Les mots
te regardent
dans les yeux
pour te dire
de suivre
avec confiance
le fil bleu
de cette phrase
qui se balance
sur le blanc
Géraldine Andrée
Les mots
te regardent
dans les yeux
pour te dire
de suivre
avec confiance
le fil bleu
de cette phrase
qui se balance
sur le blanc
Géraldine Andrée
Écrire, c’est se poser à côté de soi, s’observer, puis noter sans aucun jugement tout ce qui traverse le corps, le cœur et l’esprit dans toute la gamme du négatif comme du positif. C’est nommer précisément ce qui nous bouleverse et nous apaise.
En prenant la plume, on se prend par une main amie. On se dit :
“Viens ! Je chemine avec toi et à travers toi !”
Il est important de se laisser porter par la page initialement blanche comme par un océan, faire de la phrase une vague, lâcher prise.
N’ayez pas peur d’écrire. Écrivez ce qui se dit, ce qui se dicte en vous par une voix de confiance, celle de votre subconscient, cette zone dans votre psychisme qui détient une compréhension bien plus large que votre simple conscient.
Écrivez pour le plaisir d’écrire, de griffonner, de raturer, de dessiner ces mots.
Écrivez pour le mouvement de la main sur le papier. Vous ne contrôlez pas la trajectoire d’un train, d’un bateau ou d’un avion qui vous emmène au loin.
Alors, écrivez pour le simple voyage.
Écrivez pour déposer ici et maintenant le murmure et le mouvement de vos pensées.
Écrivez pour écouter ce qui se chuchote en vous, le passage de votre stylo sur le papier avec cette conscience du promeneur qui perçoit le bruit de ses pas sur le chemin.
Écrivez pour laisser la vie accomplir son œuvre en vous.
Et alors, une porte s’ouvrira dans la page, par laquelle un message vous parviendra et dont vous serez à la fois l’expéditeur et le destinataire.
Parfois, votre plume ira vite. Acceptez le fait que ce soit elle qui vous guide alors que vous avez l’impression de la tenir fermement.
Au milieu du fatras de vos pensées, une phrase ou une expression sonnera – claire et juste pour vous. Vous aurez trouvé votre vérité. Puis une autre phrase ou expression succèdera à la phrase initiale et fera encore plus sens pour vous.
Vous serez dès lors surpris par ce qui s’écrit et dont vous êtes le dépositaire. La tonalité et le vocabulaire auront changé. Les plaintes s’atténueront. Les souvenirs auront moins d’emprise. Vous prêterez davantage attention à l’instant de l’écriture.
Ne soyez pas étonné par de nouveaux mots qui apparaîtront – et que vous n’employiez pas auparavant. C’est vous qui les aurez mis au monde !
Parce que vous aurez repris confiance en la page, vous aurez ouvert la porte de vous-m’aime.
Et l’écriture donnera sens (signification et direction) à toute votre vie !
Je vous souhaite une belle découverte de qui vous êtes au fil de l’encre !
Bon voyage !
Géraldine Andrée
Que sont donc
devenues
nos ombres
sur le sentier ?
Je me le demande !
Alors, je recopie
à l’encre
bleu foncé
une phrase
de Sôseki
pour les retrouver :
« La suite reste enfouie au fond de mon cœur. »
Géraldine Andrée
Me voici :
Je rentre
dans mon cahier
doux
et douillet
pour rêver
à loisir
et me reposer
de la Vie.
Géraldine Andrée
J’écris comme je prends un train dans la nuit.
Je m’avance quand une lueur éclaire la ligne…
Puis, je m’assois au plus près
de la page bientôt couverte d’encre noire,
fenêtre à travers laquelle je vois défiler des noms
qui sont chacun une destination
que je dépasse…
Je franchis des frontières invisibles,
des limites que j’ignore,
des terres obscures,
des constellations de lumières
éphémères…
Je me penche sur des bords inconnus
qui défilent
à une vitesse
qu’une autre force
plus puissante
que mon désir
décide.
C’est souvent au petit matin
que j’arrive à ce point ultime
qui me fait signe,
telle une étoile,
et qui m’incite
dans son pâle espace
à ne pas aller plus loin.
Alors, je me résous
à vivre
là où je suis,
à m’arrêter
pour un temps
là où j’en suis,
à poser mon regard
sans jugement
sur le jour blanc
qui m’invite
à percevoir
une autre vérité
dont le mystère
s’atténue.
Mais je ne renonce pas
car je sais
que plus tard,
quand l’heure
sera venue,
j’écrirai
comme je prends
un train dans la nuit.
Géraldine Andrée
J’ai souvenance
du bleu
que la neige
me révélait
lorsque mon pas
posait son empreinte
sur le chemin noir
du soir
Aujourd’hui
mon encre
a le même reflet
que la neige
de jadis
quand
j’écris
dans la nuit
Géraldine Andrée
Je sais
l’embouchure bleue
de l’encre
qui se jette
dans l’océan
blanc
de la page
où se déploient
à fleur
de silence
les vagues
de ces phrases
que l’on reçoit
sans chercher
à les saisir
vraiment
Géraldine Andrée
Quand j’écris
je suis la vague
qui danse
entre
deux pages
deux rivages
Géraldine Andrée
Écrire la nuit au rythme de la musique
des poésies, des récits
et me souvenir de ces longs voyages nocturnes
avec des morceaux d’Enya
qui remplissaient l’habitacle de la voiture.
La route s’éclairait au fur et à mesure que nous avancions
tout comme le mot allume la lueur du mot suivant.
De chaque côté de la vitre, c’était le désert de l’Atlas
et de frêles touffes d’herbes brunes
qui apparaissaient devant les phares.
L’écriture et le voyage ont un point commun :
la confiance en sa propre trace,
quels que soient l’intensité du noir,
la faiblesse de la lampe,
la sécheresse qui menace.
L’écriture me conduit
dans la nuit.
Géraldine Andrée
Elle est fraîche, la bibliothèque municipale au coeur ardent de l’été, douce comme l’ombre près d’une source.
Et, en cette période d’épidémie, les allées sont désertes.
Tant de titres pour moi toute seule, tant d’auteurs qui se présentent comme mes amis, tant de livres qui s’ouvrent tels de multiples chemins possibles dans un sous-bois.
Je peux m’en approcher sans me heurter à une épaule ou une nuque, sans attendre qu’une personne s’écarte pour que mon désir soit enfin accessible à mon regard.
Un jour, j’ai rêvé d’avoir une grande bibliothèque toute à moi offerte, une bibliothèque où j’entendrais l’écho de mes pas, où je me sentirais promeneuse et confidente des feuilles du silence.
Ce rêve, aujourd’hui, s’est réalisé. Je rentre chez moi chargée de ces livres qui ont pour mon coeur le poids léger d’un bouquet.
Géraldine Andrée