aime comparer cette œuvre à un vase dans lequel vous aurez posé un bouquet riche de toutes les fleurs de votre choix. Vous mesurerez ainsi la profondeur de votre être qui a su vous livrer tous ces souvenirs. Quelle fierté, alors, de décorer votre dimension psychique de ce florilège de mots qui vous appartient et qu’ensemble, nous avons créé !
Peut-être pensiez-vous que la biographie était réservée aux personnes célèbres, dont la vie est composée d’aventures palpitantes. Feuilleter le livre de votre vie dément cette croyance. Vous aussi, vous respirez, vous pensez, vous existez. Aucune vie n’est plus signifiante ou plus intéressante qu’une autre. Enfin, vous vous êtes départi du syndrome de l’imposteur qui consistait à croire que vous n’aviez pas le droit de laisser une trace, car vous avez pris désormais toute votre place sur la page. Sur celle-ci, s’inscrit la preuve évidente que si vous vivez, vous écrivez pour vous et que si vous écrivez pour vous, vous vivez. Et plus aucun préjugé ne pourra effacer une telle certitude.
Vous faites, par conséquent, une réelle découverte. Tous les détails de votre quotidien, de ce qui est appelé «une vie ordinaire», sont piquants, émouvants, frappants. On relie davantage les différentes saisons de notre existence à une musique, un parfum, une saveur qu’à un grand événement… Souvenez-vous comment l’écrivain Marcel Proust associe dans sa vaste fresque autobiographique À la Recherche du temps perdu son enfance passée à Combray au goût de la madeleine trempée dans le thé préparé par sa tante Léonie. En ce qui me concerne, j’associe l’âge de mes vingt ans à ce flacon de parfum mauve dont je pulvérisais la senteur suave dans mon foulard lilas, avant de partir pour un rendez-vous galant… Une biographie se compose surtout d’instants humbles, mais précieux, auxquels s’entrelacent – parfois – des événements marquants. Vous prenez donc conscience du caractère essentiel du moment présent.
Je compare souvent la vie à un puzzle. Lorsqu’on emboîte les premières pièces les unes dans les autres, l’image n’émerge pas ou, si elle émerge, c’est de façon très partielle et incomplète. Il faut beaucoup de patience et de foi pour poser les autres pièces. Et, une fois le puzzle terminé, on découvre que chaque pièce avait sa raison d’être par rapport à l’ensemble. Il en est de même pour votre biographie. Grâce à votre ténacité pour mener à terme ce projet, vous aurez une vision d’ensemble de votre vie : vous verrez que certains détails revêtaient toute leur importance, en révélaient beaucoup sur les désirs de votre âme, les souhaits de votre cœur, votre mission de vie. C’est parce qu’elle cousait des vêtements pour ses poupées qu’une cliente a créé sa boutique de haute couture. De même, vous prendrez conscience que certaines épreuves vous ont remis sur le chemin d’une vie qui vous correspondait davantage. Vous découvrirez que vous n’êtes pas sur terre par hasard et que votre vie a un sens, c’est-à-dire une signification.
C’est ainsi que cette révélation intérieure vous transforme à l’extérieur. Vous avez plus envie d’apprécier la vie, de vous faire des cadeaux. Certains changent leur apparence, adoptent un style vestimentaire ou esthétique différent. D’autres entreprennent de rénover leur maison, car l’écriture biographique les a remis au contact de leur fibre créative et de la priorité de leur propre espace. D’autres encore changent radicalement de vie, déménagent, trouvent un nouvel emploi – toujours pour un quotidien de bien meilleure qualité. L’écriture d’une biographie redynamise le psychisme et peut être un excellent remède à la dépression (sans que vous abandonniez les autres alternatives thérapeutiques, on est bien d’accord !).
Enfin, vous savez où vous allez. Vous pouvez écrire votre avenir. Relater les événements négatifs vous aura permis de savoir ce que vous acceptez et ce que vous n’acceptez plus, de distinguer ce qui est mal de ce qui est bon pour vous, ce que vous aimez de ce que vous n’aimez pas. La sincérité de ce genre littéraire vous incitera à ne plus vous mentir, à cesser de vous trahir. Comme vous aurez renoué avec votre élan vital, vous serez capable de tracer le chemin de votre futur, en toute autonomie. Tel sera également le sens de votre livre de votre vie : vous montrer votre direction personnelle, intime et singulière car elle ne peut plus se confondre avec celle d’autrui. L’écriture d’une biographie vous aura prouvé que vous êtes capable de créer et de mener à terme un projet, ce qui est en Soi un merveilleux succès. Ma plume vous aura donné suffisamment confiance en vous pour pouvoir voler de vos propres ailes.
La réalisation d’un livre de vie est un pont entre le passé et l’avenir, votre ancien Moi et votre Moi futur. Le présent correspond à son écriture, à notre présence – ensemble. Je peux vous aider à franchir ce pont, d’une page à l’autre, d’une rive à l’autre, de vous à Vous.