Seule
dans la chambre
au coeur
de la maison familiale,
j’écoute
une sonate
de Chopin.
Le pétale
d’une note,
puis un autre,
et encore
un autre
qui tombe
dans l’ombre…
C’est ainsi
que je vieillis.
Géraldine Andrée
Seule
dans la chambre
au coeur
de la maison familiale,
j’écoute
une sonate
de Chopin.
Le pétale
d’une note,
puis un autre,
et encore
un autre
qui tombe
dans l’ombre…
C’est ainsi
que je vieillis.
Géraldine Andrée
Mon rêve est d’ajouter
un jour férié dans la semaine,
un jour dédié aux fleurs,
aux yeux des animaux,
aux jeux dans l’herbe
et aux rires qui s’égrènent
sur le chemin bleu
d’un poème.
Un deuxième dimanche
en quelque sorte
où le temps se balance
entre les branches
jusqu’à ce que l’heure rouge
du crépuscule
ramène
les parfums
des jardins sauvages
à la porte.
Dites-moi,
est-ce pour bientôt ?
Géraldine Andrée
Tous droits réservés@2018
Ma maison apparaîtra par hasard, comme surgie après un clignement de cil au soleil.
Au fur et à mesure que j’avancerai parmi les feuilles du chemin, elle se révélera à moi, grande et forte, avec toutes ses pierres blanches.
La frêle voix de la grille me saluera.
Les herbes hautes se pencheront sur mes pas.
La sonnette fera courir son rire le long du corridor, telle une facétieuse jeune fille qui rentre de jeux.
Et lorsque je trouverai le coeur du silence qui m’attend,
toutes les fenêtres me reconnaîtront en un seul mouvement de persiennes,
comme si mes peines n’avaient tracé nulle ride,
comme si le temps n’était pas passé sur mon visage d’enfant.
Alors, j’ôterai mes souliers, je laisserai tomber mon manteau, cette noire corolle fanée, sur le sol de bois
et je m’écrierai, en toute sincérité envers moi :
C’est ici que je veux vivre !
Ici que je veux accrocher mon miroir de toujours, les tableaux du jardin de jadis et les planches de mes livres !
Géraldine Andrée
L’Encre au fil des jours
…
My house will appear by chance, like from after a blink of an eyelash in the sun.
As I walk among the leaves of the path, it will reveal itself to me, big and strong, with all its white stones.
The frail voice of the grid will greet me.
The high grass will look at my steps.
The doorbell will make her laugh along the corridor, like a young girl who comes home from games.
And when I find the heart of silence waiting for me,
All the windows will recognize me in a single mouvement movement,
As if my sorrows had not been tracé,
As if time had not passed on my child’s face.
Then I’ll take my shoes off, I’ll drop my coat, this withered black flower, on the wooden floor.
And I écrierai, in all sincerity to me:
This is where I want to live!
Here I want to hang my mirror forever, the paintings of the garden of yesteryear and the planks of my books!
Geraldine Andrée
Ink over the days
Le jardin
qui n’existe plus,
depuis longtemps disparu,
m’est revenu.
Je le vois
par la fenêtre
de mon rêve.
Voici
ses cailloux
qui brillent,
son sapin
d’argent
chatouillant
à l’aurore
le ventre
de la lune
qui tremble
dans un rire
silencieux,
les feuilles
dentelées
de sa haie
où la flamme
blanche
et vive
du chat
feu
se faufile,
le buisson
profond
auquel je confie
la tache
de sang
nouveau
tout en bas
de ma robe
à volants,
le sentier
se déhanchant
jusqu’au cordon à linge,
la vigne vierge
qui se constelle
de points roux
à la fin août
quand le vent
se lève,
et la terre
sous le marronnier
où repose
l’abeille
morte
ivre
des senteurs
de toutes
les fleurs.
Le jardin
s’apprête
à revivre
dans la mémoire
de mon songe,
dans le songe
de ma mémoire.
Est-il possible
que les jardins
évanouis
pensent
toujours
à nous
et que ce soient eux
qui gardent le souvenir
de notre enfance
dans le doux
bruissement
de leur souffle
se prolongeant
d’instant en instant
depuis leur ultime
soupir ?
Est-il possible
que ces jardins
éteints
nous redonnent
comme au temps
de leurs fruits
l’immense goût
de vivre ?
Géraldine Andrée
J’avais noté cette destination sur un cahier que j’ai ensuite rangé dans la longue nuit d’un tiroir.
Puis tant d’années ont passé !
Tant de saisons ont semé leurs fleurs, feuilles, gouttes et flocons sur le souvenir de ces quelques lettres à l’encre noire !
Et voilà qu’aujourd’hui,
j’y suis !
Je reconnais de ce pays
le nom que j’avais tracé dans une sorte de désir sans raison
comme un enfant qui s’adresse à son rêve
dans un coin obscur de la maison.
Quelle joie !
Je crois que l’écriture prédestine la Vie
car elle est la marque de la Foi.
Géraldine Andrée
Si tu fais silence
comme jadis
pendant les prières
du dimanche,
tu entendras
les mille
notes
de la pluie,
lueurs
devenues
après
qu’elles se sont tues,
étoiler
la marche
ultime
de l’escalier
qui mène
au coeur
du silence
de la demeure
de ton enfance
où ton coeur
bat
encore…
Géraldine Andrée
Tous droits réservés@2018
J’aimerais écrire comme lorsque j’étais enfant, des phrases toutes simples, avec un sujet, un verbe, un complément.
Ainsi,
j’entends l’oiseau, je vois le soleil, je suis mon chemin, je touche les écorces, je goûte le vent, j’apporte mes fleurs.
Ou encore, j’aimerais inscrire sur une vaste page, cette phrase unique :
Je respire.
J’aimerais dire en peu de mots
que chaque instant
est suffisant
pour nous faire grandir.
Géraldine Andrée
On voit bien la maison sur la photo et là,
juste derrière la grille en fer forgé,
le verger.
Regarde
l’incendie vert des feuillages,
les grappes qui s’offrent à la main,
les prunes aigres-douces
autour desquelles
tournent les abeilles,
ces étoiles rousses.
Le soleil
de ce feu mois d’août
fait rouler ses billes
le long des troncs ;
celles-ci chutent
en silence
afin qu’un ancien enfant
à l’affût
du moindre trésor
les ramasse.
On pourrait aller plus loin,
bien sûr…
Mais pour que ce songe
se réalise,
que les fruits fondent
dans la gorge
et que le sucre
éclabousse
un peu
l’encolure
de la robe de jadis
après la promenade
dans le papier glacé,
il faut écrire,
écrire encore,
donner un goût
à ce qui n’est plus,
poursuivre en pensée
les senteurs perdues
de la récolte fanée
depuis tant d’années,
porter avec un regard
aigu
les mots à la bouche…
Géraldine Andrée
Tu les trouves tôt le matin, après l’éloignement de la marée, déposées ça et là par les vagues sur la vaste marge du sable.
Vois comme elles ondulent, comme elles ondoient. Le souffle du vent allume de nouveaux reflets sur leur corps frémissant.
Elles tombent dans un bruit mou.
Tu portes leur poids léger et il te semble alors que ce sont elles, si frêles, qui te bercent au rythme de tes pas.
Le soir, sous la lampe, elles prennent une forme étrange.
Elles font la pirouette, se déhanchent, enjambent les espaces blancs, se donnent la main lorsque tu les disposes côte à côte.
Si dociles, elles obéissent à ton rêve de ballet, adoptent les postures, les courbes et les contours que tu veux bien dessiner.
Quelques gouttes d’eau suffisent pour rallumer dans leurs mouvements les couleurs de l’océan.
Les voici prêtes.
Tu les places près d’une fenêtre. Et c’est toute une chorégraphie silencieuse qui se déroule là, le lendemain, devant tes yeux ; qui se répète autant que tu le souhaites.
Algues de Bretagne, immobiles danseuses, destinées à la blanche scène rectangulaire d’une carte de vœux et qui brillaient de tous leurs bleus, de tous leurs verts à la pâle lumière d’une lampe de chevet…
Bien des années ont passé depuis ces promenades le long de la plage de Douarnenez.
Aujourd’hui, les sylphides font leurs entrechats sur la neige jaunie d’un vieux papier, chez des amis que tu ne vois plus depuis longtemps.
Mais toi, souviens-toi, elles t’attendaient tôt pour danser éternellement sous la grâce de tes mains, les algues, fidèles à ce rendez-vous du matin après avoir roulé toute la nuit dans la houle.
Comme ces marées, désormais, sont loin !
Géraldine Andrée
Je me souviens
de la grâce
de tes mains :
lorsqu’elles passent
le chiffon
sur la glace
de la grande
armoire,
elles déposent
un voile
de noces
sur toute chose
dont on voit
battre
le coeur
en transparence
et elles déroulent
autour
des ailes
de leurs gestes
un tissu
de silence
aussi subtil
que la brume
des aurores
qui révèle
l’or
des collines.
Je me souviens
de tes mains
pleines
de grâce
et je voudrais
trouver
un mot
qui leur redonnerait,
tel un miroir,
fidèlement
vie
dans ma mémoire,
mais c’est la tige
vibrante
d’un chant
qui monte
de mon cœur
à ma gorge,
comme si tes mains
la faisaient éclore
à chaque instant
qui compose
ton immense
silence.
Géraldine Andrée
Tous droits réservés@2017